Deutsche Tageszeitung - Câbles, main-d'oeuvre: la guerre en Ukraine fait trembler les équipementiers automobiles

Câbles, main-d'oeuvre: la guerre en Ukraine fait trembler les équipementiers automobiles


Câbles, main-d'oeuvre: la guerre en Ukraine fait trembler les équipementiers automobiles
Câbles, main-d'oeuvre: la guerre en Ukraine fait trembler les équipementiers automobiles

Moins de câbles, des usines à l'arrêt, et des doutes sur les approvisionnements en néon: la guerre frappe de plein fouet l'industrie ukrainienne des pièces automobiles, qui fournit de nombreux équipementiers européens.

Taille du texte:

Après avoir vu sa production de voitures s'écrouler avec la chute de l'URSS, l'Ukraine connaissait depuis les années 2000 un boum des fabricants de pièces. Proche de l'Union européenne, avec ses ouvriers qualifiés et son faible coût du travail, le pays a attiré une vingtaine de fabricants, notamment allemands, comme Bosch, Kostal ou Prettl. Ils employaient au total 60.000 personnes dans 38 usines en 2021, selon le gouvernement ukrainien.

Les ouvriers y produisent des composants électroniques, des sièges, mais surtout des réseaux de câbles électriques. Un gros SUV comme le Porsche Panamera en transporte plusieurs kilomètres.

L'Ukraine a exporté pour 760 millions d'euros de câbles vers l'UE en 2021, pour l'industrie automobile mais aussi pour l'aéronautique, selon le comité de liaison européen des équipementiers (Clepa).

"Chaque voiture a son réseau spécifique de câbles", qui demandent jusqu'à 10 ou 15 heures de travail manuel, et sont livrés en "juste à temps", soit en 3 à 4 jours, a expliqué le patron de Volkswagen Herbert Diess début mars.

La plupart des usines de pièces, situées dans l'ouest de l'Ukraine et employant principalement des femmes, "travaillent encore dans une certaine mesure", mais "transporter les pièces depuis là-bas est tout aussi difficile", souligne la secrétaire générale du Clepa, Sigrid de Vries.

- Problèmes en cascade -

A la frontière polonaise, l'usine Bosch de Krakovets a repris "lentement" la fabrication de démarreurs de rechange "à la demande des 180 collaborateurs qui y sont employés et qui souhaitaient recommencer à travailler", a indiqué à l'AFP le numéro un mondial des pièces automobiles.

"Les conditions de sécurité les plus strictes continuent de s'appliquer aux collaborateurs qui travaillent sur place", souligne le groupe allemand, qui dit avoir versé "plusieurs mois de salaires à l'avance".

Parallèlement, de nombreux équipementiers essaient de dupliquer leur production dans les pays voisins. Quelques jours avant le début de la guerre, l'Irlandais Aptiv a déplacé sa production de câbles vers la Pologne, la Roumanie et la Serbie.

La production de câble "n’est pas si compliquée à relocaliser, ce sont des outillages relativement simples", souligne Alexandre Marian du cabinet AlixPartners. "Mais ça nécessite une organisation assez lourde et une bonne préparation". "La montée en régime peut prendre entre deux et six mois", tempère Sigrid de Vries.

La représentante du Clepa décrit aussi les effets collatéraux de la guerre sur l'industrie: les usines automobiles d'Europe de l'Est emploient beaucoup d'Ukrainiens, dont une partie serait rentrée se battre. Et les pièces comme les automobiles sont transportées par de nombreux chauffeurs ukrainiens eux aussi.

Résultat: après un mois de guerre, des usines ont été mises en pause chez Volkswagen, BMW ou Renault.

L'Ukraine, gros producteur d'acier, est également le premier exportateur mondial de néon, utilisé dans la fabrication des puces électroniques. Si l’outil industriel s’est adapté après l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, et que les stocks sont suffisants, "ça pourrait être un problème à moyen terme", mais bien inférieur aux pénuries de matières premières russes, selon Alexandre Marian, chez AlixPartners.

Plus largement, c'est surtout la hausse des prix de l'énergie (gaz, pétrole, électricité) qui inquiète le plus le secteur.

La guerre assombrit les perspectives du marché automobile, déjà freiné par la pandémie, puis par la pénurie de puces électroniques, les problèmes logistiques et les hausses de coût des matières premières.

Les ventes mondiales devraient encore baisser de 2% en 2022, notamment en Europe, contre une augmentation de 4 à 6% prévue jusqu'ici, a indiqué mardi le cabinet Standard & Poor's (S&P).

Et si les constructeurs ont réussi à augmenter leurs prix et protéger leurs marges, les équipementiers doivent trouver un "équilibre très délicat" entre les hausses de coûts de leurs fournisseurs et leurs clients, les constructeurs, note Vittoria Ferraris de S&P.

"Certains constructeurs et équipementiers vont se retrouver en difficulté", prévoit Alexandre Marian. Dans la chaîne de production automobile, "il y a forcément un maillon faible quelque part".

(O.Tatarinov--DTZ)

En vedette

Les Etats-Unis ont discuté avec la Chine d'un "mécanisme" de dialogue sur l'IA

Les Etats-Unis ont suggéré dimanche à la Chine la création d'un "mécanisme" de dialogue entre les deux puissances au sujet de l'intelligence artificielle (IA), sur fond d'inquiétudes face au risque de voir cette technologie échapper à tout contrôle.

Carburants : l'exécutif sur tous les fronts

Agir sur les aides mais aussi sur les approvisionnements : le couple exécutif se déploie cette semaine pour tenter de calmer la grogne sociale sur les carburants, dont les prix flambent et entament le pouvoir d'achat, devenu un thème majeur de la campagne présidentielle.

Face à Trump, Macron et Carney plaident pour un "rapprochement profond" de leurs pays

Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney ont défendu dimanche depuis Saint-Pierre-et-Miquelon, petit territoire français de l'Atlantique Nord, la "souveraineté" de leurs pays et plaidé pour un "rapprochement" bilatéral "profond" face aux rodomontades permanentes de Donald Trump.

Droits télé: le président du PSG Nasser al-Khelaïfi visé en France par une enquête pour prise illégale d'intérêts

Nasser al-Khelaïfi, président du PSG et de beIN Media Group, est visé par une enquête préliminaire à Paris pour prise illégale d'intérêts lors d'une réunion en 2024 sur les droits télé avec la Ligue de football professionnel (LFP), a indiqué dimanche le parquet de Paris.

Taille du texte: