Le guide suprême iranien défie les Etats-Unis, coup de chaud sur le pétrole
Le guide suprême iranien a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à son pays, en pleine remontée des tensions qui ont fait brièvement bondir les cours du pétrole à 126 dollars le baril, un niveau inédit depuis 2022.
Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les Etats-Unis imposent un blocus des navires iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.
Alors qu'un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois si nécessaire", la République islamique a durci le ton et affiché son mépris pour son ennemi.
"Deux mois après le plus grand déploiement militaire et l'agression menés par les tyrans de ce monde dans la région, et après la défaite honteuse des Etats-Unis, un nouveau chapitre s'ouvre" pour le Golfe et le détroit d'Ormuz, a lancé le guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, dans un message écrit. Blessé dans des frappes, il n'a pas été vu en public depuis sa nomination.
La veille, Donald Trump avait jugé le blocus "un peu plus efficace que les bombardements", dans un entretien avec le site américain Axios. Selon le même média, le président américain devait être briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.
La guerre, déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie n'a pas retrouvé ses droits.
- "Plus grave crise énergétique" -
Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Après ce coup de chaud, le baril est redescendu à 116 dollars peu avant 11h00 GMT.
En Iran, si la vie a repris son cours, entre cafés bondés et promeneurs profitant du temps printanier, des habitants oscillent entre détresse et fatalisme, sur fond de détérioration de la situation économique et d'affaiblissement de la monnaie.
"C'est tellement démoralisant", témoigne Morteza, un informaticien téhéranais joint par une journaliste de l'AFP à Paris: "la République islamique est toujours en place, des innocents ont vu leurs vies détruites lors de cette guerre", dit-il alors que plane la menace d'une reprise des hostilités.
"Les Etats-Unis cherchent probablement une action militaire décisive qui obligerait l'Iran à capituler. Cela ne fonctionnera pas", a prévenu sur X Danny Citrinowicz, chercheur à l'Institut d'études de sécurité nationale de l'université de Tel-Aviv. "Ce que 40 jours de frappes soutenues n'ont pas réussi à obtenir ne sera pas soudainement réalisé" par de nouvelles attaques.
Pendant que les négociations piétinent, les répercussions d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions en baisse de la croissance.
"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", juge le patron de l'Agence internationale de l'Energie, Fatih Birol, selon qui "les marchés du pétrole et du gaz vont connaître de graves difficultés".
Selon le Wall Street Journal, l'administration américaine a demandé à ses ambassades d'œuvrer à convaincre ses alliés de rejoindre une coalition internationale chargée de sécuriser la voie maritime. Les capitales occidentales ont jusqu'ici fait la sourde oreille à de telles sollicitations.
Au total, 42 bateaux ont été interceptés à ce jour alors qu'ils tentaient de "violer le blocus" et 41 pétroliers ne peuvent pas quitter l'Iran, a détaillé l'amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, qui a jugé le blocus "hautement efficace".
- Neuf morts au Liban -
Le chef du Pentagone a révélé que la guerre en Iran avait coûté 25 milliards de dollars jusqu'à présent, la justifiant par une question: "Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire?"
Sur le front libanais, neuf personnes dont deux enfants ont été tuées dans des frappes israéliennes dans le sud du pays, selon les autorités, tandis que le président Joseph Aoun a condamné les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.
Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, et 1,2 million de personnes sont menacées d'insécurité alimentaire aiguë selon le Programme alimentaire mondial (PAM).
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(U.Kabuchyn--DTZ)