Deutsche Tageszeitung - "Sans union, nous n'arriverons à rien": à la fête annuelle de la Catalogne, l'indépendantisme essoufflé

"Sans union, nous n'arriverons à rien": à la fête annuelle de la Catalogne, l'indépendantisme essoufflé


"Sans union, nous n'arriverons à rien": à la fête annuelle de la Catalogne, l'indépendantisme essoufflé
"Sans union, nous n'arriverons à rien": à la fête annuelle de la Catalogne, l'indépendantisme essoufflé / Photo: © AFP/Archives

"Sans union, nous n'arriverons à rien": pour leur fête annuelle, des dizaines de milliers de Catalans sont descendus mercredi dans la rue, au moment où le mouvement indépendantiste s'essoufle, laminé par les divisions et à l'écart du pouvoir local.

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Comme souvent ces dernières années, les principales organisations n'ont pas défilé ensemble, et c'est donc en ordre dispersé dans cette riche région du nord-est de l'Espagne que les Catalans étaient appelés à battre le pavé.

Agitant un drapeau catalan dans le cortège de la principale manifestation qui a rassemblé quelque 60.000 personnes à Barcelone, Ramon Corominas, 79 ans, veut "persévérer" et ne pas "perdre espoir", tout en déplorant les dissensions actuelles: "Nous ne nous entendons pas entre nous".

Qu'elles semblent loin les années autour de la tentative de sécession de 2017, quand plus d'un million de personnes manifestaient à Barcelone pour la Diada --qui commémore chaque 11 septembre la résistance de Barcelone en 1714 face aux troupes du roi d'Espagne Philippe V.

- "Des moments difficiles" -

"Ce sont des moments difficiles pour l'indépendantisme, nous n'avons pas toujours su nous y prendre", reconnaît aussi Mònica Rivell, une médecin de 56 ans, elle-même conseillère municipale indépendantiste, appelant à ne pas abandonner "les revendications pour les droits en Catalogne".

Pour la première fois depuis 2010, la manifestation a lieu dans une région dont l'exécutif est désormais présidé par un non-indépendantiste, le socialiste Salvador Illa.

"Cette journée est l'occasion de réfléchir sur qui nous sommes et vers où nous voulons aller", a estimé ce dernier mercredi sur X.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, dont il est un proche et l'ancien ministre de la Santé, a surenchéri en estimant que "la Catalogne [regardait] l'avenir avec ambition, espoir et de nouvelles énergies".

Pour parvenir à la tête de la Generalitat, le gouvernement régional, Salvador Illa a dû âprement négocier avec diverses formations pour être investi et a notamment reçu le soutien des séparatistes modérés d'ERC, au grand dam du parti Junts de Carles Puigdemont, l'homme fort de la tentative de sécession de 2017.

Un soutien qui a eu un coût: la promesse d'accorder à la Catalogne le contrôle total des impôts collectés sur son territoire, une des principales revendications des indépendantistes depuis des décennies.

La proposition, qui doit d'abord être approuvée par le Parlement espagnol, hérisse l'opposition conservatrice ainsi que certains socialistes, qui estiment qu'elle peut déséquilibrer tout le système fiscal des régions.

Le début du mandat de Salvador Illa en août avait été marqué par la réapparition éclair à Barcelone, le jour même de son investiture, de Carles Puigdemont, toujours sous le coup d'un mandat d'arrêt en Espagne pour son rôle dans la sécession avortée de 2017.

Le leader séparatiste, qui n'avait pas remis les pieds en Espagne depuis 2017, est venu tenir un discours de quelques minutes en plein Barcelone, avant d'échapper à la police et de repartir vers la Belgique, où il a passé l'essentiel de ses sept années loin d'Espagne.

- Conjoncture "pas favorable" -

Dans ce contexte, si le mouvement apparaît clairement affaibli, le sentiment séparatiste persiste toutefois parmi une partie des habitants: selon le dernier sondage de l'organe catalan des études d'opinion (CEO), 40% des Catalans se disent encore favorables à l'indépendance de la région, contre 53% qui s'y disent opposés.

Le séparatisme "n'est pas vaincu, mais la frange la plus indépendantiste de l'électorat a saisi que la conjoncture n'était pas favorable. Le thème pourrait se réactiver dans un autre contexte", analyse Ana Sofía Cardenal, professeure de Sciences politiques à l'université ouverte de Catalogne (UOC).

Reste l'inconnue Puigdemont, à qui la loi d'amnistie accordée aux acteurs de la tentative de sécession de 2017 en échange du soutien des indépendantistes catalans au gouvernement de Pedro Sanchez à Madrid, ne s'applique pas pour le moment.

"Puigdemont et Junts sont de plus en plus isolés, moins utiles", juge Ana Sofía Cardenal, expliquant que les électeurs attendent des résultats.

Mercredi, Carles Puigdemont a sur X invité "l'esprit du peuple de 1714" à rester "intact et ferme, malgré les tempêtes dans lesquelles l'Histoire le met à l'épreuve".

(U.Stolizkaya--DTZ)

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