Deutsche Tageszeitung - Incendie meurtrier d’un bar en Suisse : le propriétaire français libéré, les familles "sidérées"

Incendie meurtrier d’un bar en Suisse : le propriétaire français libéré, les familles "sidérées"


Incendie meurtrier d’un bar en Suisse : le propriétaire français libéré, les familles "sidérées"
Incendie meurtrier d’un bar en Suisse : le propriétaire français libéré, les familles "sidérées" / Photo: © AFP

La justice suisse a ordonné vendredi la libération du propriétaire français du bar de Crans-Montana ravagé par un incendie qui a fait 40 morts la nuit du nouvel an, suscitant la colère des avocats des familles des victimes.

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"Un scandale et une honte à l’égard des victimes et de leurs familles", a réagi auprès de l'AFP Me Jean-Luc Addor, qui représente les proches d'un adolescent décédé dans le drame de la station des Alpes.

Un tribunal du canton suisse du Valais aannoncé avoir "levé la détention provisoire" de Jacques Moretti après le versement d'une caution de 200.000 francs suisses (environ 215.000 euros).

Comme pour son épouse et copropriétaire Jessica, qui est resté libre, le tribunal lui a imposé des "mesures de substitution" destinées à "contrer le risque de fuite présenté par le prévenu".

En plus de la caution, il s'agit selon le tribunal de "mesures classiques" comme l'interdiction de quitter le territoire helvétique ou l'obligation de se présenter quotidiennement à un poste de police.

M. Moretti, un Corse d'origine âgé de 49 ans, est mis en cause avec son épouse dans l'enquête ouverte après la tragédie.

Avant son incarcération provisoire le 9 janvier, plusieurs avocats de victimes ou familles de victimes s'étaient déjà étonnés du fait que le ministère public ne prenne pas en compte le risque de collusion, voire de fuite, en le laissant libre.

"Mes clients relèvent qu'une nouvelle fois il n'est émis aucune considération sur le risque de collusion et de disparition des preuves", a regretté vendredi dans un message à l'AFP Me Romain Jordan, avocat de plusieurs familles de victimes.

- Un ministre "sans voix" -

L'indignation a même gagné l'Italie, dont sont originaires de nombreuses victimes, où le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a dit sur X "rester sans voix" face à cette libération, qui selon lui "constitue un véritable affront aux sentiments des familles qui ont perdu leurs enfants".

"C'est une décision inattendue et particulièrement sidérante pour mon client et les familles de victimes", a déclaré de son côté à l'AFP Me Christophe De Galembert, défenseur du père d'un enfant décédé.

"Des soupçons très graves pèsent sur Jacques Moretti", ajoute-t-il, évoquant un "risque de fuite en France, et particulièrement en Corse, où le prévenu a pourtant des attaches connues".

Il s'interroge aussi sur le "risque de collusion, que ce soit avec tiers ou même entre les époux Moretti eux-mêmes".

De leur côté, les défenseurs du couple Moretti ont indiqué dans un bref communiqué que leurs clients "prennent toute la mesure de la décision rendue et des obligations qu’elle impose".

Rappelant que "tout prévenu est présumé innocent" jusqu'à une éventuelle condamnation, le tribunal a souligné que le "principe cardinal en procédure pénale suisse est que le prévenu reste en liberté jusqu'à son jugement".

"La détention provisoire subie jusqu'à ce jour par le prévenu n'avait pas pour but de déjà le punir", a-t-il encore expliqué.

L'incendie du bar Le Constellation, qui a principalement frappé des adolescents et de jeunes adultes, a été provoqué selon l'enquête par les étincelles de bougies "fontaine" qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol de l'établissement.

L'enquête devra lever le voile sur les circonstances exactes de l'incendie, le respect des normes par les propriétaires et les différentes responsabilités, alors que la commune de Crans-Montana a notamment reconnu avoir failli à effectuer des contrôles sécurité et incendie dans l'établissement depuis 2019.

En tant que propriétaires de l'établissement, les époux Moretti font l'objet d'une instruction pénale pour "homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence". Ils ont été entendus mardi et mercredi sur les faits par la justice du canton.

Lors de ces auditions de plus de dix heures chacune, les avocats présents n'ont pu poser toutes leurs questions. Ils "seront en mesure de le faire lors d'audiences ultérieures", a indiqué vendredi le ministère public du Valais, sans préciser quand celles-ci auraient lieu.

Au total, 70 des 116 blessés dans l'incendie restent hospitalisés, dont 26 en Suisse et 44 à l'étranger (Allemagne, Belgique, France et Italie), a appris l'AFP auprès des autorités fédérales et des hôpitaux helvétiques.

(O.Zhukova--DTZ)

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