Deutsche Tageszeitung - Avec Manouchian, la résistance étrangère "enfin" au Panthéon

Avec Manouchian, la résistance étrangère "enfin" au Panthéon


Avec Manouchian, la résistance étrangère "enfin" au Panthéon

"La France reconnaissante vous accueille" : 80 ans jour pour jour après leur exécution par les nazis, le résistant communiste étranger Missak Manouchian et 23 de ses compagnons d'armes sont entrés mercredi au Panthéon, hommage ultime à ces combattants de l'ombre longtemps oubliés.

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"Etrangers et nos frères pourtant, Francais de préférence", a lancé Emmanuel Macron, reprenant le poème d'Aragon mis en musique par Léo Ferré qui fit entrer le groupe Manouchian dans les mémoires après la guerre.

"La France reconnaissante vous accueille. Missak et Mélinée (son épouse)... Missak, les 23 et avec eux tous les autres, enfin célébrés", a déclaré le chef de l'Etat. Entre avec eux toute la résistance communiste et étrangère, au côté de Jean Moulin et de la résistance gaulliste.

"La France de 2024 se devait d’honorer ceux qui furent 24 fois la France", a-t-il souligné, citant leurs noms un à un, Celestino Alfonso, Golda Bancic, Joseph Boczor, Rino Della-Negra etc...

Au premier rang, dans la nef, leurs descendants, émus aux larmes, se sont parfois étreints, tenu la main, devant tant d'émotion, 80 ans plus tard.

Les cercueils de Missak Manouchian et Mélinée, résistante et survivante comme lui des massacres d'Arméniens dans l'Empire ottoman, ont franchi ensemble les portes du Panthéon, après une procession de plusieurs centaines de mètres, portés par des soldats de la Légion étrangère.

 

Devant le Panthéon, les portraits des 23 compagnons d'armes du résistant, juifs, Polonais, Hongrois, Espagnols, Italiens, exécutés comme lui par l'occupant nazi le 21 février 1944 au Mont-Valérien, l'attendaient.

- "Enfin" -

Fusillés au même poteau d'exécution, ils entrent avec lui au Panthéon, sous une forme symbolique : leur nom est gravé en lettres de bronze dans le caveau où les Manouchian vont reposer.

"Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes" : le poème d'Aragon qui rend hommage aux "23" condamnés à mort et exécutés à l'issue d'un procès de propagande a retenti, revisité par le groupe de rock Feu ! Chatterton.

"Hommage à 23 étrangers, nos frères pourtant", s'est exclamé le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, en arrivant pour l'hommage.

"Enfin la résistance communiste entre au Panthéon", a-t-il lancé en remerciant le président Emmanuel Macron pour ce geste.

Le chef de l'Etat signe là sa quatrième panthéonisation après celles de l'écrivain Maurice Genevoix, de Simone Veil et de la star du music-hall Joséphine Baker. Il a aussi annoncé celle de Robert Badinter, mort le 9 février.

Comme lors des précédents hommages nationaux, la polémique a ressurgi avec la présence de Marine Le Pen, invitée comme cheffe du groupe du Rassemblement national à l'Assemblée nationale.

"Inacceptable", "insupportable", ont déploré le comité de soutien à la panthéonisation et les familles, qui accusent le Front national, dont le RN est l'héritier, d'avoir été fondé par des "nazis et des collaborationnistes".

"Au travers de la personnalité de Monsieur Manouchian, c'est toute la résistance à qui il est rendu hommage aujourd'hui", s'est justifiée Marine Le Pen au micro de franceinfotv. "Et le Panthéon est un lieu d'unité de la nation", a-t-elle ajouté, en reprochant au chef de l'Etat d'avoir voulu "instrumentaliser" ce moment après qu'il a estimé que "les forces d'extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes"

- "Identités additionnées-

En plein débat sur l'immigration et le repli identitaire d'une partie de la société, l'hommage à ces combattants étrangers, "Français par le cœur et le sang versé", est aussi tout un symbole.

 

Si le couple Manouchian reste uni dans la mort - ils reposaient tous deux au cimetière parisien d'Ivry - Mélinée n'est pas elle-même "panthéonisée".

Comme pour l'entrée de Joséphine Baker en 2021, de nombreux flash-backs en images sont revenus sur la vie de Missak, les massacres d'Arméniens, l'orphelinat à Beyrouth, l'arrivée à Marseille en 1925, la montée à Paris, la rencontre avec Mélinée, son grand amour, le couple refugié chez les parents du jeune Charles Aznavour durant la guerre.

Ouvrier et poète, il dévora la littétature française à la bibliothèque Saint-Geneviève, voisine du Panthéon. "Manouche" rejoignit en 1943 la résistance communiste où il s'illustra dans les rangs des Francs-tireurs partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI), un réseau alors très actif à Paris. Jusqu'à la mort.

(M.Dylatov--DTZ)

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