Deutsche Tageszeitung - En Corée du Sud, une addict au shopping repentie, inspirée par une doudoune

En Corée du Sud, une addict au shopping repentie, inspirée par une doudoune


En Corée du Sud, une addict au shopping repentie, inspirée par une doudoune
En Corée du Sud, une addict au shopping repentie, inspirée par une doudoune / Photo: © AFP

Lee So-yeon enrichissait sa garde-robe d'une nouvelle tenue cinq fois par semaine. Jusqu'à ce qu'une banale doudoune à moins de deux dollars fasse voler en éclats son monde de fashionista et la pousse à s'engager.

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Une question toute simple s'impose à la Sud-Coréenne de 30 ans, à la vue du manteau vendu dans un magasin H&M aux Etats-Unis, où elle travaillait alors : comment est-ce possible?

Plongeant dans les méandres de la fast-fashion, modèle économique caractérisé par un renouvellement très rapide des collections, Lee So-yeon en découvre le coût environnemental et humain, conséquence d'un consumérisme exacerbé qui affecte la planète et la santé mentale des addicts au shopping.

"J'avais l'habitude d'acheter une nouvelle tenue chaque jour de la semaine", du lundi au vendredi, se remémore Mme Lee auprès de l'AFP, ajoutant qu'une pièce lui coûtait le plus souvent moins d'un dollar.

La fashionista réalise que si les prix sont si bas, c'est à cause de salaires de misère et du peu de cas fait par le secteur à son impact environnemental.

La jeune femme décide alors d'arrêter d'acheter des vêtements neufs. Six ans après, elle n'a pas fait machine arrière et a abandonné définitivement la fast-fashion.

Son actuelle garde-robe, bien moins fournie, se compose de pièces de seconde-main offertes par des amies et sa famille, dont un blouson en cuir vintage qui appartenait à sa mère.

Au contraire d'un vêtement de fast-fashion, fait pour être vite changé, ces vêtements ont tous une histoire unique qui les rend irremplaçables, affirme Lee So-yeon.

"Au final, les habits les plus respectueux de l'environnement sont ceux qui se trouvent déjà dans votre armoire", résume-t-elle.

- Pression du look -

La jeune femme explique que sortir de la spirale consumériste l'a aidé à échapper à la pression du look.

Quand elle était accro au shopping, la Sud-Coréenne pouvait être stressée dès le matin, hésitant à choisir la bonne tenue pour un événement important en soirée.

"Je subissais beaucoup de pression par rapport au regard des autres", se souvient-elle.

L'effondrement en 2013 au Bangladesh du Rana Plaza, qui a tué plus de 1.130 ouvriers du textile, en majorité des jeunes femmes, l'a aussi aidé à changer de paradigme. Ces employés sont morts en confectionnant des habits pour "des femmes comme moi", se désole Lee So-yeon.

Elle organise désormais des échanges de vêtements avec ses amis et sa famille, et a écrit un livre pour promouvoir l'idée d'apprécier les vêtements pour "leur histoire", plutôt que de suivre des tendances éphémères.

Elle fait partie d'un mouvement émergent qui cherche à promouvoir les vêtements de seconde main et à sortir du cycle de la surconsommation.

L'application Lucky Sweater fournit ainsi une plateforme permettant aux utilisateurs d'échanger des articles de leur garde-robe, a expliqué à l'AFP sa fondatrice Tanya Dastyar.

"On peut toujours être à la mode, se sentir bien et avoir un superbe allure" sans acheter de nouveaux vêtements, souligne-t-elle.

- Sud-Coréens réticents -

L'industrie de la mode est l'une des plus polluantes au monde, pesant environ 10% de la totalité des émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, selon les estimations de la Banque mondiale.

La plupart des habits modernes sont fabriqués à partir de matières synthétiques telles que le nylon ou le polyester, des fibres principalement composées de plastique et non-biodégradables, d'après des données du secteur.

Les antis reconnaissent que la seconde-main peut contribuer à limiter ses effets néfastes. Mais en Corée du Sud, beaucoup montrent des réticences face aux pièces d'occasion, associées aux difficultés financières, relève Kim Dong-hyun, directeur d'une entreprise d'export de vêtements d'occasion.

"Souvent, les gens n'ont pas un regard positif sur quelqu'un qui porte des vêtements usagés, car ils sont perçus comme des pièces que personne ne veut", analyse M. Kim pour l'AFP.

La Corée du Sud est le cinquième plus gros exportateur de vêtements d'occasion au monde, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Royaume-Uni et l'Allemagne, selon l'Observatoire de la diversification économique.

Dans l'usine de M. Kim à Paju, à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale Séoul, l'AFP a observé des montagnes de vêtements de seconde-main empilés comme dans une décharge.

Les pièces sont triées par une pince mécanique avant d'être exportées. "Beaucoup traitent les bacs de collecte de vêtements exactement comme une poubelle", soupire M. Kim.

(A.Stefanowych--DTZ)

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