Deutsche Tageszeitung - Nigeria : des dizaines de civils tués et enlevés par des jihadistes dans le centre du pays

Nigeria : des dizaines de civils tués et enlevés par des jihadistes dans le centre du pays


Nigeria : des dizaines de civils tués et enlevés par des jihadistes dans le centre du pays
Nigeria : des dizaines de civils tués et enlevés par des jihadistes dans le centre du pays / Photo: © AFP

Des jihadistes ont enlevé et tué des dizaines de personnes lors d'une attaque perpétrée pendant la prière du vendredi dans l'État du Niger, au centre du Nigeria, ont déclaré samedi à l'AFP un habitant de la région et un député qui en ont réchappé.

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"Peu après la fin de la prière habituelle du vendredi, le groupe armé de Lakuwara, composé de plusieurs centaines d'hommes armés de fusils, de couteaux et de machettes, a commencé à nous attaquer ", a raconté Jibril Ahmad, qui a survécu à l'attaque du village de Dikera, dans la zone de gouvernement local de Borgu.

Ces militants "ont massacré certains des nôtres, sous prétexte que nous ne suivions pas les véritables enseignements de l'islam", a précisé M. Ahmad.

Lakurawa est un groupe obscur que certains chercheurs ont associé à l'ISSP ("Province du Sahel de l'État islamique"), actif au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

"Nombre d'entre nous ont réussi à s'échapper" quand un autre groupe jihadiste, connu sous le nom de Mahmuda, est intervenu et a commencé à s'attaquer au premier, a-t-il ajouté.

Le bilan exact de ces attaques, qui ont également touché le village de Binzi tout proche, n'était pas connu, ont déclaré M. Ahmad et le député fédéral Jafaru Mohammed.

"Certains membres du groupe Mahmuda s'opposaient à la doctrine des Lakurawa et, quand ils ont appris ce qu'ils faisaient, ils les ont combattus", a expliqué à l'AFP le député.

"Mais à l'heure actuelle, beaucoup des nôtres ont été massacrés et beaucoup d'autres ont été enlevés et emmenés dans la brousse", a-t-il rappelé.

Le pays le plus peuplé d'Afrique est aux prises depuis 17 ans avec une insurrection menée par des groupes jihadistes, qui ont fait de ces enlèvements une tactique clé — notamment l'enlèvement, en 2014, de centaines de collégiennes dans la ville de Chibok.

L'insurrection se concentre dans le nord-est, bien que l'attaque de vendredi ait eu lieu dans l'ouest du pays à la frontière du Bénin, une région qui connaît une recrudescence des activités menées par des groupes armés locaux et des militants du Sahel depuis que le conflit s'est fragmenté.

La police de l'État du Niger a déclaré avoir été informée de cet enlèvement, mais n'avoir reçu aucune information faisant état de victimes.

- Des enlèvements rapportant des fortunes -

En août dernier, le gouvernement nigérian a affirmé avoir "démantelé" Mahmuda ainsi qu'un autre groupe, Ansaru, grâce à l'arrestation de leurs chefs.

La violence jihadiste au Nigeria, après un pic il y a une dizaine d'années au plus fort de l'insurrection du groupe jihadiste Boko Haram, a diminué mais l'armée et la police restent débordées par des conflits multiples et parfois simultanés.

Le nord-ouest et le centre du Nigeria, où les jihadistes ont gagné du terrain, regorgent également de bandes appelées "bandits", sans appartenance idéologique. Ces derniers pillent les villages, enlèvent contre rançon, et "taxent" les agriculteurs et les mineurs.

L'armée américaine est intervenue en lançant des frappes contre des cibles jihadistes dans le nord-ouest à la fin de l'année dernière.

Boko Haram et la Province d'Afrique de l'Ouest de l'État islamique restent puissants dans le nord-est.

Des agriculteurs et des éleveurs s'affrontent pour des questions foncières dans le centre du pays, tandis qu'un conflit séparatiste couve dans le sud-est.

La pratique des enlèvements constitue une manne de plusieurs millions de dollars pour les gangs de criminels et les groupes djihadistes transnationaux.

Malgré les lois interdisant le paiement de rançons, des familles de victimes et le gouvernement ont été accusés d'avoir payé les ravisseurs.

(W.Novokshonov--DTZ)

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