Deutsche Tageszeitung - Dans la vallée du verre, le flacon de parfum se verdit grâce à l'électricité

Dans la vallée du verre, le flacon de parfum se verdit grâce à l'électricité


Dans la vallée du verre, le flacon de parfum se verdit grâce à l'électricité
Dans la vallée du verre, le flacon de parfum se verdit grâce à l'électricité / Photo: © AFP

A intervalles rapides, les gouttes de verre incandescentes tombent pour donner naissance aux flacons de parfum mythiques de Lancôme, Chanel ou Guerlain, des écrins désormais un peu plus écologiques grâce à l'arrivée d'un four électrique dans la verrerie normande du Courval.

Taille du texte:

Une chaleur infernale règne près du four qui fond en continu à 1.400 degrés un mélange de matières premières (sable, calcaire...) et de calcin (verre broyé). De là, la matière en fusion, plus brûlante que la lave, s'écoule vers les machines de formage qui donnent vie à des flacons expédiés dans le monde entier.

Nichée depuis 400 ans dans la vallée de la Bresle, la verrerie de Pochet du Courval (groupe Pochet) à Hodeng-au-Bosc (Seine-Maritime) produit chaque jour 1 million de flacons et pots pour le parfum et la beauté.

Ils étaient jusqu'à peu tous issus de trois fours à gaz, dont la combustion rejette des émissions réchauffantes pour l'atmosphère.

Depuis-mi février, l'un d'entre eux a cédé la place à un four électrique, le premier en France dédié au flaconnage de luxe, spécialité du territoire surnommé la "Glass vallée".

En plus d'être alimenté en électricité bas carbone, "il consomme deux fois moins d'énergie (...) tout en offrant une capacité supérieure", 66 tonnes par jour contre 50 pour un four à gaz, assure André Frézel, directeur technique du groupe.

Alors que l'industrie en France et en Europe peine à électrifier rapidement ses fours et chaudières biberonnés aux énergies fossiles, le groupe familial spécialiste de l'emballage pour l'industrie du luxe (1.650 salariés dans le verre), maintient le cap de la décarbonation, "à rebours", dit-il, de la conjoncture.

Le groupe fabrique et décore des contenants pour Dior, Chanel, Lancôme ou encore Jean-Paul Gaultier... Certains sont devenus iconiques, comme le flacon aux Abeilles de la maison Guerlain, conçu en 1853 pour l'impératrice Eugénie.

Près de 200 ans plus tard, Pochet entend répondre aux exigences nouvelles des maisons de luxe en faveur d'une meilleure performance climatique.

Le secteur verrier, très dépendant du gaz, représente dans son ensemble 3% des émissions industrielles françaises de gaz à effet de serre, en rejetant en moyenne 500 kg de CO2 par tonne de verre produit, selon la fédération des industries du verre.

Pour réduire l'énergie nécessaire à la fusion, Pochet intègre déjà 15% de verre recyclé. Il vise une réduction de 50% toutes ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2033 par rapport à 2014.

- L'électricité, arme de compétitivité -

Cette petite révolution a nécessité 7 mois de chantier et 12.000 heures de formation pour maîtriser le nouvel outil. "Le gaz chauffe vite et fort, mais refroidit vite", tandis que l'électricité "chauffe fort, lentement et refroidit lentement", explique Benoît Marszalek, directeur des opérations de Pochet du Courval.

Avec un investissement de 40 millions d'euros, dont 6 millions de subventions publiques, ce choix était loin d'être évident au vu de la hausse des prix de l'énergie "depuis la guerre en Ukraine", reconnaît-il.

Un accord d'achat d'électricité avec une centrale solaire lui garantit des prix stables, pas suffisant néanmoins pour couvrir tous ses besoins en électricité décarbonée. D'où l'appel du directeur général du groupe, Xavier Gagey: "il nous faut un coût de l'électricité abordable".

En clair, si le groupe veut installer un deuxième four, EDF doit faire des efforts et l'Etat donner des "signaux clairs" aux industriels qui se décarbonent.

"Nos concurrents asiatiques et américains payent l'énergie deux à quatre fois moins cher qu'en France, alors que nous avons une centrale nucléaire à 40 kilomètres" à Penly, relève M. Gagey.

Depuis plus d'une décennie, les clients d'EDF les plus voraces en électricité, de l'aluminium à la chimie, paient leur électricité à prix cassé en France, mais ce dispositif s'éteint en 2026.

Et les négociations entre EDF et ces industriels pour le remplacer butent sur le tarif pour des contrats à long terme, jugé excessif par ces "électro-intensifs", pour rester compétitifs.

Xavier Gagey craint in fine que les entreprises plus petites comme Pochet soient moins bien loties que les géants de l'acier ou du ciment. "Nous devons être prises en compte, sinon la décarbonation est en péril", avertit-il.

(A.Nikiforov--DTZ)

En vedette

A Prague, une péniche pour accueillir des sans-abri de plus en plus nombreux

En cette soirée de janvier particulièrement glaciale, des dizaines de personnes font la queue pour passer la nuit sur l'Hermes, une péniche amarrée près de l'un des nombreux ponts qui enjambent la rivière Vltava à Prague, où le nombre de sans-abri connaît une augmentation inquiétante.

En Tunisie, le célèbre village bleu et blanc de Sidi Bou Saïd fragilisé par des pluies intenses

Juché sur une colline surplombant la baie de Carthage, le village bleu et blanc de Sidi Bou Saïd, en Tunisie, est une étape incontournable pour les touristes. Mais ce joyau du patrimoine, déjà fragilisé, est encore plus menacé depuis de récentes intempéries.

A Moscou, les pires chutes de neige en deux siècles

Moscou a été ensevelie en janvier par les pires chutes de neige en deux siècles, ont annoncé jeudi les météorologues de l'Université d'Etat de Moscou, qui mettent en cause les "cyclones profonds et étendus" qui sont passés au-dessus de la région de la capitale russe.

Afrique australe: le changement climatique amplifie les inondations de façon "significative", selon une étude

Il est tombé autant de précipitations en 10 jours en janvier que pendant toute une année dans certaines zones d'Afrique australe, où des inondations dévastatrices sont rendues "sensiblement plus intenses" par le changement climatique, alertent des scientifiques jeudi.

Taille du texte: