Deutsche Tageszeitung - A Paris, des vestiges de l'histoire plurimillénaire de Gaza, menacée par la guerre

A Paris, des vestiges de l'histoire plurimillénaire de Gaza, menacée par la guerre


A Paris, des vestiges de l'histoire plurimillénaire de Gaza, menacée par la guerre
A Paris, des vestiges de l'histoire plurimillénaire de Gaza, menacée par la guerre / Photo: © AFP

"Redonner à Gaza toute son histoire": l'Institut du monde arabe (IMA) expose à Paris des pièces archéologiques témoignant du passé glorieux de la cité palestinienne, ancien carrefour commercial entre Asie et Afrique, dont le patrimoine a été balayé par la guerre avec Israël.

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Un bol vieux de 4.000 ans, une mosaïque du VIe siècle ornant une église byzantine, une statue d'Aphrodite d'inspiration helléniste... A travers une centaine de pièces, l'exposition "Trésors sauvés de Gaza, 5000 ans d'histoire" lève, à partir de vendredi, un coin de voile sur ce patrimoine méconnu et alerte sur les destructions endurées lors du conflit entre le Hamas et Israël déclenché le 7 octobre 2023.

Un inventaire précis est pour l'heure impossible mais l'Unesco, en se fondant sur des images satellites, a déjà constaté des "dommages" sur 94 sites patrimoniaux dans la bande de Gaza, dont le palais du Pacha érigé au XIIIe siècle.

Le conflit a été déclenché par l'attaque du Hamas qui a fait 1.218 morts côté israélien. Les opérations militaires lancées en représailles par Israël ont tué plus de 50.000 personnes côté palestinien.

"La priorité, c'est bien évidemment l'humain, pas le patrimoine", explique la commissaire de l'exposition Elodie Bouffard. "Mais on a voulu aussi montrer que Gaza a, pendant des millénaires, été l'aboutissement de la route des caravanes, un port qui frappait sa monnaie et qui s'était développé parce qu'il était à la rencontre de l'eau et du sable".

- Coup d'arrêt -

La genèse de ces "Trésors de Gaza" est elle-même indissociable de la guerre au Proche-Orient.

Fin 2024, l'IMA finalisait une exposition de vestiges du site archéologique de Byblos au Liban mais les bombardements israéliens sur Beyrouth ont rendu l'entreprise impossible.

"Ca s'est arrêté net mais il ne fallait pas se laisser abattre", raconte Elodie Bouffard.

Naît alors, dans l'urgence, l'idée d'une exposition sur le patrimoine de Gaza. "On a eu quatre mois et demi pour (la) monter. Ca n'était jamais arrivé".

Face à l'impossibilité matérielle de faire sortir le moindre artefact du territoire, l'IMA va puiser dans les 529 pièces stockées depuis 2006 dans des caisses au port franc de Genève et qui sont aujourd'hui propriété de l'Autorité palestinienne.

Ce patrimoine avait commencé à être redécouvert dans le sillage des accords d'Oslo de 1993. En 1995, naissait ainsi le service des antiquités de Gaza qui ouvrait ses premiers chantiers archéologiques avec le concours de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem (Ebaf).

Au fil des années ont notamment été mis au jour les vestiges du monastère de Saint Hilarion, de l'antique port grec d'Anthédon ou d'une nécropole romaine ; un patrimoine qui porte la trace de différentes civilisations depuis l'âge du bronze jusqu'aux influences turques à la fin du XIXe siècle.

"Entre l'Egypte, les puissances de Mésopotamie et les Asmonéens, la ville de Gaza a connu un cycle régulier de convoitises et de destructions à travers son histoire", rappelle Elodie Bouffard. Au IVe siècle avant notre ère, l'empereur Alexandre le Grand avait ainsi assiégé la ville pendant deux mois, perpétrant massacres et dévastation.

Les fouilles à Gaza connaissent un coup d'arrêt avec l'arrivée au pouvoir du Hamas en 2007 et l'instauration du blocus israélien. La pression foncière dans un des territoires les plus densément peuplés au monde va également compliquer tout travail archéologique.

Après un an et demi d'une guerre dévastatrice, la reprise des fouilles est aujourd'hui un lointain horizon. Il faudra auparavant déminer les "10 à 20%" de bombes non explosées et évacuer les débris, rappelle Elodie Bouffard, qui redoute qu'un patrimoine précieux ait à jamais disparu.

Une salle de l'exposition à l'IMA documente d'ailleurs l'ampleur des destructions récentes.

"Ca dépend notamment du tonnage des bombes et de l'impact qu'elles ont eu à la surface et dans le sous-sol", souligne la commissaire. "Pour le moment, c'est impossible à évaluer".

(N.Loginovsky--DTZ)

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