Deutsche Tageszeitung - A Béziers, des milliers de viticulteurs demandent "d'agir vite" face à leur détresse

A Béziers, des milliers de viticulteurs demandent "d'agir vite" face à leur détresse


A Béziers, des milliers de viticulteurs demandent "d'agir vite" face à leur détresse
A Béziers, des milliers de viticulteurs demandent "d'agir vite" face à leur détresse / Photo: © AFP

Concurrence étrangère et grande distribution qui tirent les prix vers le bas, normes jugées trop contraignantes et réchauffement climatique: des milliers de viticulteurs ont exprimé samedi à Béziers leur désarroi, demandant aux pouvoirs publics d'"agir vite".

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Au moins 4.000 manifestants, selon la préfecture, 7.000 selon les organisateurs, ont défilé dans un calme seulement interrompu par des détonations de pétards.

Des membres de la Coordination rurale ont craqué des fumigènes jaunes et noirs à leur effigie et, côté FNSEA, le premier syndicat agricole, on se réjouit car "entre 4.000 et 6.000 (participants, ndlr), c'était pour nous une réussite", analyse Jean-Pascal Pelagatti, secrétaire général de la FDSEA de l'Hérault (antenne départementale de la FNSEA).

"On nous étouffe sous les normes. On nous noie sous les taxes. On nous ment sur les prix. Et pendant qu'on se bat pour survivre, d'autres exportent le vin au prix de l'eau. D'autres vendent des bouteilles au prix d'un simple café", a affirmé Romain Angelras, président des Jeunes agriculteurs (JA) du Gard.

"On nous parle aujourd'hui de souveraineté alimentaire. Mais nos politiques la sacrifie sur l'autel du libre-échange. Les vignerons ne se tairont pas. Il nous faut des réponses vite maintenant!".

"Madame la ministre, agissez vite, les viticulteurs n'ont plus le temps d'attendre!" car si rien ne se passe, "c'est tout le midi viticole qui se teintera de rouge", embraye Jérôme Despey, vigneron et vice-président de la FNSEA, président de la chambre d'agriculture de l'Hérault.

"Le vin n'est pas un ennemi public, il est culture, il est patrimoine et il est plaisir et partage autour d'une table", lance-t-il depuis une tribune installée devant le théâtre municipal.

Le préfet de l'Hérault, Francois-Xavier Lauch, a annoncé qu'une délégation de viticulteurs serait reçue le 24 novembre par le ministère de l'Agriculture, veille du grand salon professionnel Sitevi qui se tient à Montpellier du 25 au 27 novembre, où est attendu la ministre de l'Agriculture Annie Genevard.

Elle avait déjà reçu des représentants le 6 novembre.

Selon le président des Vignerons indépendants Jean-Marie Fabre, "trois leviers" à actionner pour amorcer une sortie de crise avaient été évoqués: un soutien de trésorerie sous la forme notamment de prêts de consolidation, un nouveau plan d'arrachage à hauteur de 35.000 hectares (sur les 780.000 ha de vigne française) et davantage de soutien au plan du commerce international.

- 2025, mauvais millésime -

Consommation de vin des Français en recul, épisodes de gel, de grêle et de sécheresse qui se multiplient, droits de douane de Donald Trump et taxes chinoises sur le cognac et l'armagnac... "Jamais notre secteur n'avait eu à traverser en quatre ou cinq ans autant de crises avec des origines multiples, multifactorielles", souligne Jean-Marie Fabre.

"Les trésoreries sont aujourd'hui totalement exsangues et les entreprises sont sur le point de lâcher", prévient-il.

"Dans toutes les zones viticoles de France, c'est compliqué", rappelle Jean-Samuel Eynard, président de la chambre d'agriculture de Gironde, où il cultive 35 ha de vigne d'appellation Côte-de-bourg.

Les difficultés sont accrues en Occitanie, premier vignoble de France en surface, aux appellations souvent moins renommées, et territoire particulièrement frappé par le changement climatique où les grappes se sont desséchées cet été sous des températures supérieures à 40 degrés.

Signe de l'urgence, FNSEA/JA et Coordination rurale ont mis de côté leurs divergences pour participer ensemble à cette action et porter une vingtaine de revendications comme "la lutte contre les prix du vin abusivement bas pratiqués par les négociants et la grande distribution", la simplification des contraintes administratives, l'accès à l'eau ou encore l'assouplissement de la loi interdisant la publicité pour le vin.

Après avoir bloqué des autoroutes et manifesté à Narbonne en 2023, les viticulteurs avaient opté pour Béziers, ville symbole d'où était partie la grande révolte viticole de 1907.

Tous craignent en plus que le millésime 2025 soit d'une maigreur inédite, "la plus petite récolte de vin depuis le gel historique de 2021", selon le président de la chambre régionale d'agriculture d'Occitanie, Denis Carretier. Voire depuis 1957, selon Jean-Marie Fabre, année marquée par un gel important et une fraîcheur estivale.

(L.Barsayjeva--DTZ)

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