Deutsche Tageszeitung - Perché dans les mélèzes, pour inventer la forêt de demain

Perché dans les mélèzes, pour inventer la forêt de demain


Perché dans les mélèzes, pour inventer la forêt de demain
Perché dans les mélèzes, pour inventer la forêt de demain / Photo: © AFP/Archives

A près de quarante mètres de haut, Luca Bruscia cueille des cônes de mélèze, perché à la cime de l'arbre. Ces graines serviront à replanter la forêt belge, plus diverse et résistante au réchauffement climatique, après les incendies records de l'été.

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Au sommet des conifères, ils sont quatre grimpeurs professionnels à opérer ce matin-là, dans le Bois d'Hez, à Genappe, au sud de Bruxelles.

Avec un "Big Shot", une sorte de lance-pierre géant, il leur faut d'abord plusieurs tentatives pour parvenir à accrocher une corde sur une des branches solides de la cime.

Puis ils commencent l'ascension vertigineuse et resteront deux heures dans chaque arbre, afin de récolter quelques kilos de cônes dans des sacs de toile.

De mi-août à mi-septembre, c'est la saison pour cette récolte dans les hauteurs, juste avant que les cônes d'arbre ne s'ouvrent et laissent échapper leurs graines sous l'effet du vent.

Il y a une semaine, Luca Bruscia et ses collègues étaient au sommet de sapins de Douglas, à 50 mètres de haut. Cette fois, ce sont des mélèzes hybrides, à peine plus petits.

Et cette année, la cueillette prend plus de sens encore.

Car la Belgique a brûlé au mois d'août, avec l'incendie du parc naturel des Hautes Fagnes, l'un des plus gros feux de forêt de l'histoire du pays.

D'habitude, "on voit toujours ça dans le Sud (de l'Europe), mais maintenant ça arrive chez nous, c'est quand même impressionnant", témoigne Adrien Baudoin, le patron de l'entreprise de grimpeurs-élagueurs qui travaillent au Bois d'Hez ce jour-là.

Avec la sécheresse, "on voit les arbres qui commencent à souffrir, je pense que ça va être de pire en pire. On va devoir se diriger vers des arbres plus résistants, on n'a pas d'autre choix que de s'adapter", prévient l'entrepreneur.

- Traumatisme et fierté -

Préparer la forêt pour les 200 ans à venir, tel est le défi du comptoir forestier de Marche-en-Famenne, un service public du Département de la Nature et des Forêts (DNF) de Belgique.

C'est ici qu'arrivent les cônes récoltés au sommet des mélèzes. Ils vont être séchés, puis une imposante machine aux allures de machine à laver va permettre d'en extraire les graines.

Après un minutieux travail de tri, une préparation à la germination et un passage en chambre froide - parfois durant plusieurs années - elles seront vendues pour planter les forêts publiques et privées de Belgique.

Pour 3.400 euros, on peut ainsi acheter un kilo de graines de mélèze, soit quelque 35.000 plants avec des chances de germination de 30 à 50%.

Mélèze, sapin de Douglas, alisier torminal, sycomore, érable plane... "La forêt de demain sera très diversifiée" en essences, en tailles et en maturités d'arbres pour remplir ses différentes fonctions (lieu de promenade, ressource économique...), décrit Eléonore Scholzen, la responsable du comptoir forestier.

Avec le réchauffement climatique, "on doit voir sur du très long terme" afin de bâtir une forêt plus résiliente, insiste-t-elle.

Comme ses voisins, la Belgique a souffert de sa monoculture forestière, avec ses épicéas à perte de vue dans les Ardennes.

Ce manque de diversité a acidifié les sols et exposé les massifs aux insectes, aux maladies ou aux catastrophes naturelles.

La politique forestière s'est donc transformée, avec des essences variées qu'on plantait autrefois dans le Sud de l'Europe et qui résisteront mieux à la hausse des températures.

"De manière naturelle, les arbres vont avoir tendance à migrer, mais cette migration n'est pas assez rapide pour contrer la vitesse du changement climatique", d'où la nécessité d'agir, en cueillant des graines et en plantant, poursuit Eléonore Scholzen.

La responsable était sur le pont lors des feux de forêt du mois d'août en Belgique. Avec "une forme de traumatisme face à l'ampleur des dégâts", mais aussi de la "fierté" devant la mobilisation générale pour faire face.

"On a quand même bien géré la crise", estime-t-elle. Avec la responsabilité désormais de restaurer les forêts brûlées et de préparer les massifs aux sécheresses à venir.

(G.Khurtin--DTZ)

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