Deutsche Tageszeitung - L'Allemagne veut muscler sa protection civile, négligée durant les années de paix

L'Allemagne veut muscler sa protection civile, négligée durant les années de paix


L'Allemagne veut muscler sa protection civile, négligée durant les années de paix
L'Allemagne veut muscler sa protection civile, négligée durant les années de paix / Photo: © AFP

En pleine panne d'électricité, des sauveteurs convergent vers les lieux d'une explosion. Une femme appelle depuis l'intérieur d'un tramway, où une vingtaine de blessés sont coincés: "A l'aide! Des gens saignent!"

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Les secouristes doivent forcer les portes du wagon pour atteindre les victimes, gémissant de douleur sur leurs sièges.

Tous sont en réalité des figurants, s'entraînant, au coeur de Francfort, à réagir en cas de catastrophe touchant la population civile.

Pour cette simulation pilotée par l'ONG Ordre de Malte ("Malteser"), associée à d'autres organisations, 125 secouristes sont déployés en différents lieux pour gérer les conséquences d'un "black out", une panne généralisée de courant plongeant la métropole financière allemande dans le chaos.

Sur le port fluvial, une ouvrière, les mains en sang, doit être secourue en haut d'une grue. D'autres victimes sont tombées dans le Main, la rivière qui traverse la ville.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a ravivé le spectre d'un conflit en Europe et les Allemands doivent être mieux formés pour affronter une crise sécuritaire à grande échelle, estiment les autorités.

- "Check-list" -

"Notre population doit se préparer mentalement et physiquement aux catastrophes, aux intempéries, aux coupures de courant ou à une situation de guerre", prévient Jan Krebs, 28 ans, coordinateur de l'exercice à Francfort.

Si le scénario du jour ne précise pas les causes de la panne géante, "la menace des cyberattaques et des dangers hybrides est bien réelle", estime ajoute cet employé dans la gestion d'installations, qui consacre son temps libre au volontariat chez les "Malteser".

L'inquiétude sur les vulnérabilités de l'Allemagne a augmenté d'un cran avec le retour au pouvoir de Donald Trump qui multiplie les attaques contre le partenariat transatlantique. Une césure pour Berlin qui a toujours vécu avec la certitude de la protection américaine envers l'Europe.

Face à ces bouleversements, le futur chancelier Friedrich Merz a fait adopter la semaine dernière un plan d'investissements de centaines de milliards d'euros dans la défense du pays, dont une enveloppe dédiée au renforcement de la protection civile.

Un rapport du ministère de l'Intérieur a conclu qu'environ 30 milliards d'euros seront nécessaires pour mieux protéger les civils en cas de guerre, selon l'hebdomadaire Der Spiegel.

Plusieurs points sont à améliorer, d'après ce document: les moyens d'alerte de la population, les capacités d'approvisionnement en eau potable et l'équipement logistique pour stocker les fournitures et le matériel nécessaires aux opérations de secours.

L'Allemagne a commencé un travail d'inventaire des bunkers et abris où la population pourrait trouver refuge en cas d'attaque, souhaitant à terme qu'un répertoire en ligne permette à la population d'y accéder rapidement.

- Pénurie de bénévoles -

Le personnel manque également que ce soit au sein de l'organisme fédéral pour l'assistance technique (THW) ou de l'Office fédéral de la protection de la population et de l'aide en cas de catastrophe (BKK), deux agences sous tutelle du ministère de l'Intérieur.

Le BKK, né après les attentats terroristes du 11 Septembre 2001 et les crues de l'Elbe (Est) en 2002, a récemment publié un guide de 60 pages avec une "check-list" pour anticiper les crises, incluant des denrées alimentaires, une trousse de pharmacie et autres dispositifs contre un incendie.

Un message encore peu entendu, car "la plupart des gens se disent en sécurité", estime Daniela Matern, 60 ans, figurante pendant l'exercice de Francfort, avec des éraflures au visage et sur les mains.

Les "Malteser", qui comptent environ 10.000 personnes en Allemagne capables d'intervenir dans des situations de crise, peinent aussi à recruter des volontaires.

Les candidats sont souvent découragés par la longueur de la formation requise, même si s'investir dans l'humanitaire est "amusant" et "donne du sens", assure Johannes, étudiant en théologie de 29 ans, bénévole en uniforme de secours jaune fluo et rouge lors de l'exercice de Francfort.

"Il existe des générations qui ne savent même plus ce que signifie le terme +guerre+", souligne Jan Krebs.

L'UE s'est aussi emparée du sujet et planche sur des recommandations pour que les habitants des 27 pays membres aient chez eux un sac contenant de quoi être autonome pendant 72 heures - eau, allumettes ou barres vitaminées - en cas de crise ou de conflit.

(V.Korablyov--DTZ)

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