Deutsche Tageszeitung - La Turquie aux urnes, Erdogan donné favori

La Turquie aux urnes, Erdogan donné favori


La Turquie aux urnes, Erdogan donné favori

La Turquie vote dimanche pour le second tour de l'élection présidentielle qui pourrait offrir un nouveau mandat de cinq ans au président sortant Recep Tayyip Erdogan, donné favori après deux décennies au pouvoir, face à son rival social-démocrate Kemal Kiliçdaroglu.

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Visage fermé pour Recep Tayyip Erdogan, sourire affiché pour Kemal Kiliçdaroglu, les deux rivaux ont voté à la mi-journée et tous deux appelé leurs concitoyens à voter.

"Aucun pays au monde ne connaît des taux de participation de 90%, la Turquie les a presque atteints. Je demande à mes concitoyens de venir voter sans faiblir", a fait valoir le chef de l'Etat, après avoir voté dans le quartier conservateur d'Usküdar sur la rive asiatique d'Istanbul.

"Pour qu'une véritable démocratie et la liberté puissent advenir dans ce pays, pour se débarrasser d'un gouvernement autoritaire, j'invite tous les citoyens à voter", a déclaré pour sa part M. Kiliçdaroglu après avoir voté à Ankara, la capitale, applaudi par des sympathisants.

Il les a également invités à rester près des urnes après la clôture des bureaux (à 17H00, 14H00 GMT), "car cette élection s'est déroulée dans des conditions très difficiles", a-t-il dit.

Lors du premier tour, les résultats, tardifs, avaient tenu le pays de 85 millions d'habitants en haleine avant d'accorder à M. Erdogan 49,5% des voix, contre 44,9% à M. Kiliçdaroglu, candidat d'une vaste alliance de six partis allant des nationalistes à des libéraux de gauche.

Des files d'électeurs se sont formées avant même l'ouverture des bureaux à 08H00 (05H00 GMT) malgré la pluie.

La présence des observateurs déployés par l'opposition est nettement plus visible qu'au premier tour, celle-ci ayant prévu "cinq observateurs par urne", soit un million de personnes au total pour surveiller le scrutin.

A Ankara, Mehmet Emin Ayaz, chef d'entreprise de 64 ans, estime "important de conserver ce qui a été acquis au cours des vingt dernières années en Turquie" sous l'ère Erdogan. A l'opposé, pour Aysen Gunday, retraitée de 61 ans, "ces élections sont un référendum" et elle a choisi Kemal Kiliçdaroglu.

- Deux visions -

Deux visions du pays, de la société et de la gouvernance s'offrent aux 60 millions d'électeurs de Turquie (la diaspora a déjà voté) appelés aux urnes dimanche.

La stabilité au risque de l'autocratie avec l'hyper-président sortant, islamo-conservateur de 69 ans; ou le retour à une démocratie apaisée, selon ses termes, avec son adversaire, un ancien fonctionnaire de 74 ans.

L'avance au premier tour de M. Erdogan, ancien maire d'Istanbul et musulman dévot, a témoigné du large soutien que lui accorde, malgré l'inflation, une majorité conservatrice.

Y compris dans les zones dévastées par le séisme du 6 février qui a fait au moins 50.000 morts et trois millions de déplacés.

Face à lui, Kemal Kiliçdaroglu, le "demokrat dede" - le papy démocrate - comme se présente cet économiste de formation aux cheveux blancs et fines lunettes, n'a pas su capitaliser sur la grave crise économique qui plombe les ménages turcs et la jeunesse.

Président du CHP - le parti de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la république, il a promis le "retour du printemps" et du régime parlementaire, de l'indépendance de la justice et de la presse.

Mais Kemal Kiliçdaroglu fait figure d'outsider malgré le soutien réitéré du HDP pro-kurde, face au chef de l'Etat qui bénéficie déjà d'une majorité au parlement issue des législatives du 14 mai.

Dimanche, ses électeurs oscillaient entre abattement et dernière lueur d'espoir. "On est moins motivés" qu'au premier tour, reconnaît Bayram Ali Yüce, soudeur de 45 ans.

- Accès aux TV officielles -

Faute d'accès aux grands médias et surtout aux chaînes de télévision officielles, dédiées à la campagne du président, Kemal Kiliçdaroglu a bataillé sur Twitter quand ses partisans tentaient de remobiliser les électeurs par du porte-à-porte dans les grandes villes.

En jeu, les 8,3 millions d'inscrits qui ne se sont pas déplacés le 14 mai - malgré un taux de participation de 87%.

Face à cet homme discret d'obédience alévie - une branche de l'islam jugée hérétique par les sunnites rigoristes, Recep Tayyip Erdogan a multiplié les meetings, s'appuyant sur les transformations qu'il a su apporter au pays depuis son accession au pouvoir comme Premier ministre en 2003, puis comme président depuis 2014.

La date de ce second tour intervient dix ans jour pour jour après le début des grandes manifestations de "Gezi" qui, d'Istanbul, se sont répandues dans tout le pays. Première vague de contestation anti-Erdogan, elles avaient été sévèrement réprimées.

Mais dimanche, le camp Erdogan affichait sa confiance assurant préparer le discours du président sortant, en soirée, depuis le palais présidentiel d'Ankara - et non le siège de son parti, l'AKP.

A moins d'une surprise, les résultats sont attendus dès dimanche dans la soirée, et seront scrutés par les alliés de la Turquie, en particulier au sein de l'Otan.

(O.Zhukova--DTZ)

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