Deutsche Tageszeitung - Face à Israël, un Joe Biden funambule

Face à Israël, un Joe Biden funambule


Face à Israël, un Joe Biden funambule
Face à Israël, un Joe Biden funambule / Photo: © AFP

Joe Biden se prête depuis plusieurs jours un numéro de funambule face à Israël, Washington affichant son soutien à son allié tout en l'exhortant à la prudence et à une "pause humanitaire" aux combats pour permettre l'acheminement d'aide à Gaza.

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Le président américain se retrouve à devoir contrebalancer le soutien indéfectible des Etats-Unis au droit d'Israël à se défendre depuis les attaques du 7 octobre, avec l'inquiétude sur le sort des civils à Gaza, et les risques d'une propagation du conflit.

L'exercice devient de plus en plus difficile chaque jour. Les inquiétudes de Washington sur le projet israélien d'invasion de Gaza ne font que s'accroître, de même que les appels à travers le monde à un cessez-le-feu face aux bombardements israéliens du territoire palestinien.

Mardi, le Hamas a affirmé que 5.791 Palestiniens, en majorité des civils dont 2.360 enfants, avaient été tués par les bombardements de représailles israéliens depuis le début du conflit.

Plus de 1.400 personnes ont été tuées en Israël, la plupart des civils le jour de l'attaque, selon les autorités israéliennes, qui ont identifié quelque 220 otages enlevés par le Hamas.

- Fermeté -

La Maison Blanche assure publiquement que les Etats-Unis "ne dictent pas les termes" du conflit à Israël, malgré la présence sur place de plusieurs de ses conseillers militaires.

Interrogé par des journalistes pour savoir s'il avait appelé les dirigeants israéliens à retarder une invasion terrestre de Gaza, Joe Biden a répondu: "les Israéliens prennent leurs propres décisions".

L'exécutif américain a en outre adopté une ligne ferme sur la question d'une trêve, alors même que le secrétaire général de l'ONU a appelé mardi à un cessez-le-feu "immédiat" et dénoncé les "violations claires" du droit humanitaire à Gaza.

Un cessez-le-feu dans la bande de Gaza "ne bénéficierait qu'au Hamas", a répété mardi le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby.

Mais la posture réelle des Etats-Unis semble dans les faits plus nuancée.

Joe Biden lui-même avait semblé entrouvrir la porte à la mise en place d'une trêve.

"Les otages doivent être libérés, ensuite on pourra discuter", avait-il déclaré à un journaliste lundi qui l'interrogeait sur son potentiel soutien à un accord de cessez-le-feu.

Sa déclaration a été suivie par celle du chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, qui a demandé mardi au Conseil de sécurité de l'ONU de soutenir une résolution menée par les Etats-Unis appelant à des "pauses humanitaires" pour l'acheminement de l'aide, mais sans un cessez-le-feu complet.

Joe Biden a également insisté sur le besoin des Palestiniens d'obtenir davantage d'aide humanitaire, affirmant que l'acheminement n'était "pas assez rapide".

- "Sous le choc" -

La position américaine reflète en outre une préoccupation plus large pour ce que signifierait une invasion israélienne de Gaza.

Selon le New York Times, Washington s'inquiète du manque par Israël d'"objectifs militaires atteignables" à Gaza, tandis que le Washington Post affirme que l'administration Biden a tenté de freiner une invasion dans les jours qui ont suivi les attaques du Hamas.

Le ministre de la Défense américain Lloyd Austin a déclaré à ABC News au cours du week-end qu'envahir Gaza pourrait s'avérer plus difficile que l'éprouvante bataille pour reprendre la ville irakienne de Mossoul à l'organisation Etat islamique en 2017.

"Les responsables américains disent +écoutez, on combat des contre-insurrections au Moyen-Orient depuis plusieurs décennies, vous vous devez de réfléchir de manière plus approfondie+", a avancé lundi Jon Alterman, expert sur la région au cercle de réflexion Center for Strategic and International Studies à Washington.

"Je n'ai pas l'impression que les Israéliens y soient très réceptifs en ce moment. Ils sont encore tellement sous le choc", a-t-il ajouté.

En visite à Israël la semaine dernière, Joe Biden a exprimé sa solidarité envers l'allié des Etats-Unis.

Mais il l'a aussi appelé à ne pas se laisser "consumer par la rage", comme les Etats-Unis le furent après les attentats du 11 septembre 2001, ce qui a, selon le président américain, mené à des "erreurs".

La Maison Blanche a toutefois averti que des morts de civils étaient encore attendus à Gaza.

"C'est la guerre. C'est un combat. C'est sanglant, c'est moche, et cela sera chaotique, et des civils innocents vont être touchés", a estimé le porte-parole John Kirby.

(S.A.Dudajev--DTZ)

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