Deutsche Tageszeitung - Procès libyen: à la "souffrance" des victimes, Sarkozy oppose la "vérité" de son innocence

Procès libyen: à la "souffrance" des victimes, Sarkozy oppose la "vérité" de son innocence


Procès libyen: à la "souffrance" des victimes, Sarkozy oppose la "vérité" de son innocence
Procès libyen: à la "souffrance" des victimes, Sarkozy oppose la "vérité" de son innocence / Photo: © AFP

Dès le début de son interrogatoire mardi devant la cour d'appel de Paris, Nicolas Sarkozy a répondu à "la souffrance" des familles de victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA par ce qu'il a affirmé être "la vérité" de son innocence dans l'affaire d'un financement libyen présumé de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.

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Depuis l'ouverture du procès à la mi-mars, l'ex-chef de l'Etat (2007-2012) était resté sur la réserve, dans une attitude tranchant avec celle du procès en première instance, où on avait pu le voir prolixe et bouillonnant.

Au début de son interrogatoire, qui pourrait durer quatre jours au total, le président de la cour l'a invité à réagir aux témoignages de plusieurs proches des victimes de l'attentat du DC-10, qui ont raconté à la barre comment leur parole avait été "écrasée par la parole de ceux qui ont accès aux micros", dénonçant "le déni" et "le mensonge" des prévenus.

A la place des parties civiles, "j'aurais eu la même colère, le même chagrin", a déclaré, l'air grave, le prévenu. "C'est impossible d'avoir une réponse à la hauteur des souffrances qui ont été exprimées". "En dire trop c'est de la comédie, en dire pas assez c'est être insensible."

- "Injustice" -

"On ne répond à une souffrance aussi indicible que par la vérité" mais "on ne répare pas une souffrance par une injustice: je suis innocent", a-t-il répété, sous les yeux de son épouse Carla Bruni-Sarkozy, venue pour la première fois à l'audience d'un procès qui doit s'achever fin mai.

"La vérité c'est qu'il n'y a pas un centime d'argent libyen dans ma campagne", "la vérité c'est que jamais, jamais, je n'ai agi en faveur de M. Senoussi", qui était en quête d'une grâce ou d'une amnistie après sa condamnation, a martelé l'ex-président, rappelant son rôle moteur pour mettre en place une coalition internationale qui a contribué à la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

En première instance, le tribunal correctionnel l'a relaxé de trois des quatre infractions pour lesquelles il était jugé, mais condamné pour association de malfaiteurs à cinq ans de prison ferme avec exécution provisoire - ce qui lui a valu d'être incarcéré une vingtaine de jours avant d'être libéré sous contrôle judiciaire. Une première pour un ancien président de la République.

Les juges ont estimé que le financement libyen de la campagne électorale de 2007 n'était pas établi, malgré l'envoi corroboré de 6,5 millions d'euros par la Libye en janvier et novembre 2006. Pour les magistrats, il n'a pas été apporté la preuve que ces fonds ont effectivement atterri dans les caisses de la campagne de Nicolas Sarkozy.

- Rendez-vous secrets -

Toutefois, ils avaient jugé que Nicolas Sarkozy avait effectivement laissé ses plus proches collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, démarcher le pouvoir libyen en ce sens à l'occasion de rendez-vous secrets en Libye fin 2005 avec Abdallah Senoussi, directeur des renseignements libyens condamné à perpétuité - en son absence - en France pour son rôle dans l'attentat du DC-10 d'UTA.

A ce nouveau procès, la cour d'appel n'entendra pas Claude Guéant, qui selon une expertise médicale "n'est pas en capacité de comparaître ni actuellement, ni dans les mois qui viennent".

Elle a en revanche pu interroger Brice Hortefeux. L'ex-ministre, qui s'est exprimé trois jours durant à la barre où il a souvent semblé en difficulté, a maintenu sa version.

Selon lui, sa rencontre avec Senoussi, sur lequel il n'aurait pas été mis en garde par les services de l'Etat français, était un "piège" organisé par le sulfureux intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, décédé en septembre 2025. Et il n'aurait absolument pas été question de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy lors de cette entrevue de 40 minutes avec le dignitaire libyen.

(Y.Leyard--DTZ)

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