Séries Mania 2026 : la montée des pouvoirs autoritaires au coeur de la création
"The Testaments", suite de la "Servante Ecarlate", inspirée de l'oeuvre glaçante de Margaret Atwood, a ouvert vendredi soir le festival international Séries Mania à Lille, donnant le ton à une édition où plane la peur des régimes autoritaires.
Les stars de la série événement, dont les premiers épisodes sont présentés en avant première mondiale, Chase Infiniti et Ann Dowd -- terrifiante "tante Lydia" --, ont foulé le tapis mauve du festival, l'un des plus importants du genre, où se pressent des dizaines de milliers de "binge watchers" et de professionnels dans la métropole du Nord.
De l'autrice de BD Pénélope Bagieu, présidente d'un jury, à la star de "The Big Bang Theory" Simon Helberg, qui présentera une série en forme de satire sur la Silicon Valley ("The Audacity"), en passant par le nouveau "Lucky Luke" de Disney+, Alban Lenoir, Thomas Ngijol, Jean-Pascal Zadi, Olivier Gourmet ou Catherine Frot, une pluie de vedettes sont attendues pendant huit jours.
Parmi des dizaines de conférences, le public pourra aussi écouter mercredi l'ancien ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin exposer ses vues sur la diplomatie dans les séries.
La cérémonie d'ouverture a été marquée par un hommage à la cinéaste iranienne Ida Panahandeh, qui devait faire partie d'un jury, mais est restée bloquée à Téhéran.
"Si je sors vivante de cette guerre, je réaliserai peut-être une série qui racontera les jours et les nuits difficiles que vit mon peuple", a-t-elle dit dans un message très applaudi.
Puis, dans la salle lilloise du Nouveau siècle c'est dans l'oppressante théocratie autoritaire de "Gilead", inspirée des célèbres romans de Margaret Atwood, que les spectateurs se sont replongés.
- écho -
Diffusé le 8 avril sur Disney+, "The Testaments" se déroule une quinzaine d'années après l'avènement de cette dictature patriarcale aux États-Unis, et suit de jeunes adolescentes endoctrinées, comme Agnes (Chase Infiniti), promise au statut d'épouse soumise. Les fans y verront suffisamment d'indices pour nouer des liens avec June, l'héroïne de "La Servante Ecarlate" (Elisabeth Moss), qui n'a pas désarmé au sein de la résistance.
L'œuvre de Margaret Atwood a un écho particulier aux États-Unis, où le costume rouge porté par les servantes est devenu un signe de ralliement dans des manifestations anti-Trump.
Sur fond de montée des populismes, l'exploration de régimes autoritaires est l'une des tendances de l'année, parmi les 51 séries présentées, venues de 16 pays.
"En montrant le passé, ou en nous mettant face à des situations peut-être encore dystopiques mais à peine, les scénaristes se penchent sur ce qui peut arriver quand la démocratie perd de sa force", souligne à l'AFP la directrice de Séries Mania, Laurence Herszberg.
"Anatomia de un instante" retrace le coup d'État manqué de 1981 en Espagne, "Breendonk" plonge dans la Flandre occupée par l'Allemagne nazie, tandis que "Variola Vera" s'inspire de l'épidémie de variole en 1963 à Wroclaw pour dépeindre les tentatives du pouvoir d'étouffer la vérité.
"The Best Immigrant" va plus loin en imaginant, dans une Belgique gagnée par la xénophobie, un jeu télévisé où s'affrontent des immigrés menacés d'expulsion, à qui l'on fait cyniquement miroiter un droit au séjour.
- "Même pas peur" -
Laurence Herszberg promet aussi "des moments de joie et d'enthousiasme", avec par exemple "Major Players", l'histoire de jeunes Londoniennes qui veulent à tout prix monter leur équipe de foot, et une exposition sur les "méchants" dans les séries intitulée "Même pas peur".
Signe d'un "tassement du marché", le festival a reçu quelque 380 séries, contre 450 l'année précédente, souligne la directrice du festival, pour qui "la créativité vient beaucoup des pays européens", alors qu'"on a reçu moins de séries américaines, et avec moins d'audace".
La crainte que les "séries (deviennent) lisses ... et ennuyeuses" sera au menu d'une table ronde sur le "risque d'autocensure" dans la création, conséquence de "l'interventionnisme politique ou actionnarial", selon le programme.
Le forum professionnel accueillera plusieurs plateformes, dont Disney+, Prime Video et HBO Max, qui pourrait bientôt fusionner avec Paramount+ après le rachat pour 110 milliards de dollars de sa maison mère, Warner Bros Discovery, par Paramount Skydance.
(L.Barsayjeva--DTZ)