Deutsche Tageszeitung - Indonésie: pour le commerce, le ramadan n'a pas tenu ses promesses

Indonésie: pour le commerce, le ramadan n'a pas tenu ses promesses


Indonésie: pour le commerce, le ramadan n'a pas tenu ses promesses
Indonésie: pour le commerce, le ramadan n'a pas tenu ses promesses / Photo: © AFP

Les commerçants de Tanah Abang à Jakarta, le plus grand marché de textile d'Asie du Sud-Est, attendaient beaucoup du mois du ramadan mais victimes de la concurrence du commerce en ligne et dans un climat de morosité économique, beaucoup d'échoppes ont baissé le rideau.

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"Il y en a beaucoup qui ne sont plus assez forts. Ils n'en peuvent plus", explique Toni Sar, un commerçant de 49 ans installé dans le marché et qui distribue ses vêtements par correspondance dans 27 provinces de l'archipel.

Tout autour, sur les rideaux métalliques, de nombreuses échoppes affichent les mêmes avis de fermeture temporaire pour non-paiement des loyers.

Les Indonésiens regardent normalement peu à la dépense quand arrivent le ramadan puis les congés de l'Aïd-el Fitr qui marquent la fin du mois sacré.

Mais cette année les caisses sonnent vide pour des professionnels déjà fortement touchés par la crise du Covid et désormais dans l'incapacité de faire face aux plateformes en ligne.

M. Toni l'assure, son chiffre d'affaires est en baisse de 50% par rapport à l'an passé. Mais le commerçant se veut encore optimiste et mise sur les derniers jours précédant l'Aïd pour se refaire.

Ardino Putra, 33 ans, indique de son côté que ses ventes sur l'année ont chuté de 20%, passant de 2,5 milliards de roupies (139.000 euros) en 2025 à 2 milliards de roupies cette année.

"Peut-être à cause de facteurs économiques, et peut-être aussi à cause de l'influence des boutiques en ligne", avance-t-il comme début d'explication.

Et dans le même temps, ses charges restent les mêmes. "Il faudrait réduire (...) le loyer et les charges. Nos mensualités restent les mêmes (...) mais nos ventes sont faibles."

Le président Prabowo Subianto, en fonction depuis octobre dernier, a promis de pousser la croissance de l'économie indonésienne de 5 à 8%.

Mais les perspectives économiques restent incertaines. La banque centrale indonésienne a été contrainte en janvier de réduire ses taux d'intérêt pour tenter de stimuler la croissance tandis que la roupie s'est affaiblie.

Les grands programmes engagés par Prabowo, comme les repas gratuits pour les scolaires, pèsent sur les finances publiques, conduisant le président à décider de coupes budgétaires qui inquiètent la population et ont déclenché des manifestations.

"Les premiers mois du gouvernement Prabowo sont une source d'inquiétude", analyse Gareth Leather, économiste pour l'Asie chez Capital Economics.

- Taxer les plateformes -

Dévorant les parts du marché traditionnel, le commerce en ligne est lui en plein essor en Indonésie et devrait passer de près de 53 milliards de dollars (49 mds EUR) en 2023 à 87 milliards de dollars (80 mds EUR) en 2028, selon l'Administration américaine du commerce international.

"C'est excellent, le ramadan est la meilleure période", confie Yaya Azmi, étudiante de 22 ans, qui s'apprête à lancer un "live" sur TikTok depuis le marché. Elle est venue spécialement de Malaisie pour y trouver des vêtements islamiques bon marché qu'elle va vendre en ligne.

La jeune femme assure que ses revenus ont été multipliés par cinq au cours du mois du jeûne musulman grâce aux commandes passées sur TikTok et Telegram.

Face à cette dégradation de leurs affaires, de nombreux détaillants comme Ria Angrenni, 37 ans, appellent le gouvernement à taxer davantage les plateformes en ligne. Ils dénoncent une concurrence déloyale alors qu'en plus de leur loyer, ils doivent s'acquitter de frais de service d'un million de roupies (56 euros) par mois.

Mais face à une tendance inexorable, le mot d'ordre doit être l'adaptation, estime l'Association indonésienne des employeurs.

"Il ne faut pas s'étonner que les commerçants traditionnels souffrent d'un manque de performances de vente", souligne sa présidente Shinta Kamdani.

"Aujourd'hui, les millennials et la génération Z constituent la plus grande clientèle indonésienne. Ils sont davantage attirés par les méthodes modernes de commerce", ajoute-t-elle.

Mais sur le marché de Tanah Abang, malgré les nombreux stands fermés, M. Toni veut lui encore y croire: "Je dois tenir bon. Où puis-je aller ailleurs?".

(L.Svenson--DTZ)

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