Deutsche Tageszeitung - Funérailles de "colère" pour les Kurdes tués à Paris

Funérailles de "colère" pour les Kurdes tués à Paris


Funérailles de "colère" pour les Kurdes tués à Paris
Funérailles de "colère" pour les Kurdes tués à Paris / Photo: © AFP

Entre tristesse et slogans, plusieurs milliers de membres de la communauté kurde se sont rassemblés mardi à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) pour les funérailles hautement politiques des trois Kurdes tués en plein Paris avant Noël, une attaque dont ils contestent le caractère raciste et qu'ils attribuent à la Turquie.

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Enveloppés dans les drapeaux du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et du Rojava, territoire kurde de Syrie, les cercueils des trois défunts, deux hommes et une femme, ont été accueillis par une haie d'honneur, des larmes et aux cris de "les martyrs sont éternels !"

Organisées dans une salle des fêtes louée pour l'occasion, ces funérailles ont été suivies par une foule dense - environ 10.000 personnes sur l'intégralité de la journée, selon une source policière.

Venue des quatre coins de France et d'Europe à bord de bus spécialement affrétés, l'assemblée a généralement dû se contenter de suivre la cérémonie sur des écrans géants installés sur un parking.

Après de nombreuses prises de parole politiques, la communauté a rendu un dernier hommage à Abdurrahman Kizil, Mir Perwer, un chanteur kurde réfugié politique, et Emine Kara, responsable du Mouvement des femmes kurdes en France, tués par balles le 23 décembre dans le Xe arrondissement de la capitale.

Les yeux rougis, larmes coulant sur les joues, des milliers d'anonymes ont défilé pendant près d'une heure devant les cercueils pour y déposer une rose, sous un portrait d'Abdullah Öcalan, le chef historique du PKK emprisonné en Turquie.

"On est là parce que c'est notre devoir, parce que c'est une lutte que nos parents ont eue pendant des années et qu'on compte poursuivre", a déclaré à l'AFP Celik, une femme de 30 ans qui n'a pas souhaité que son patronyme soit cité pour des raisons de sécurité.

Pour de nombreux Kurdes, le hasard n'est pas possible dans cette affaire. Refusant de croire à la version d'un tireur isolé aux motivations racistes, ils dénoncent un acte "terroriste" et mettent en cause la Turquie.

- "Pourquoi les Kurdes ?" -

"La colère des personnes rassemblées aujourd'hui (...) nous a encore prouvé à quel point la communauté kurde pense que ces assassinats sont des assassinats politiques, des assassinats terroristes orchestrés par la Turquie", a martelé devant la presse Agit Polak, porte-parole du Conseil démocratique kurde de France, rejetant la version du parquet de Paris.

Les suspicions de la communauté sont d'autant plus vives qu'il y a dix ans presque jour pour jour, trois militantes kurdes avaient été assassinées dans le même Xe arrondissement de Paris. Un ressortissant turc soupçonné d'avoir agi pour le compte des services de renseignement d'Ankara est mort d'un cancer en 2016 en détention avant son procès.

Les trois victimes honorées mardi ont été assassinées par balles devant le centre culturel kurde Ahmet-Kaya de la rue d'Enghien. Le tireur, William Malet, a été désarmé et arrêté dans la foulée.

Devant les enquêteurs, l'homme de 69 ans, déjà connu de la justice pour des faits de violence et qui sortait tout juste de détention provisoire pour une autre affaire, a fait part de sa "haine des étrangers (...) pathologique" et dit avoir voulu "assassiner des migrants", selon le parquet de Paris.

Mis en examen le 26 décembre notamment pour assassinat et tentative d'assassinat en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion, ce conducteur de train à la retraite a été écroué.

"Ils disent qu'il n'aimait pas les étrangers, mais pourquoi les Kurdes, pourquoi pas les Arabes ? Nous sommes un peuple discret. Nous venons en France et nous nous faisons tuer !", s'est étonnée auprès de l'AFP Mizgine, une Kurde de 24 ans venue aux funérailles avec son bébé.

Les corps des trois victimes s'envoleront pour le Moyen-Orient dans les prochains jours en vue d'y être inhumés.

Une marche blanche se tiendra mercredi rue d'Enghien sur les lieux du drame. Et une "grande marche" de la communauté kurde, initialement prévue pour les dix ans de la mort des militantes du PKK, partira samedi de la gare du Nord à Paris.

(U.Beriyev--DTZ)

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