Deutsche Tageszeitung - Au procès du 13-Novembre, la défense de Salah Abdeslam commence à plaider contre "une peine de mort sociale"

Au procès du 13-Novembre, la défense de Salah Abdeslam commence à plaider contre "une peine de mort sociale"


Au procès du 13-Novembre, la défense de Salah Abdeslam commence à plaider contre "une peine de mort sociale"
Au procès du 13-Novembre, la défense de Salah Abdeslam commence à plaider contre "une peine de mort sociale" / Photo: © AFP/Archives

Salah Abdeslam pourra-t-il un jour "revenir dans la société" ou est-il "définitivement irrécupérable"? Au procès des attentats du 13-Novembre, la défense du seul membre encore en vie des commandos a commencé à plaider, vendredi après-midi, pour tenter de lui éviter la prison à vie.

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"Par où commencer?", avait dit Salah Abdeslam lors de son premier interrogatoire devant la cour d'assises spéciale de Paris. "C'est vrai que tout semble avoir déjà été dit et que tout semble avoir déjà été écrit", dit Me Martin Vettes en rappelant les propos de son client.

Le premier des avocats du Français de 32 ans à se lever demande à la cour d'aller au-delà des "certitudes" avec lesquelles beaucoup étaient arrivés au début du procès, au sujet de celui qui a gardé le silence pendant les six années d'enquête. Avant de largement s'exprimer au cours du procès.

Alors au-delà du dossier, la cour devra se poser une question après ces neuf mois d'audience, demande Me Vettes: "Est-ce qu'un jour, cet homme pourra revenir dans la société, ou est-il définitivement perdu?"

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a réclamé contre Salah Abdeslam la plus lourde peine du code pénal, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible.

Cette sanction rarement demandée, prononcée à quatre reprises seulement, rend infime la possibilité d'une libération.

Le ministère public l'avait justifiée "au regard de l'immense gravité des faits", mais aussi de la personnalité du principal accusé. Il "reste convaincu de n'avoir tué personne" et a adopté "une stratégie de minimisation constante des faits, c'est dire le changement qu'il lui reste à parcourir", avait avancé le Pnat.

Une peine digne d'un "tribunal militaire" qui juge des "ennemis" et non "des accusés", répond Me Vettes. "Ce procès ne doit pas être une continuation de la guerre contre le terrorisme par d'autres moyens".

"L'accusation vous a demandé de neutraliser définitivement un ennemi en vous demandant de le condamner à une peine de mort sociale", martèle-t-il.

Dans le box, Salah Abdeslam, polo blanc à manches courtes et bras croisés, écoute attentivement.

- "Stratégie lacrymale" -

"Notre propos a pour seule ambition de vous démontrer que cette peine est démesurée", dit son avocat. De "comprendre comment on passe du +petit gars de Molenbeek+ à l'intérimaire de l'Etat islamique, pour finir membre d'un commando de Daech".

Salah Abdeslam qui avait fièrement revendiqué, au premier jour du procès le 8 septembre, son appartenance à l'Etat islamique, avait conclu son dernier interrogatoire, mi-avril, en versant des larmes et en présentant ses excuses "à toutes les victimes".

Des larmes "spontanées et sincères", soutient son avocat. "Il n'y a pas eu de stratégie lacrymale de la défense".

Le "dixième homme" des commandos jihadistes qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis n'a cessé, au cours des débats, d'affirmer qu'il avait "renoncé" à tuer le soir du 13 novembre 2015, refusant "par humanité" d'actionner sa ceinture explosive.

Sans convaincre l'accusation qui a critiqué la parole sélective de l'accusé.

"Je suis certain, quoi qu'on en dise, que ce procès n'aurait pas du tout été le même si Salah Abdeslam avait gardé le silence, et qu'il y aurait eu un profond sentiment d'échec collectif si tel avait été le cas", affirme Me Vettes.

La défense de Salah Abdeslam, qui a reconnu certains allers-retours en Europe pour récupérer les commandos de retour de Syrie, la location de voitures et d'appartements, ne plaidera pas l'acquittement. Mais elle devrait insister devant la cour d'assises spéciale de Paris sur ce "renoncement" et l'amendement possible de son client.

"Je ne présente aucun danger pour la société", avait affirmé sans ciller Salah Abdeslam à l'audience.

Depuis le début des plaidoiries de la défense le 13 juin, des avocats d'accusés contre lesquels la perpétuité à été demandée pour "complicité" - avec 30 ou 22 ans de sûreté - ont mis en garde la cour contre la tentation d'une "justice d'exception" avec des peines "d'élimination" en riposte à des crimes de masse, les pires jamais commis sur le sol français.

Avant de rendre son verdict mercredi en fin de journée, la cour donnera une dernière fois la parole aux 14 accusés présents - six le sont par défaut - lundi matin.

(O.Tatarinov--DTZ)

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