Deutsche Tageszeitung - Accablés de chaleur, des Italiens trouvent refuge dans les anciens "trulli" en pierre

Accablés de chaleur, des Italiens trouvent refuge dans les anciens "trulli" en pierre


Accablés de chaleur, des Italiens trouvent refuge dans les anciens "trulli" en pierre
Accablés de chaleur, des Italiens trouvent refuge dans les anciens "trulli" en pierre / Photo: © AFP

Autrefois vestiges d'un mode de vie révolu, les "trulli", ces habitations emblématiques en pierre sèche aux toits coniques qui parsèment les Pouilles, sont de plus en plus prisées comme havres de fraîcheur dans le sud étouffant de l’Italie.

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Au-delà de leur littoral émeraude et de leurs oliveraies, les Pouilles sont une région aride où la chaleur peut être accablante. Mais dès que l’on pénètre dans les trulli gris et blancs vieux de plusieurs siècles, la température chute brusquement.

Dans un trullo classique, "la différence est en moyenne de 7 à 10°C entre l’intérieur et l’extérieur. Mais il arrive souvent qu’il y ait jusqu’à 15°C de différence", explique à l'AFP Francesco Fragnelli, restaurateur de trulli, qui travaille sur un chantier près d'Ostuni.

Traditionnellement composés d’une seule pièce avec des alcôves servant de chambre et de cuisine, les trulli ont été construits à partir du milieu du XIVe siècle, à l’aide de blocs de calcaire grossièrement taillés, ramassés dans les champs à mesure que les agriculteurs défrichaient les terres pour les cultiver.

Pour Francesco Fragnelli, 58 ans, les performances hygrothermiques des trulli tiennent en grande partie à l'épaisseur de leurs murs, qui peuvent atteindre entre 1,5 et trois mètres de profondeur.

En été, le calcaire relâche lentement l’humidité accumulée durant l'hiver, tandis que l’air chaud monte dans le toit conique, rafraîchissant ainsi l’espace situé en dessous.

- Restaurants et résidences secondaires -

Mais au fil des siècles, ces structures érigées pour servir d’abris et d’entrepôts sont tombées en ruine.

Peu d’ouvriers ont transmis les savoir-faire nécessaires pour réparer les cônes de dalles calcaires en encorbellement. Les citernes intérieures pour recueillir l’eau de pluie se sont asséchées.

Lorsque Francesco Fragnelli a commencé son apprentissage auprès d’un cousin en 1983, "le béton était à la mode. Le trullo représentait une époque révolue, une époque de souffrances, une époque de faim", se remémore-t-il.

Aujourd’hui, il travaille avec son frère et son neveu sur des trulli achetés par des Italiens et des étrangers comme résidences de vacances, à la campagne ou dans des villes telles qu’Alberobello, classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Ces cabanes en pierre ne servent pas uniquement d'habitations: le chef Domenico Laera possède un restaurant à l’intérieur d'un trullo d'Alberobello, une expérience qu’il décrit comme "magique".

"Pour manger, (on ressent) une fraîcheur naturelle, nous n’avons pas de climatisation", précise-t-il.

Selon Gerardo Biancofiore, responsable de l’association nationale des constructeurs (ANCE) pour la région des Pouilles, la demande de trulli a augmenté ces dernières années "et continue de croître".

Mais il met en garde contre les constructeurs qui utilisent "des compétences, des techniques et des matériaux incompatibles avec des constructions en pierre sèche" et appelle au développement de la formation pour les jeunes bâtisseurs.

- "Source d'inspiration" -

Plusieurs régions d’Italie, dont les Pouilles, ont été placées en alerte rouge cette semaine alors que l’Europe subit une vague de chaleur prolongée. Les scientifiques affirment que ce type de phénomènes météorologiques extrêmes devraient devenir plus fréquents.

"Avec la multiplication des vagues de chaleur, ces solutions traditionnelles (comme les trulli) deviennent une référence précieuse, capables d’inspirer des stratégies d’adaptation climatique également pour la construction contemporaine", estime M. Biancofiore.

Pour lui, le trullo représente "un exemple concret d’architecture bioclimatique", avec ses murs à double paroi et un cœur en moellons, une conception thermique que les experts espèrent reproduire avec d’autres matériaux.

Si l’intérieur de ces constructions reste frais, il faisait en revanche une chaleur torride sur le toit d’un chantier de restauration près d’Ostuni, où Giuseppe, le neveu de M. Fragnelli âgé de 19 ans, taille une dalle.

En reposant son marteau à 12H30, conformément à un arrêté régional interdisant le travail en extérieur pendant les heures les plus chaudes, Giuseppe Fragnelli juge qu’apprendre le métier de restaurateur de trulli vaut bien l'effort physique requis.

Il a commencé sa formation il y a un an et a rapidement "compris que c’était très important, que c’était quelque chose de rare". "Chaque pierre a une valeur, une signification, sa propre raison d’être… alors je suis prêt à me donner à fond."

(N.Loginovsky--DTZ)