Deutsche Tageszeitung - Après le froid du Brexit, le réchauffement franco-britannique dans l’aéronautique et la défense

Après le froid du Brexit, le réchauffement franco-britannique dans l’aéronautique et la défense


Après le froid du Brexit, le réchauffement franco-britannique dans l’aéronautique et la défense
Après le froid du Brexit, le réchauffement franco-britannique dans l’aéronautique et la défense / Photo: © POOL/AFP/Archives

Après des années de froid post-Brexit, les industriels français et britanniques resserrent les rangs dans l'aéronautique et la défense, sur fond de rapprochement du gouvernement travailliste avec l'Europe, face à l'imprévisibilité croissante de leur allié historique américain.

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Le président du Gifas, groupement des industries aérospatiales françaises, Olivier Andriès, s'est rendu cette semaine au Royaume-Uni, pays stratégique pour la filière tricolore.

"On fera le match retour dans deux ans" en France, où le Gifas va accueillir l'ADS, son homologue britannique, a déclaré à la presse à Londres Olivier Andriès, également directeur général de Safran.

"Le Brexit a créé un grand refroidissement. Cela a eu des répercussions (...) Aujourd'hui on sent l'appétence du nouveau gouvernement travailliste de revenir vers l'Europe et de s'intégrer aux grands programmes européens", a-t-il poursuivi.

Les Anglais "dépendants" de l'écosystème aérospatial américain et "exposés aux sautes d'humeur" de l'administration Trump "cherchent à intégrer l'écosystème européen dans un contexte où les États-Unis sont un peu plus incertains dans leurs choix géopolitiques", analyse Florian Aknin du cabinet de conseil international Roland Berger interrogé par l'AFP.

- Liens historiques -

Avec le rachat en 2025 pour 1,8 milliard de dollars des activités de commandes de vol et d'actionnement de l'américain Collins Aerospace dont le site clé se trouve à Wolverhampton (centre-ouest de l'Angleterre), Safran est devenu le troisième groupe aéronautique au Royaume-Uni, derrière Airbus et Rolls-Royce.

Présent depuis plus de 90 ans outre-Manche, Safran y emploie plus de 5.500 personnes dont 1.200 sur le site historique de Gloucester (sud-ouest) qui fabrique des trains d'atterrissage et maintenant 1.500 à Wolverhampton.

On y fabrique notamment des systèmes d'actionnement pour les missiles et les portes des soutes à armement du F-35, un dispositif qui contribue à la furtivité de l'avion de combat américain.

L'usine participera aussi au développement de l'aile du futur avion d'Airbus dont le lancement est prévu à horizon de 2030.

Pour le géant de l'aéronautique européen, le Royaume-Uni où il compte plus de 15.000 salariés directs est un pilier de la production mondiale. C'est ici que sont conçues et fabriquées les ailes qui équipent les familles A220, A320, A330 et A350.

Le programme Wing of Tomorrow (aile de demain) à Filton et Broughton prépare une rupture technologique avec une aile fine et repliable qui doit contribuer à réduire la consommation de carburant et l'impact environnemental du futur avion.

Le groupe français de haute technologie Thales est implanté au Royaume-Uni depuis plus de 130 ans et y emploie aujourd'hui 7.800 personnes.

A Belfast, Thales a quadruplé depuis 2022 sa production de missiles légers (LMM) destinés notamment à la défense antiaérienne en Ukraine, et prévoit d'investir 100 millions de livres supplémentaires dans un nouveau site en Irlande du Nord.

- L'Allemagne dans le viseur -

Il fait partie des douze entreprises du groupe de travail ADS-Gifas, créé dans le cadre du renforcement de la coopération industrielle franco-britannique après la relance, en 2025, des traités de Lancaster House, signés en 2010 pour structurer la coopération bilatérale en matière de défense et de sécurité.

Cette nouvelle étape prévoit notamment des programmes communs de missiles, une coopération accrue dans l'espace, le cyber et l'intelligence artificielle.

Si, comme les Français, les Britanniques sont confrontés à des contraintes budgétaires, "ils ne sont pas allés aussi loin dans le déficit parce qu'ils n'avaient pas l'euro derrière lequel se protéger", a lancé Olivier Andriès.

Après son offensive en Grande-Bretagne, Safran veut tirer profit des importants budgets de défense allemands qui privilégient les industriels implantés localement.

Le groupe va ainsi renforcer sa présence en Allemagne avec un nouveau site, à Ludwigsburg, près de Stuttgart, destiné à produire des équipements d’optronique portable et embarquée ainsi que des capteurs inertiels. L'investissement initial s'élèvera à 50 millions d'euros.

La première pierre sera posée le 1er décembre.

(Y.Ignatiev--DTZ)