Deutsche Tageszeitung - Les moustiques, des pollinisateurs ignorés

Les moustiques, des pollinisateurs ignorés


Les moustiques, des pollinisateurs ignorés
Les moustiques, des pollinisateurs ignorés / Photo: © AFP/Archives

Quand il étudie les orchidées du Colorado, le professeur de biologie David Inouye réfléchit à deux fois avant d'écraser un moustique. Car même s'ils sont plus connus pour transmettre le paludisme ou la dengue, certains d'entre eux jouent un rôle méconnu de pollinisateur.

Taille du texte:

David Inouye laisse la vie sauve à ceux qui sont couverts de pollen, "pour aider les orchidées", témoigne-t-il auprès de l'AFP.

Il existe plus de 3.500 espèces de moustiques à travers le monde, dont une centaine piquent les humains.

Seules les femelles sont en quête de sang frais et ciblent les animaux et les humains à la recherche des protéines nécessaires pour produire leurs œufs. Mais les mâles comme les femelles se nourrissent du sucre et du nectar sécrétés par les plantes et les fleurs.

Leur rôle dans la reproduction des plantes est pourtant bien moins étudié que celui des abeilles ou des papillons.

"C'est peut-être en partie parce que de nombreux moustiques sont nocturnes ou actifs au crépuscule ou à l'aube", estime David Inouye, professeur émérite à l'université du Maryland, qui travaille dans un laboratoire du Colorado. "Donc c'est un peu moins pratique de les étudier par rapport aux abeilles, qui sont actives pendant la journée, ou aux papillons qui sont actifs seulement quand il fait beau".

Une autre raison pour laquelle leur fonction de pollinisateur est peut-être négligée: les scientifiques ont tendance à se concentrer sur leur rôle de vecteur de maladies, souligne Lawrence Reeves, entomologiste à l'université de Floride.

"Mais les moustiques font partie des rares spécialistes qui ciblent le nectar et d'autres sucres végétaux comme sources de nourriture", ajoute l'expert. "On peut se fonder sur ce fait pour calibrer nos attentes sur leur rôle potentiel de pollinisateur".

- "Deux camps" -

Mais l'étendue de ce rôle reste débattu.

"Il existe deux camps dans le monde scientifique: celui qui soutient l’idée que les moustiques jouent un rôle important dans la pollinisation et l’autre qui pense que les moustiques sont majoritairement des voleurs de nectar et n’apportent que très rarement un bénéfice à la plante", résume Chloé Lahondère, de l'université américaine Virginia Tech.

Cette spécialiste a mené une étude, publiée en 2019, qui a montré que les moustiques du genre Aedes sont attirés par l'odeur d'un type d'orchidée dans l’État de Washington, pompant leur nectar et transportant le pollen d'une fleur à l'autre.

L'association entre l'animal et la plante représente "l'un des rares exemples qui montrent que des moustiques sont des pollinisateurs efficaces", conclut l'étude publiée dans la revue de l'Académie américaine des sciences (PNAS).

Celle-ci dénombre parmi eux l'espèce de moustiques Aedes aegypti - par ailleurs l'un des animaux les plus mortels sur Terre puisqu'il transmet la dengue et la fièvre jaune.

"Après avoir passé 10 ans à étudier divers systèmes plantes/moustiques, je suis persuadée que les moustiques ont un rôle plus important que l’on pense dans les écosystèmes et participent à la pollinisation de nombreuses plantes", conclut Chloé Lahondère.

- Éradication -

La chercheuse travaille sur deux études sur deux espèces invasives aux États-Unis et en Europe - dont le moustique tigre (Aedes albopictus) - qui tendent à démontrer un rôle de pollinisateur des plantes indigènes avec lesquelles elles n'ont pas évolué.

"Cela démontre à quel point les moustiques s’adaptent facilement en présence de nouvelles ressources en sucre", relève-t-elle.

David Inouye a pour sa part observé des moustiques couverts de pollen d'une espèce d'orchidée dans son laboratoire du Colorado.

Il a recensé dans des études 76 espèces de moustiques qui rendent visite à des fleurs.

"Il est assez incontestable que les moustiques jouent un rôle dans la pollinisation", juge le chercheur.

Même si ce rôle est "relativement mineur" comparé à celui des abeilles ou des papillons, il devrait être mieux étudié, selon lui.

"S'il s'avère qu'ils sont des pollinisateurs importants pour plus qu'une seule espèce d'orchidée, cela pourrait influencer ceux qui envisagent des programmes d'éradication de masse des moustiques", conclut-il.

(Y.Ignatiev--DTZ)

En vedette

Ballon d'Or : seulement 28 points d'écart entre Kane et Mbappé

L'attaquant anglais Harry Kane, lauréat du Ballon d'Or lundi, l'a emporté avec un très faible écart, seulement vingt-huit points, devant la star française Kylian Mbappé, selon le classement détaillé publié vendredi par France Football, qui décerne le prestigieux trophée.

Des singes volés dans un zoo près de Pau retrouvés, des interpellations

Une dizaine de singes volés en début de semaine dans un zoo des Pyrénées-Atlantiques, dont certains appartenant à une espèce en danger d'extinction, ont été retrouvés et plusieurs personnes interpellées par les gendarmes à Tarbes (Hautes-Pyrénées), a-t-on appris vendredi de source proche de l'enquête.

Inde: assailli de critiques, le parc animalier géant de Vantara promet de se réinventer

Des éléphants, des tigres ou des orangs-outans à foison... dans une arche de Noé majuscule. À l'ombre de la plus grande raffinerie d'Inde, la réserve de Vantara accueille la concentration d'animaux la plus large de la planète et certainement la plus controversée.

Angleterre: une ONG lève 30 millions de livres pour transformer un immense domaine en sanctuaire de biodiversité

L'organisation environnementale Wildlife Trusts a annoncé vendredi avoir levé 30 millions de livres (36 millions d'euros) par un financement participatif pour acheter le Rothbury Estate, gigantesque domaine du nord de l'Angleterre, et le transformer en sanctuaire de biodiversité.

Taille du texte: