Deutsche Tageszeitung - Centenaire de la république: la Turquie en fête dans l'ombre de la guerre

Centenaire de la république: la Turquie en fête dans l'ombre de la guerre


Centenaire de la république: la Turquie en fête dans l'ombre de la guerre
Centenaire de la république: la Turquie en fête dans l'ombre de la guerre / Photo: © AFP

La Turquie célèbre dimanche le centenaire de sa république dans l'ombre de la guerre entre Israël et le Hamas palestinien, sans l'éclat espéré par la population.

Taille du texte:

Feux d'artifices, parade navale sur le Bosphore, démonstrations de drones dans les cieux d'Istanbul, illuminations des lieux emblématiques, de la mosquée Sainte-Sophie au site antique grec d'Ephèse et aux concrétions de Cappadoce: le programme n'a été dévoilé qu'à une semaine des festivités.

Cette réticence à fêter un siècle de république laïque de la part du gouvernement et du parti islamo-conservateur au pouvoir n'empêche pas les Turcs de sortir les drapeaux turcs, frappés du croissant et de l'étoile, qui claquent sur les voitures, dans les vitrines et aux façades des bâtiments publics et privés.

Le rouge le dispute aux portraits du fondateur de la république Mustafa Kemal Atatürk - "le père des Turcs" - auquel le chef de l'Etat, Recep Tayyip Erdogan, ira rendra hommage dimanche matin en déposant une gerbe sur son mausolée à Ankara.

Deux défilés militaires, devant l'Assemblée nationale dans la capitale et à Istanbul, seront suivis d'une parade navale sur le Bosphore. Le chef de l'Etat a prévu de prendre la parole à 19H23 - clin d'oeil à l'année de la fondation de la république, 1923 - avant les feux d'artifice et les drones.

A la veille de ce rendez-vous historique, Recep Tayyip Erdogan a choisi de rejoindre samedi le grand meeting organisé par son parti, l'AKP, "en soutien à la Palestine" sur l'ancien aéroport Atatürk d'Istanbul.

Une marée humaine agitant des drapeaux turcs et palestiniens, - un million et demi de personnes, a-t-il assuré - l'a écouté conspuer l'Occident, "principal coupable des massacres à Gaza", qu'il a soupçonné de vouloir créer une "atmosphère de croisade" contre les musulmans.

"Vous avez pleuré les enfants tués en Ukraine, pourquoi ce silence face aux enfants tués à Gaza?", a-t-il accusé qualifiant l'Etat d'Israël "d'envahisseur et d'occupant".

- "Neutralité impossible" -

"Israël, nous vous déclarons devant le monde entier criminel de guerre", a-t-il également martelé au 22e jour des bombardements sur la bande de Gaza en représailles aux massacres de 1.400 Israéliens, majoritairement civils, perpétrés par le Hamas le 7 octobre.

Une virulence qui contraste avec sa retenue des premiers jours, alors que la Turquie vient tout juste de renouer avec Israël, relève Bayram Balci, chercheur au CERI-Sciences Po à Paris.

"Sa neutralité devenait impossible en raison du positionnement traditionnel d'Ankara et de son parti, AKP, en faveur de la cause palestinienne", estime-t-il en rappelant la proximité du président avec les Frères musulmans -- dont le Hamas s'est réclamé à sa création, en 2007 - et les liens historiques de la Turquie avec Jérusalem, qui fut pendant quatre siècles sous la domination de l'Empire ottoman.

Le chef de l'Etat a également accusé Israël de "génocide" après la frappe sur un hôpital de Gaza le 17 octobre, qu'il avait aussitôt attribuée à l'armée de l'Etat hébreu - sans jamais revenir dessus malgré l'absence de preuves. Et il a refusé de qualifier de "terroristes" les islamistes du Hamas.

"Est-ce que (ce meeting) ne pouvait pas attendre la semaine prochaine? le Centenaire c'est une fois par siècle", s'insurgeait cette semaine Soli Özel, professeur de Relations Internationales à l'université Kadir Has d'Istanbul.

L'universitaire y voit une volonté manifeste du chef de l'Etat de ne pas rendre un hommage trop appuyé à Mustafa Kemal Atatürk, dont il attaque peu à peu l'héritage laïque.

La chaîne de télévision publique TRT a de son côté annoncé qu'en raison de la guerre à Gaza, elle annulait toutes les émissions de divertissement initialement prévues.

(M.Dylatov--DTZ)

En vedette

Expulsion de deux agents nigériens par la France: Niamey dénonce "un acte d'ingratitude grave"

Le gouvernement du Niger, pays dirigé par un régime militaire hostile à la France, a qualifié mardi l'expulsion de deux agents nigériens par Paris en septembre "d'acte d'ingratitude grave et inacceptable".

Budget 2027 : le débat s'ouvre dans l'hémicycle, la dette et la présidentielle dans les esprits

Le gouvernement a ouvert mardi soir les débats sur le budget de l'Etat pour 2027, martelant son objectif d'un déficit à 5% du PIB l'an prochain, condition préalable selon lui à tout "compromis" avec les oppositions très critiques de la copie gouvernementale.

Piratage en supermarchés: "Pas besoin de chars pour faire la guerre", dit un expert

En entraînant indirectement la destruction de produits frais, la cyberattaque inédite qui a visé lundi les installations frigorifiques de nombreux supermarchés met en lumière la "vulnérabilité" de l'approvisionnement alimentaire en France, indissociable de la "sécurité collective", estime auprès de l'AFP Stéphane Linou, expert associé au laboratoire sécurité défense du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).

"Tenir bon": en Israël, des Bédouins déterminés à rester sur leurs terres malgré les démolitions

Sous un ciel couvert dans le sud d'Israël, des villageois bédouins errent parmi les décombres de leurs maisons, les dernières en date à avoir été démolies après avoir été jugées illégales par les autorités israéliennes.

Taille du texte: