Deutsche Tageszeitung - "La roulette russe" : les derniers habitants bravent les bombes dans l'est de l'Ukraine

"La roulette russe" : les derniers habitants bravent les bombes dans l'est de l'Ukraine


"La roulette russe" : les derniers habitants bravent les bombes dans l'est de l'Ukraine
"La roulette russe" : les derniers habitants bravent les bombes dans l'est de l'Ukraine / Photo: © AFP

Viktor Grozdov était au fond du trou quand une équipe de l'AFP lui est venu en aide. C'était en avril. Le retraité de 77 ans avait glissé dans un cratère en rentrant des courses dans la ville d'Avdiivka, pilonnée par les Russes dans l'est de l'Ukraine.

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"Je remontais l'avenue et j'ai pensé que j'allais vite contourner le cratère de bombe, ou d'obus je ne sais pas", se souvient M. Grozdov, assis aujourd'hui dans son appartement près du cinéma de la ville.

"J'ai trébuché et je suis tombé dedans. J'essayais d'en ressortir, mais la terre était meuble et s'effondrait sous mon poids. Je ne pouvais pas sortir du tout", ajoute-t-il.

Bien qu'il n'y plus un immeuble intact, plus d'eau ni d'électricité, 1.719 habitants vivent encore à Avdiivka, dont une majorité de personnes âgées, selon Vitaliy Barabach, le chef de l'administration militaire.

"Environ 60% sont des gens qui ont plus de 65 ans", dit-il.

Banlieue industrielle de la ville de Donetsk construite autour d'une énorme cokerie, Avdiivka est un endroit sinistre et dangereux, bombardé en moyenne 30 fois par jour, selon M. Barabach.

"Ces derniers mois, il n'y a pas eu un jour sans frappe aérienne ou de roquettes", souligne-t-il.

M. Grozdov, quant à lui, se munit d'un bâton pour sortir dans la rue et se cantonne aux chemins qu'il connaît bien.

En dépit de sa mauvaise vue qui rend la tâche encore plus périlleuse, le vieil homme est déterminé à rester là où sa femme et son fils sont enterrés.

- "Mon âme est ici" -

"Quoi qu'il arrive, je ne partirai pas", dit-il. "Mon âme est ici, pas dans la fuite. Je ne suis pas anxieux, j'ai accédé au calme".

Toutes les fenêtres de son appartement ont été soufflées. L'une est voilée par un drap.

Il y a un poste de radio sur le lit, et dans la baignoire des bouteilles d'huile de tournesol et des conserves.

Des bénévoles lui amènent de l'aide humanitaire et de l'eau, et il peut cuisiner sur un réchaud de camping.

Aux murs, des lambeaux de papier peint et des photos de famille un peu guindées.

Quand les bombardements ont commencé, M. Drozdov dit qu'il s'est réfugié dans la salle de bain, et s'est parfois plaqué au sol.

Mais il semble qu'il ne prête plus attention au grondement des chars qui manoeuvrent dans la rue.

Après que sa mère avait été tué quand il était encore un nourrisson, il a grandi dans un orphelinat à Donetsk. Il a ensuite travaillé toute sa vie dans la cokerie d'Avdiivka.

La vie n'a pas été tendre avec lui. Son fils, un toxicomane violent, l'a un jour frappé à la tête, lui faisant perdre la vue d'un oeil.

Au rez-de-chaussée de l'immeuble, un obus est resté fiché dans le mur.

- "La roulette russe" -

Son voisin de 63 ans, Vitaliy Zemin, est à la cave, il sculpte des animaux en bois à la lumière d'une torche.

"Cela distrait des pensées qui ne nous quittent pas : sur les gens, l'Ukraine, pourquoi la paix ne se fait pas", dit-il.

Le principal refuge pour les derniers habitants est un abri souterrain où les bénévoles fournissent nourriture et boissons chaudes, et où l'on peut accéder au wi-fi, regarder la télévision et recharger un téléphone.

Une vingtaine de personnes sont là, pour la plupart portant des écouteurs et chargées de téléphones et tablettes.

Pavel, 65 ans, regarde les nouvelles de la guerre sur une tablette. Une branche de ses lunettes est cassée.

Il confie que cet abri est le seul endroit où il peut se détendre un peu.

"A la maison vous vous demandez si une bombe va frapper ou non - c'est comme à la roulette russe".

"Je suis parfois désespéré, j'irais jusqu'au bout du monde pour ne pas voir ces immeubles détruits", dit-il. Sa famille est partie mais il estime qu'il doit rester pour protéger sa maison des pillards.

am-video/as/lpt

(V.Korablyov--DTZ)

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