Deutsche Tageszeitung - Corée du Sud : l'épisode de loi martiale galvanise les complotistes d'extrême droite

Corée du Sud : l'épisode de loi martiale galvanise les complotistes d'extrême droite


Corée du Sud : l'épisode de loi martiale galvanise les complotistes d'extrême droite
Corée du Sud : l'épisode de loi martiale galvanise les complotistes d'extrême droite / Photo: © AFP

Avec son instauration éphémère de la loi martiale, le président sud-coréen Yoon Suk Yeol a fait resurgir les vieux démons de la guerre froide en évoquant une infiltration communiste, un discours qui puise à l'extrême droite dans les théories du complot, de plus en plus influentes sur les réseaux sociaux face au déclin des médias traditionnels.

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Empreints de sentiment nationaliste et d'anticommunisme virulent, le discours des théoriciens du complot nord-coréen cible souvent les politiciens libéraux, accusés d'être des agents de Pyongyang pour déstabiliser la démocratie sud-coréenne.

Ils propagent depuis longtemps des allégations selon lesquelles le système électoral sud-coréen aurait été infiltré et compromis par ces forces communistes - des accusations auxquelles Yoon Suk Yeol a fait allusion lors de sa déclaration de la loi martiale.

Alors que le président fait face à une procédure de destitution pour "insurrection", ils ont juré de le soutenir jusqu'au bout.

"Nous devons empêcher la destitution du président Yoon Suk Yeol", a déclaré aux plus d'un million d'abonnés le YouTubeur Ko Sung-kook. "

Dans son discours instaurant la première loi martiale en Corée du Sud depuis des décennies la semaine dernière, Yoon Suk Yeol s'était engagé à "éliminer les éléments anti-étatiques".

Et dans une allocution jeudi, il a réitéré ses accusations de fraude électorale. "Comment le public peut-il avoir confiance dans les résultats électoraux quand le système informatique qui gère les élections, le cœur de la démocratie, est si négligé ?" a-t-il interrogé.

Si l'envoi de soldats à l'Assemblée nationale à la suite de la déclaration de la loi martiale a dominé les gros titres internationaux ce jour-là, le déploiement simultané d'une douzaine de militaires au siège de la Commission nationale électorale (CNE) dans la banlieue de Séoul a été moins médiatisé.

- Les "gauchistes" accusés -

Les théories du complot ont proliféré sur les réseaux sociaux sud-coréens à la suite de la déclaration de la loi martiale.

Dans l'une d'elles, des publications Facebook alléguaient qu'un rassemblement anti-Yoon avait été infiltré par le Parti communiste chinois, partageant des photos qu'ils prétendaient à tort montrer des manifestants portant des "briques de lait communistes chinoises". "Je savais qu'ils avaient placé des espions dans notre pays pour se débarrasser du président Yoon", commentait un internaute. L'examen des photos a révélé que les produits provenaient en réalité de Taïwan.

De nombreux adeptes de l'écosystème complotiste en ligne se sont sentis confortés par les allégations du président selon lesquelles la CNE aurait été compromise par des agents nord-coréens.

"Je savais depuis longtemps que des pirates nord-coréens s'infiltraient dans notre Commission nationale électorale pour manipuler les votes", a déclaré sur sa chaîne YouTube le pasteur Jun Kwang-hoon, dont les rassemblements hebdomadaires dans le centre de Séoul attirent des milliers de partisans.

L'ancien Premier ministre Hwang Gyo-ahn - qui a défendu la loi martiale comme une guerre contre les "gauchistes" - s'est également exprimé sur sa chaîne, appelant à la "dissolution" de la commission électorale. La commission électorale a rejeté les allégations de piratage et a condamné la saisie "inconstitutionnelle" de son siège comme une menace pour la démocratie.

"Aucune preuve de violation du système électoral causée par un piratage nord-coréen n'a été trouvée", a déclaré la commission.

Les Sud-Coréens votent avec des bulletins physiques comptés manuellement, les systèmes d'information et les appareils électroniques ne servant que d'outils complémentaires, a souligné la commission.

Les allégations de Yoon Suk Yeol font écho aux accusations de l'ancien président américain Donald Trump selon lesquelles les élections américaines de 2020 étaient truquées - des allégations qui avaient déclenché une émeute au Capitole.

(O.Zhukova--DTZ)

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