Deutsche Tageszeitung - En Centrafrique, le défi de la réintégration des enfants soldats

En Centrafrique, le défi de la réintégration des enfants soldats


En Centrafrique, le défi de la réintégration des enfants soldats
En Centrafrique, le défi de la réintégration des enfants soldats / Photo: © AFP

Sur les bancs d’une école de Bria, dans l’est instable de la Centrafrique, des adolescents apprennent à manier le fil et l'aiguille pour laisser derrière eux la violence des groupes armés qui a marqué leur enfance.

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"Ce n'est pas facile de leur donner cours. Il y en a qui ont gardé la violence, d’autres qui sont toujours très stressés", observe Christophe Yonaba, leur professeur.

Agés de 14 à 17 ans, ses apprentis couturiers sont d'anciens enfants soldats.

"Parfois ils restent là, muets, puis brusquement, ils s’agitent. Comme si quelque chose se bloquait", poursuit-il.

- Diamants "scintillants" -

Dans l'est du pays, fracturé par des années de conflits armés, ces adolescents tentent, avec l'aide d'une ONG locale, de surmonter leurs traumatismes pour construire leur avenir en dehors de la violence.

"Ils ont tous, à un moment donné, été capturés par des groupes armés", explique l'instructeur de 53 ans, qui leur donne cours depuis trois ans.

Avec ses 75.000 habitants, Bria, surnommée "la scintillante", à cause de son sous-sol riche en diamants, est le chef lieu de la préfecture de la Haute-Kotto, une région marquée par la présence persistante de groupes rebelles.

Le nombre de groupes armés a reculé en Centrafrique depuis le pic de la crise, passant d’une vingtaine à 14 reconnus par les autorités. Notamment grâce à une dizaine d'accord de paix et programmes de désarmement successifs depuis 2012 dont le dernier en date signé en juillet 2025.

Certaines factions et milices continuent cependant de contrôler de vastes zones, surtout dans l’est du pays, à la frontière avec le Soudan et le Soudan du Sud.

Depuis fin 2025, les combats entre l'armée et les rebelles s'y sont intensifiés, entraînant le déplacement de dizaines de milliers de civils, majoritairement des femmes et des enfants, à l'intérieur du pays et vers la République démocratique du Congo voisine.

- Violence du passé -

Au premier rang de la classe, où les bancs classiques ont laissé place à des machines à coudre, Awa (tous les prénoms des mineurs ont été modifiés, NDLR), n'avait que 14 ans lorsqu'elle a été enlevée par les membres de l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), l’un des groupes rebelles les plus importants du pays.

Elle a été séquestrée pendant environ trois mois. De ses conditions de captivité, elle ne souhaite pas parler et préfère évoquer le présent : "aujourd’hui, je me sens bien. J’aime ce que je fais ici. Il y a d’autres enfants qui ont la même histoire que moi. On s'entraide dans le travail", confie la jeune fille à l'AFP, "heureuse", de pouvoir profiter "d'une sorte de normalité".

A 16 ans, Amadou, formé au métier de boulanger par l'ONG, fabrique chaque matin du pain et des beignets au four artisanal dans son village. Il a passé un an et demi dans les rangs de l'UPC : "On ne nous demandait pas de prendre les armes, mais on était là. Comme des domestiques. On faisait les tâches ingrates, sans repos. Et en plus, ils nous parlaient mal, avec des mots durs", raconte-t-il, laissant remonter des souvenirs douloureux.

Pour ces enfants, évoquer la violence du passé reste un exercice difficile.

Rachelle, qui apprend l'élevage avec Espérance, tient aussi à raconter son histoire. Pendant un an, alors qu’elle n’avait que 14 ans, elle a été utilisée comme esclave sexuelle. "Ils me forçaient à faire des choses. À la fin, je devais le faire, sinon les conséquences étaient graves" confie-t-elle avec courage.

De cette expérience, Rachelle ne dira pas plus. "Les pensées sont encore là. J’ai du mal à ne pas les voir", d'autant plus qu'elle demeure sans nouvelles de sa mère, kidnappée en même temps qu'elle.

- Demande en hausse -

En 2025, 52 élèves ont été accompagnés par l'ONG Espérance pour une réinsertion professionnelle.

En activité depuis 2016, l'association centrafricaine financée en partie par l'Unicef propose aux bénéficiaires un suivi psychosocial, en plus des formations.

Et les récentes opérations de désarmement ont contribué à une hausse de la demande: "Avant, on recevait peut-être un appel par mois. Aujourd’hui, c'est chaque semaine", explique Karl Malone, chargé de recenser les nouveaux cas d'enfants soldats dans la région de Bria.

"Cette année, on a reçu assez de financements pour aider 100 enfants", indique-t-il. Mais, "il y en a au moins 117 (au total) qui ont besoin d’aide. Et on ne peut pas les prendre en charge", souffle l'humanitaire.

Comme d’autres secteurs de l’aide humanitaire, l'ONG a été affectée par la baisse des financements internationaux, notamment ceux l’USAID, l'agence de développement américaine démantelée peu après le retour de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis.

Selon le dernier rapport annuel du Secrétaire général des Nations unies, le recrutement et l’utilisation d’enfants par les forces et groupes armés restent la violation des droits de l’enfant la plus fréquente en Centrafrique, représentant 65 % des cas signalés.

D’après l’UNICEF, environ 2.000 enfants centrafricains seraient encore utilisés par des groupes armés.

(M.Dorokhin--DTZ)

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