Deutsche Tageszeitung - Des dirigeants du groupe français Bourbon démentent toute corruption d'agents publics au Nigeria

Des dirigeants du groupe français Bourbon démentent toute corruption d'agents publics au Nigeria


Des dirigeants du groupe français Bourbon démentent toute corruption d'agents publics au Nigeria
Des dirigeants du groupe français Bourbon démentent toute corruption d'agents publics au Nigeria / Photo: © AFP/Archives

L’état-major du groupe parapétrolier français Bourbon s’est défendu jeudi d’avoir corrompu des agents du fisc nigérian dans le but de faire fondre un redressement fiscal, renvoyant la responsabilité sur son partenaire local africain.

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Huit dirigeants et anciens dirigeants du groupe français de services maritimes aux sociétés pétrolières comparaissent depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille pour des faits de corruption d’agents publics étrangers au Nigeria, en Guinée Equatoriale et au Cameroun.

Au Nigeria, ce sont 2,7 millions de dollars qui, en 2012, auraient graissé la patte de contrôleurs fiscaux et du directeur du Criminal Investigation Departement dans le but de réduire à 4,1 millions de dollars le montant d'un redressement fiscal annoncé à hauteur de 227 millions de dollars pour Bourbon, selon l'accusation.

Bourbon avait délégué les négociations avec le fisc à son partenaire local, la société nigériane Intels, filiale du groupe Orleaninvest, avec laquelle avaient été créées en joint-venture les sociétés Bourbon Interoil Nigeria Limited (BINL) de droit nigérian, et Bourbon Offshore Interoil Nigeria Service Limited (BOINSL) de droit portugais.

Confronté à des échanges de mails entre Marc Cherqui, le directeur fiscal de Bourbon envoyé superviser ce contrôle fiscal à Lagos, avec d’autres hauts cadres de la société, laissant apparaître une corruption en cours, Gaël Bodénès, à l'époque directeur général adjoint opérationnel et aujourd’hui numéro 1 de la société, a déploré à la barre que "[s]es instructions n’aient pas été suivies".

Apprenant la possibilité de versement de bakchichs, "ma première réaction a été +pas question que Bourbon participe à ce genre de demandes+", a assuré de son côté Christian Lefèvre, à l’époque directeur général du groupe.

Aucun dirigeant n’a cependant évoqué une quelconque consigne pour s’opposer aux manœuvres en cours. "Je n’avais aucun pouvoir sur Intels", a opposé M. Lefevre.

"Si Intels a versé des fonds, je n’en suis pas responsable, c'est un groupe très puissant localement. Si ça s’est passé, c'est le problème d’Intels", s’est également défaussé Laurent Renard, ancien directeur général délégué aux finances.

Aujourd’hui retraité, M. Renard n’avait pas non plus réagi en prenant connaissance d’un mail récapitulatif sur le contrôle fiscal évoquant une commission à verser, "un PR [Public Relation] de trois millions de dollars encore négociables".

"Je ne veux pas rentrer là-dedans", rétorque-t-il à la présidente du tribunal Laure Humeau, étonnée de cette politique de l’autruche.

"Vous dites +ça ne me concerne pas+ mais c’est pour le compte de BINL dans laquelle vous êtes associé à 40%", relance-t-elle, en appuyant sur les déclarations de Bourbon qui a toujours évoqué le risque d’être éclaboussé par des pratiques de corruption, notamment vis-à-vis de clients anglo-saxons.

Questionné sur un mail de Rodolphe Bouchet, l’actuel directeur de Bourbon Marine et Logistics, à l’époque interlocuteur de Marc Cherqui, évoquant ce qui ressemble à un accord pour un bakchich de deux millions d’euros, Gaël Bodénès se retranche derrière la gestion, à la même période, d’un kidnapping de marins de Bourbon, six Russes et un Estonien par des pirates réclamant une rançon.

Selon l’état-major du groupe, "Bourbon a payé au fisc ce que la société devait, dans un pays où c’est compliqué, mais aucune de ses sociétés n’a sorti des sommes illégalement".

Le tribunal doit aborder d’éventuelles manœuvres de corruption au Cameroun ou en Guinée Equatoriale dans les jours qui viennent. Le réquisitoire est attendu mardi.

(U.Stolizkaya--DTZ)

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