Deutsche Tageszeitung - Argentine/présidentielle: derrière la surprise Massa, l'incertitude et toujours la crise

Argentine/présidentielle: derrière la surprise Massa, l'incertitude et toujours la crise


Argentine/présidentielle: derrière la surprise Massa, l'incertitude et toujours la crise
Argentine/présidentielle: derrière la surprise Massa, l'incertitude et toujours la crise / Photo: © AFP/Archives

La première place de Sergio Massa, ministre argentin d'une économie en souffrance (138% d'inflation), au premier tour de la présidentielle a surpris et freiné l'ascension de l'ultralibéral "antisystème" Javier Milei.

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La peur de l'inconnu a pu jouer, mais des reports incertains, et l'état de économie maintiennent l'incertitude pour le second tour, estiment les analystes.

Voici quelques clefs d'un panorama politique inattendu et les perspectives en vue du duel du 19 novembre.

Milei, la peur a-t-elle gagné ?

"Dégagiste" assumé contre la "caste politique" au pouvoir incapable de dompter l'inflation, "ennemi de l'Etat" omniprésent, Javier Milei s'est "surtout rendu populaire par sa rhétorique anti-establishment", rappelle Benjamin Gedan, spécialiste de l'Argentine au think tank Wilson Center.

Mais la "tronçonneuse" contre la dépense publique qu'il brandissait en meetings a fini par inquiéter. "C'est qu'au bout de la tronçonneuse, il y a des emplois, des services publics, des factures de fin de mois, des budgets de familles: beaucoup ont trop à perdre", estime-t-il.

En outre, Milei a peut-être méjugé "le décalage" de ses postures "avec la société" (sur la dérèglementation des armes à feu, sur une solution de marché à la pénurie d'organes). Sans compter ses propos sur le pape --"jésuite qui promeut le communisme", "personnage néfaste", "imbécile"-- saillies risquées s'agissant d'un pontife argentin, dans un pays à plus de 75% catholique.

Au final "le vote de la peur a fonctionné, la crainte du saut dans le vide", diagnostique le politologue Juan Negri, de l'Université Torcuato di Tella.

Massa: comment a-t-il fait ?

En multipliant d'une part les mesures sociales pour amortir l'inflation (subventions, exemptions d'impôts, bonus) "qui ont bénéficié à une part importante de l'électorat mais qui pourront avoir un grave coût budgétaire à court terme", constate Sergio Morresi, politologue de l'Université de Buenos Aires.

D'autre part en se dissociant de l’exécutif sortant - ni le président Alberto Fernandez, ni Cristina Kirchner, figure péroniste (centre-gauche) de la dernière décennie, ne sont apparus ni se sont exprimés en campagne.

"La prochaine étape sera MON gouvernement, pas CE gouvernement", a insisté Massa, à l'ADN centriste, bien plus pragmatique qu'idéologique, et sans doute "le moins péroniste des péronistes", selon M. Gedan.

D'autant qu'il a joué la carte "d'un gouvernement d'union nationale s'il est élu, proposition inédite dans l'Argentine démocratique" et au fort potentiel d'adhésion dans une société lasse de la polarisation, assure Raul Timerman analyste politique indépendant.

Quels reports, quel second tour ?

La spectaculaire "remontada" de Massa par rapport à la primaire d'août (+15%) a montré la capacité de mobilisation intacte de la base péroniste, notamment dans la populeuse et cruciale province de Buenos Aires. "Le péronisme est sorti de sa sieste", a résumé Hector Daer, leader de la CGT, plus grand syndicat du pays.

Javier Milei tend déjà la main à la coalition de centre-droit de Patricia Bullrich, arrivée troisième dimanche (23,8%), et pourtant membre de la "caste politique" qu'il a combattue. Lundi, il a dit qu'il incorporerait dans son gouvernement Mme Bullrich qu'il traitait "d'assassine" il y a deux semaines à peine.

La coalition d'opposition "va éclater", assure Raul Timerman. L'appui de Mauricio Macri, ex-président libéral (2015-2019), qui a déjà exprimé des affinités avec l'ultralibéral Milei, "sera total". En revanche, l'aile radicale (social-démocrate) de cette coalition, héritière de l'emblématique président post-dictature Raul Afonsin (1983-89) "n'appuiera pas Milei".

L'économie, encore décisive ?

L'Argentine honorera cette semaine une nouvelle échéance de remboursement au FMI de sa dette de 44 milliards de dollars. Mais, souligne l'agence de notation Moody's Investors Service, "notre scénario de base prévoit un risque de défaillance élevé et persistant en 2024-25".

Le cours parallèle, baromètre de l'anxiété des Argentins, s'est encore dégradé lundi (1.100 pesos pour un dollar contre 1.060 vendredi, 950 jeudi) démontrant le scepticisme envers une stabilisation de la devise argentine que Milei entend laisser mourir.

"La situation économique reste très fragile et peut encore se détériorer d'ici au second tour, auquel cas l'opposition, même avec une posture radicale, aura des chances de l'emporter", considère Sergio Morresi.

(I.Beryonev--DTZ)

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