Deutsche Tageszeitung - La Cour internationale de justice sur le point de rendre un avis majeur sur le climat

La Cour internationale de justice sur le point de rendre un avis majeur sur le climat


La Cour internationale de justice sur le point de rendre un avis majeur sur le climat

La plus haute juridiction de l'ONU va rendre mercredi un avis consultatif sans précédent sur les obligations légales des Etats pour freiner le changement climatique, avec une question clé: la responsabilité historique des grands pollueurs sera-t-elle engagée?

Taille du texte:

C'est l'affaire la plus importante jamais entendue par la Cour internationale de justice, basée à La Haye, arguent les experts.

"Je pense que cela peut réellement changer la donne dans le débat climatique actuel", estime Ralph Regenvanu, ministre du Changement climatique du Vanuatu, l'archipel du Pacifique dont sont originaires les étudiants à l'origine de la procédure en 2019, depuis propulsée par un vote de l'Assemblée générale des Nations unies.

"Cela fait 30 ans que nous subissons cette situation. Cela va changer le narratif, et c'est ce dont on a besoin", a-t-il déclaré mardi à l'AFP.

L'avis que rendront les juges à 15H00 (13H00 GMT), même s'il ne sera que consultatif, pourrait influencer et remodeler la justice climatique en inspirant des lois et des tribunaux dans le monde entier.

"Le changement climatique n'est pas qu'un exercice académique... On le vit au quotidien", a déclaré à l'AFP l'étudiant fidjien Vishal Prasad, 29 ans, qui a lancé la campagne avec d'autres étudiants de l'université du Pacifique Sud, au Vanuatu.

L'avis de la CIJ est "potentiellement l'une des décisions juridiques les plus importantes de notre époque", affirme Joie Chowdhury, avocate principale à l'ONG CIEL, qui soutient la procédure.

Les Nations unies ont chargé les 15 juges de la CIJ de répondre à deux questions.

Premièrement: quelles obligations les Etats ont-ils en vertu du droit international de protéger la Terre contre les émissions de gaz à effet de serre, majoritairement générées par la combustion du pétrole, du charbon et du gaz, pour les générations présentes et futures?

Deuxièmement, quelles sont les conséquences juridiques de ces obligations pour les Etats dont les émissions ont causé des dommages environnementaux, en particulier envers les Etats insulaires vulnérables de faible altitude?

La Cour a dû organiser les plus grandes audiences de son histoire, avec plus de 100 nations et groupes prenant la parole, en décembre au Palais de la Paix.

Des pays et militants du climat, frustrés par la lenteur des processus de négociations habituels, se tournent de plus en plus vers les tribunaux - nationaux et internationaux - pour forcer entreprises et Etats à agir, avec déjà quelques décisions en leur faveur.

Les COP annuelles ont certes permis d'infléchir les prévisions de réchauffement, mais encore très insuffisamment pour tenir l'objectif limite de 2°C, par rapport à l'ère préindustrielle, fixé par l'accord de Paris de 2015. Le monde en est déjà à au moins 1,3°C de réchauffement.

- Disparaître sous les vagues -

Comme David contre Goliath, le débat a opposé petits pays en développement et économies avancées.

Les grands pollueurs, dont les Etats-Unis et l'Inde, ont mis en garde la Cour et défendu le processus politique existant des COP, par la Convention-cadre de l'ONU sur les changements climatiques - malgré ses insuffisances. Sans compter que les Etats-Unis se retirent justement de l'accord de Paris sous Donald Trump.

Les petits pays réclament aussi le paiement de réparations aux pollueurs historiques, une demande inacceptable pour la plupart des pays riches.

"Le principe cardinal est clair comme de l'eau de roche. Les Etats responsables sont tenus de réparer intégralement le préjudice qu'ils ont causé", a déclaré Margaretha Wewerinke-Singh, du Vanuatu.

Ces Etats exigent également un calendrier pour l'élimination des combustibles fossiles, des compensations monétaires le cas échéant ainsi que la reconnaissance des torts passés.

"Bien que responsable de moins de 0,01% des émissions de gaz à effet de serre, sur la trajectoire actuelle des émissions, Tuvalu disparaîtra complètement sous les vagues qui clapotent sur nos côtes depuis des millénaires", a déclaré Eselealofa Apinelu, représentant de l'archipel polynésien.

Les avis consultatifs de la CIJ ne sont pas contraignants et les détracteurs affirment que les principaux pollueurs l'ignoreront.

Mais le droit international se construit avec de tels avis, explique à l'AFP Andrew Raine, du département juridique de l'ONU Environnement. "Ils clarifient la manière dont le droit international s'applique à la crise climatique, ce qui a des répercussions sur les tribunaux nationaux, les processus législatifs et les débats publics."

(M.Dylatov--DTZ)

En vedette

A Prague, une péniche pour accueillir des sans-abri de plus en plus nombreux

En cette soirée de janvier particulièrement glaciale, des dizaines de personnes font la queue pour passer la nuit sur l'Hermes, une péniche amarrée près de l'un des nombreux ponts qui enjambent la rivière Vltava à Prague, où le nombre de sans-abri connaît une augmentation inquiétante.

En Tunisie, le célèbre village bleu et blanc de Sidi Bou Saïd fragilisé par des pluies intenses

Juché sur une colline surplombant la baie de Carthage, le village bleu et blanc de Sidi Bou Saïd, en Tunisie, est une étape incontournable pour les touristes. Mais ce joyau du patrimoine, déjà fragilisé, est encore plus menacé depuis de récentes intempéries.

A Moscou, les pires chutes de neige en deux siècles

Moscou a été ensevelie en janvier par les pires chutes de neige en deux siècles, ont annoncé jeudi les météorologues de l'Université d'Etat de Moscou, qui mettent en cause les "cyclones profonds et étendus" qui sont passés au-dessus de la région de la capitale russe.

Afrique australe: le changement climatique amplifie les inondations de façon "significative", selon une étude

Il est tombé autant de précipitations en 10 jours en janvier que pendant toute une année dans certaines zones d'Afrique australe, où des inondations dévastatrices sont rendues "sensiblement plus intenses" par le changement climatique, alertent des scientifiques jeudi.

Taille du texte: