Violences : l'État au chevet des commerçants, les couvre-feux prolongés
Le gouvernement a dévoilé mardi une série d'aides pour les commerces pillés et dégradés lors des violences du week-end, dont un prêt à taux zéro dès vendredi, et reconduit des couvre-feux dans plusieurs villes.
"A peu près 3.000 commerces" ont été touchés en marge des manifestations de samedi contre "la vie chère" puis dimanche soir, selon le ministre du Commerce Serge Papin, dont près de 700 à Marseille.
Pour beaucoup, les dégradations tombent au pire moment : à quelques semaines de Noël, nombre de commerçants étaient en train de constituer leurs stocks.
Dès vendredi, ils pourront obtenir auprès de Bpifrance un prêt allant jusqu'à 50.000 euros, a annoncé le ministre de l'Économie, Roland Lescure, à l'issue d'un "conseil des entreprises exceptionnel" à Bercy.
Pour éviter les licenciements, l'exécutif a également déclenché un chômage partiel pour les salariés de commerces contraints de fermer.
Ils toucheront 60 % de leur salaire, intégralement pris en charge par l’État dans les entreprises de moins de 150 salariés.
Entre 10.000 et 15.000 emplois seraient concernés, selon le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou.
Les plus petits commerces pourront aussi compter sur un "fonds de soutien" calé sur leurs pertes de chiffre d'affaires, dont les contours seront précisés en fin de journée.
- Couvre-feux reconduits -
Les annonces sont "à la hauteur de ce qu'on attend", a reconnu auprès de l'AFP Amir Reza-Tofighi, président des Entrepreneurs (ex-CPME). "Maintenant, le vrai sujet est sécuritaire", a-t-il ajouté.
Pour le président de l'U2P (artisans et commerçants)
Michel Picon, "tout le monde est fixé sur ce qui va se passer samedi", alors qu'une coordination de gilets jaunes a de nouveau appelé à la mobilisation.
La nuit de lundi à mardi s'est déroulée sans incident notable dans le pays, selon police et gendarmerie.
Les couvre-feux ciblés dans certaines portions de Paris, Lyon, Bordeaux, Lille ou Nice y "ont contribué", a estimé le Premier ministre sur X.
De nouveaux couvre-feux seront décidés "là où la situation le nécessite", a indiqué Sébastien Lecornu. A Bordeaux et à Nice, ils étaient déjà prévus sur plusieurs jours.
A Marseille, un couvre-feu pour les mineurs s'appliquera dans certains quartiers à partir de 22H00, de mardi à vendredi inclus, a appris l'AFP d'une source proche du dossier.
- Un fiché S interpellé -
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a fait état de 123 incarcérations depuis le début des violences et demandé aux parquets de "passer en qualification de criminalité organisée", ce qui permet d'allonger les gardes à vue.
Dans l'enquête sur l'incendie de la mairie de Limoges, un homme, fiché S et connu pour son appartenance à l'ultragauche, a été interpellé en Haute-Vienne, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier.
La sous-direction anti-terroriste (SDAT) a été saisie, a-t-elle ajouté.
Pour expliquer le désordre, l'exécutif accuse notamment l'ultragauche et LFI, qui renvoie toute responsabilité au gouvernement.
Les Insoumis ont dit vouloir poursuivre le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, devant la Cour de justice de la République après un article de Mediapart selon lequel le gouvernement aurait demandé aux services de renseignement de mettre en cause LFI dans les violences du week-end.
M. Nuñez, dont le président de la République, Emmanuel Macron, a refusé la démission, avait reconnu lundi une "perte de contrôle" dans certaines villes.
Plusieurs manifestants ont été grièvement blessés : une adolescente de 17 ans a perdu un œil et à Saint-Étienne, un jeune homme du même age a eu la main arrachée par une grenade.
Son avocat a annoncé lundi le dépôt d'une plainte contre l'auteur du tir et contre Laurent Nuñez.
- "Protéger" le droit à manifester -
Dans ce contexte tendu, M. Lecornu recevra les syndicats mercredi et les partis politiques jeudi. Jordan Bardella et Marine Le Pen (RN) se feront représenter, tandis que Mathilde Panot a dit ne pas encore savoir si LFI participera.
Quant à la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, elle a appelé l’État à de "vraies réponses sociales".
L'UE a dénoncé pillages et incendies tout en appelant la France à "protéger" le droit à manifester pacifiquement.
Les marchés s'inquiètent aussi : l'écart entre les taux d'emprunt à 10 ans de la France et de l'Allemagne, qui mesure la méfiance des investisseurs envers la dette française, est au plus haut depuis 2012.
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(U.Kabuchyn--DTZ)