Colons en Cisjordanie: un ministre israélien pour un transfert du maintien de l'ordre à la police
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a indiqué vendredi avoir chargé l'armée de préparer un plan visant à transférer à la police l'ensemble des compétences de maintien de l'ordre pour les colons de Cisjordanie occupée.
Cette annonce survient alors que des colons assiègent depuis plusieurs jours des maisons d'un village de Cisjordanie, des habitants de trois d'entre elles disant ne plus pouvoir s'approvisionner en vivres.
A l'issue d'une réunion avec de hauts responsables militaires, M. Katz "a chargé l'armée israélienne de préparer, en coordination avec la police israélienne et les autorités compétentes, un plan visant à transférer à la police israélienne l'ensemble des pouvoirs d'application du droit civil en Judée-Samarie", a indiqué son cabinet dans un communiqué en utilisant le nom par lequel les autorités israéliennes désignent la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.
"La police préparera et mettra en place une force appropriée chargée de traiter les affaires civiles, et se verra accorder tous les pouvoirs ainsi que les budgets nécessaires", ajoute-t-on.
Actuellement, la Cisjordanie étant un territoire occupé, les compétences de maintien de l'ordre sont aux mains de l'armée israélienne.
- "Réveiller la société" -
Si cette mesure devait être mise en œuvre, elle constituerait une nouvelle étape vers l'annexion par Israël de ce territoire palestinien.
Plusieurs ministres du gouvernement de Benjamin Netanyahu appellent ouvertement à l'annexion de tout ou une partie de la Cisjordanie.
Cependant, selon les médias israéliens, cette mesure est peu susceptible d'être adoptée avant les élections législatives prévues le 27 octobre, qui s'annoncent serrées selon les sondages.
La mission de l'armée n'est pas de "courir après des jeunes sur des collines", a encore ajouté M. Katz, apparemment en référence aux colons assiégeant Qusra.
Selon une journaliste de l'AFP, des dizaines de militants de gauche israéliens ont marché vendredi vers trois maisons assiégées à Qusra, brandissant un drapeau palestinien, des pancartes réclamant "Justice pour tous" et des provisions pour les familles.
Le député israélien de gauche Ofer Cassif, qui faisait partie du groupe, a indiqué à l'AFP avoir pu remettre les vivres aux familles, après une inspection des vivres par l'armée.
Pour Anton Goodman, directeur de l'ONG Rabbins pour les droits humains, la démarche des militants est un "acte de solidarité" visant à "réveiller" la société et les dirigeants israéliens face à "une violation inacceptable des droits humains à Qusra, mais aussi dans presque chaque ville de Cisjordanie".
"La violence ne mène qu'à plus de violence", a de son côté indiqué à l'AFP Ilana Kaminka, 52 ans, dont le fils a été tué le 7 octobre 2023 en Israël lors de l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Membre d'une association de familles endeuillées, elle dénonce encore ceux qui ont "oublié l'humanité de l'autre".
Tôt vendredi matin, toujours selon la journaliste de l'AFP, des colons avaient érigé une nouvelle tente près de l'une des maisons dont l'accès était bloqué, provoquant l'arrivée de deux véhicules militaires sur place.
- Condamnation de la France -
Plus tard dans la matinée, la tente a été démontée et les colons n'étaient plus visibles sur le site.
L'armée israélienne a déclaré jeudi que des troupes avaient été déployées à Qusra "pour protéger les habitants et maintenir la sécurité" dans le secteur.
La France a demandé vendredi à Israël d'arrêter et de juger les colons qui assiègent des maisons à Qusra.
L'ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, de longue date fervent soutien des colons, avait déclaré jeudi, dans une déclaration inhabituelle, qu'il n'y avait "aucune excuse à un tel comportement de voyous", en parlant du siège par les colons des maisons de Palestiniens, dont l'une appartient à un homme également détenteur de la citoyenneté américaine.
La colonisation de la Cisjordanie s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens depuis 1967, mais s'est nettement accélérée depuis l'arrivée de l'extrême droite dans la coalition au pouvoir fin 2022.
Plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, illégales au regard du droit international, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens.
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(A.Nikiforov--DTZ)