Deutsche Tageszeitung - Macron déambule sous les huées au Salon de l'agriculture, protégé par les CRS

Macron déambule sous les huées au Salon de l'agriculture, protégé par les CRS


Macron déambule sous les huées au Salon de l'agriculture, protégé par les CRS
Macron déambule sous les huées au Salon de l'agriculture, protégé par les CRS / Photo: © POOL/AFP

Le président Emmanuel Macron déambule samedi après-midi au Salon de l'agriculture derrière un cordon de sécurité massif, mais pas à l'abri du vacarme des sifflets et des insultes de centaines d'agriculteurs, à la fois ulcérés par sa présence et demandeurs d'actes concrets pour améliorer leurs conditions de travail.

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Le chef de l’État goûte du miel du pays d'Auge, du fromage de Haute-Savoie, serre des mains et répond aux interpellations, l'air quasi imperturbable, mais sa voix est régulièrement couverte par le vacarme et le programme initial complètement bouleversé par une pagaille inédite.

Il est protégé par des dizaines de CRS équipés de boucliers qui, dans des heurts ponctuels, ont repoussé les manifestants à une cinquantaine de mètres de lui. Les noms d'oiseaux fusent: "Fumier" ou "menteur", comme les cris ("Barre-toi !") et les appels à la démission.

Trois personnes ont été interpellées pour des violences sur personne dépositaire de l'autorité publique, selon le parquet de Paris, puis relâchées; elles seront convoquées ultérieurement.

Le président, arrivé à 08H00, a commencé la journée par une rencontre avec des dirigeants syndicaux, puis a improvisé deux heures de débat avec d'autres représentants des trois principaux syndicats agricoles, la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs et la Coordination rurale.

 

"Je préfère toujours le dialogue à la confrontation", a asséné le chef de l'État. "Je suis en train de vous dire que le boulot est fait sur le terrain, on a repris les copies, on est en train de faire toute la simplification", a-t-il défendu.

"Tant que ce n'est pas concrétisé dans les cours de ferme, on sera sur votre dos", lui a répondu un agriculteur.

"Vous l'avez écouté? Il ne laisse pas parler les agriculteurs, il coupe la parole, il tutoie... On n'est pas des copains, ça ne se fait pas. On souhaite qu'il parte", dit à l'AFP un agriculteur de l'Oise, Eric Labarre, adhérent FNSEA.

- Bagarres -

Les heurts se sont produits au moment de son arrivée au pavillon où vaches, brebis et chèvres sont exposés. Des centaines de personnes ont forcé des grilles et y sont entrés, s'opposant au service d'ordre et aux policiers, avec plusieurs coups échangés, et provoquant un retard d'une heure et demie dans l'ouverture du salon au grand public.

Les portes de ce hall, le plus couru, ont alternativement été ouvertes et fermées au public, illustrant la confusion générale, et donnant lieu à des scènes étonnantes d'enfants goûtant du fromage à quelques mètres de CRS casqués. Et pas mal de déception: "Il y avait des CRS partout. Ambiance de forteresse assiégée", regrette Sophie Sucurovski, 28 ans, venue des Ardennes avec son fils de deux ans.

Plus loin, le stand de Lactalis, numéro un mondial des produits des laitiers accusé de mal payer le lait, a été visé par un déversement de fumier, d'où s'est échappé un liquide marron.

- Prix et loi -

Emmanuel Macron a donné rendez-vous aux représentants syndicaux d'ici trois semaines, après le Salon, qui durera jusqu'au 3 mars.

Mais en cette période, les agriculteurs seront en train de préparer leurs champs pour le printemps, alors que le salon a lieu traditionnellement au cœur de l'hiver, quand les champs requièrent moins de travail. Quand le chef de l’État recevra les syndicats à l’Élysée, les agriculteurs pourront passer moins de temps en dehors de leur ferme, relèvent des observateurs.

Emmanuel Macron a répété que le gouvernement avait pris 62 engagements en réponse au mouvement qui a explosé le 18 janvier et a fait plusieurs annonces, dont la création d'un "prix plancher" pour mieux rémunérer les agriculteurs, un recensement des exploitations nécessitant des aides de trésorerie d'urgence, et l'inscription dans la loi que l'agriculture et l'alimentation était "un intérêt général majeur de la nation française".

"Poser le mot sur le concept de prix plancher est déjà une petite révolution", a salué auprès de l'AFP la porte-parole de la Confédération paysanne, syndicat opposé à l'agriculture intensive, Laurence Marandola. "Après, ce prix plancher va être construit par filière, du coup ça va être tiraillé entre producteurs et l'aval. On fera attention."

Quant à l'intérêt général majeur de l'agriculture, une source au sein de l’exécutif indique cela "emporte des conséquences juridiques". C'était une revendication de la FNSEA et pourrait par exemple faciliter la construction de projets dédiés à l'irrigation agricole malgré la présence d'espèces protégées.

- "Bêtise" du RN -

 

"Les yeux dans les yeux", Emmanuel Macron a reproché à l'éleveur du Cantal — qui réclame sans cesse que les acheteurs prennent en compte les coûts de production agricole — de ne pas avoir protégé le revenu des producteurs.

Au cours d'un débat vif mais conclu par des poignées de main, le président s'est emporté contre l'idée que le commerce international nuise forcément à l'agriculture française: "Moi, je veux bien qu'on ferme les frontières françaises, mais bon courage,on n'exportera plus rien".

Il s'en est également pris au Rassemblement national, dénonçant un "projet de décroissance et de bêtise" qui consisterait à "sortir de l'Europe".Alors que le mouvement de colère agricole se calmait depuis des annonces de Gabriel Attal il y a trois semaines, il est reparti après que l’Élysée a cité le collectif radical des Soulèvements de la Terre parmi les possibles participants à un grand débat au salon, finalement annulé devant la bronca.

Emmanuel Macron a affirmé samedi n'avoir "jamais songé initier" une invitation au collectif écologiste radical, qui s'était illustré en mars 2023 lors d'une journée d'affrontements autour d'un chantier de réservoir artificiel d'eau à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) et que le gouvernement a échoué à dissoudre.

jum-sm-ni-myl/icoLyS

(U.Stolizkaya--DTZ)

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