Deutsche Tageszeitung - Près de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, les pensées sombres des Ukrainiens

Près de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, les pensées sombres des Ukrainiens


Près de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, les pensées sombres des Ukrainiens
Près de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, les pensées sombres des Ukrainiens / Photo: © AFP

Un vent violent souffle sur Marganets, dans le sud de l'Ukraine. Il vient du fleuve Dnipro, de la centrale nucléaire de Zaporijjia occupée par les troupes russes, où Kiev et Moscou s'accusent mutuellement de bombardements.

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Depuis une semaine, les installations de la centrale ont été touchées plusieurs fois. Les dernières frappes en date, jeudi, ont endommagé une station de pompage et des capteurs de mesures de radioactivité.

Plus grave, un transformateur de ligne électrique haute tension a été touché le 5 août, entraînant l'arrêt automatique du réacteur n°3 de la plus grande centrale nucléaire d'Europe et le démarrage de ses groupes électrogènes de secours.

"L'heure est grave", a lancé jeudi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Marganets n'est qu'à treize kilomètres, de l'autre côté du fleuve. La ville verdoyante, au sommet d'une colline, reste sous contrôle ukrainien mais entre les fourrés on peut apercevoir la station datant de l'ère soviétique.

"Vous savez, si nous mourons, cela se produira en une seconde, nous ne souffrirons pas", veut croire Anastasia, 30 ans. "Ça me calme de savoir que mon enfant et ma famille ne souffriront pas", poursuit-elle, bravache, en continuant ses courses.

- "Constamment peur" -

La centrale nucléaire de Zaporijjia --en fait située dans la ville d'Energodar-- se trouve sur la ligne de front depuis qu'elle a été capturée par les troupes russes début mars, quelques jours le début de l'invasion de l'Ukraine.

À Marganets, les militaires déconseillent de se rendre sur les rives du Dnipro, large ici de six kilomètres, de peur que les troupes ennemies n'ouvrent le feu.

Le centre de cette ville industrielle qui comptait 50.000 habitants avant la guerre est animé et semble contredire les bruits alarmistes qui circulent sur l'état des six réacteurs de la centrale.

"J'ai peur pour mes parents, pour moi-même. Je veux vivre et profiter de la vie", confie Ksenia, 18 ans, tout en servant les clients d'un kiosque à café le long de la principale artère commerciale.

"On a constamment peur. Et les informations disent que la situation dans la centrale est très tendue, donc ça devient plus terrible chaque seconde".

"Tu as juste peur d'aller te coucher parce que la nuit, il se passe des choses terribles ici", reprend la jeune fille.

A Marganets et Nikopol, quelques kilomètres en aval, 17 civils ont été tués dans des frappes nocturnes cette semaine, selon les autorités locales. Vendredi soir, le bourdonnement de la sirène des raids aériens s'élève au-dessus de la ville alors que le soleil commence à baisser.

L'Ukraine accuse la Russie de tirer, et de stocker armes et munitions, depuis le territoire de la centrale, empêchant les forces ukrainiennes de riposter. Vendredi, un haut responsable ukrainien a en outre affirmé à l'AFP que les troupes russes "tirent sur des parties de la centrale pour donner l'impression que c'est l'Ukraine qui le fait".

Volodymyr Zelensky a dénoncé un "chantage nucléaire".

- Souvenirs des radiations -

"Je pense que les Russes utilisent la centrale comme un atout", suppose Anton, 37 ans. "Une roquette est tombée près de notre maison il y a environ deux semaines. Je suis quelqu'un de calme, mais on peut vite se mettre à trembler".

A l'époque soviétique, l'Ukraine a été le théâtre de la pire catastrophe nucléaire de l'histoire à Tchernobyl, 530 kilomètres au nord-ouest.

Quelque 600.000 "liquidateurs" ont été dépêchés sur les lieux de l'accident avec une faible, voire aucune, protection pour éteindre l'incendie et nettoyer les dégâts.

Aujourd'hui, le bilan humain de la catastrophe fait toujours débat, d'une trentaine de morts officiellement reconnus par l'ONU aux dizaines de milliers dénoncés par des ONG.

À Marganets se dresse un monument aux liquidateurs, sur lequel sont gravés quelques vers.

"De nombreuses années ont passé mais la douleur est toujours présente. Nous avons repoussé l'atome au prix d'une vie jeune", peut-on lire.

Debout près d'un cratère de missile ayant touché Marganets dans la nuit, Serguiï Volokitine, 54 ans, médite sur le passé tandis qu'un homme déblaie les restes des fenêtres voisines.

"Après mon diplôme, j'ai travaillé à la mine et dans mon équipe, il y avait deux personnes qui ont été liquidateurs", se souvient-il: "On savait tout de ce qui se passait là-bas".

"On sait ce que font les radiations, et quelles seront les conséquences si quelque chose se passe".

(L.Møller--DTZ)

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