Deutsche Tageszeitung - La reprise d'entreprise, sujet économique et très psychologique, que le gouvernement veut mieux accompagner

La reprise d'entreprise, sujet économique et très psychologique, que le gouvernement veut mieux accompagner


La reprise d'entreprise, sujet économique et très psychologique, que le gouvernement veut mieux accompagner
La reprise d'entreprise, sujet économique et très psychologique, que le gouvernement veut mieux accompagner / Photo: © AFP/Archives

Le ministère des PME a lancé une campagne, jeudi, face au défi démographique qui verra 500.000 chefs d'entreprises atteindre l'âge de la retraite dans les dix ans, sans toujours avoir anticipé la suite, une situation concernant trois millions de salariés.

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Le constat

Selon l'économiste Alain Tourdjman, présent à Bercy jeudi à l'événement "Objectif Reprises", organisé par le cabinet du ministre des Petites et moyennes entreprises Serge Papin, 29% des dirigeants de PME et d'entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont aujourd'hui 60 ans et plus, contre 15% il y a vingt ans. Or, selon lui, "beaucoup de chefs d'entreprise choisissent de se retirer sans céder".

Aujourd'hui, indique Bercy, une entreprise sur deux ne trouve pas de repreneur, alors même que l'entrepreneuriat connaît un grand succès: près de 30% des Français aimeraient se lancer, dont plus de 50% des 18-34 ans, et 1,16 million d'entreprises ont été créées l'an dernier.

Sujet hautement psychologique

Or céder son entreprise, "c'est une affaire de coeur, pas qu'une transaction", relève Alain Di Crescenzo, président de CCI France, le réseau des chambres de commerce.

"Pour les dirigeants de petites entreprises, il y a des freins psychologiques. On se demande ce que vont faire les clients s'ils apprennent la future cession, ce que va faire le chef de chantier qui a été repéré par le concurrent...", a observé Michel Picon, président de l'U2P (entreprises de proximité).

"C'est un sujet essentiellement humain, on parle de la vie, de la mort, de la disparition", a souligné Nicolas Dufourcq, directeur général de la banque publique Bpifrance.

Pour Serge Papin, ancien patron de Système U et dirigeant de magasins, "c'est une aventure qu'on vit seul, avec ses doutes, ses questions, ses peurs, et cela doit changer".

Cordonniers pas toujours bien chaussés

Le président du Medef Patrick Martin est un père heureux, qui va transmettre son ETI de l'Ain, Martin Belaysoud, à ses filles par Pacte Dutreil, un système fiscal facilitant la transmission familiale. Il "fait former depuis quatre ans la nouvelle génération", la huitième, à la direction.

À l'inverse, le fils de M. Di Crescenzo lui a annoncé le mois dernier ne plus vouloir reprendre son entreprise. "On a le droit de changer d'avis, je mets en place une transmission non-familiale", a-t‑il témoigné.

Stéphane Westelynck n'a pas non plus convaincu ses enfants de reprendre l'entreprise de literie plus que centenaire qu'il dirige à Borre (Nord). La CCI du Grand‑Lille lui a présenté Quentin Motte, salarié d'un grand groupe, qui "ne voulait pas se réveiller à 55 ans en se disant qu'il n'avait pas essayé" l'entrepreneuriat. Ils sont satisfaits de leur rencontre, et M. Motte compense son absence de compétences en literie par ses compétences commerciales.

D'autres ne lâchent pas la barre, comme le PDG de LVMH Bernard Arnault, 77 ans, renouvelé l'an dernier pour dix ans. Interrogé sur sa succession, il a lancé jeudi à ses actionnaires : "On reparlera de tout ça dans sept, huit ans".

"Tinder" à la rescousse

Pour Serge Papin, la reprise recouvre "trois enjeux majeurs" : la souveraineté économique, la sauvegarde de l'activité dans les territoires et la transmission des compétences.

Les chefs d'entreprise de plus de 55 ans recevront un message d'alerte, tandis que les CCI et Chambres de métiers (CMA) en sensibiliseront 25.000 par an.

Parallèlement, lycées professionnels, écoles de commerce et d’ingénieurs seront mobilisés pour diffuser l’idée "qu'entreprendre, c'est aussi reprendre".

La Bourse de la transmission présente sur le site de Bpifrance, qui comptait jeudi 43.246 affaires à reprendre, sera transformée en "véritable Tinder de la reprise", a assuré M. Papin, puis complétée par des sessions de rendez‑vous organisées par les CCI et CMA.

Il a aussi souhaité introduire dans le prochain budget des dispositifs fiscaux favorables à la reprise par les salariés et encourager le crédit‑vendeur, permettant un paiement échelonné sur plusieurs années.

(A.Nikiforov--DTZ)