Deutsche Tageszeitung - A Minneapolis, des habitants "écœurés" par les "mensonges" de l'administration Trump

A Minneapolis, des habitants "écœurés" par les "mensonges" de l'administration Trump


A Minneapolis, des habitants "écœurés" par les "mensonges" de l'administration Trump

Lorsqu'Alex Pretti a été abattu par des agents fédéraux dans une rue verglacée de Minneapolis, Fabiola a entendu avec effroi la dizaine de coups de feu tirés au coin de sa rue. Alors dès qu'elle a pu, la trentenaire a décortiqué les vidéos de la scène.

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"Quand j'ai vu les images, j'étais dégoûtée", raconte à l'AFP cette Américaine d'origine hispanique, refusant de donner son nom complet par peur de représailles.

"Comment le gouvernement peut-il en faire un terroriste intérieur ?", s'indigne cette employée du bâtiment, qui a fabriqué une croix en bois pour le mémorial en hommage de cet infirmier de 37 ans. "Il y a des preuves claires de ce qui s'est passé, ils mentent".

Samedi, Alex Pretti est devenu le deuxième habitant de cette ville du Midwest tué par balles par la police de l'immigration en moins de trois semaines.

Après la mort début janvier de Renee Good, 37 ans également, une colère sourde couve face à l'empressement de l'administration Trump pour discréditer les deux victimes, dépeints comme "terroristes" contre toute vraisemblance.

L'agent qui a tué Renee Good se trouvait sur le côté de la voiture de cette mère de famille lorsqu'elle a démarré, selon plusieurs vidéos.

Celles prises lors du décès d'Alex Pretti le montrent en train d'approcher des agents fédéraux avec son téléphone, et non pas une arme comme l'a initialement suggéré l'administration. Même une fois roué de coups au sol, il ne semble pas chercher à s'emparer de son pistolet, pour lequel il avait un permis.

Au milieu des fleurs déposées à sa mémoire sur un trottoir de la ville, deux pancartes résument le sentiment des nombreux passants bravant le froid polaire pour lui rendre hommage: "Croyez vos yeux, pas les mensonges", intime l'une ; "Trump est un meurtrier", dénonce l'autre.

"Ils n'admettront jamais qu'ils chassent et tuent des gens, tout simplement", peste Fabiola. "Ce sont eux les criminels."

- "Terroriser les citoyens" -

"Tout la communauté est vraiment écœurée par tout ça", confie Stephen McLaughlin, venu se recueillir lui aussi.

Pour cet ex-procureur à la retraite, les dérives de la militarisation de la lutte contre l'immigration par "un président qui se croit au-dessus des lois" étaient inévitables.

"Trump disait déjà en 2016 qu'il pourrait commettre un meurtre sur la 5e Avenue (de New York) et s'en tirer sans conséquence. Ce que nous subissons aujourd'hui n'est que le prolongement logique de ce raisonnement", enrage-t-il.

"Le but du gouvernement est de terroriser les citoyens, c'est vraiment effrayant", insiste le sexagénaire.

Face à l'indignation suscitée jusque dans son camp par la mort de M. Pretti et la communication hâtive de son administration, Donald Trump semble mettre un peu d'eau dans son vin.

Le milliardaire républicain s'est entretenu avec les autorités locales démocrates, et une partie des 3.000 agents fédéraux dépêchés à Minneapolis depuis des semaines devrait bientôt quitter la ville.

Le chef de la police aux frontières, Greg Bovino, qui faisait polémique avec son manteau long rappelant à certains l'esthétique nazie, est également écarté de Minneapolis.

Mais sur place, les habitants remarquent que le président ne désavoue pas les méthodes des deux agences chargées de lutter contre l'immigration - l'ICE et la CBP -, et que l'enquête sur la mort d'Alex Pretti reste pilotée par le ministère de la Sécurité intérieure.

"Je n'ai aucune confiance en eux", poursuit M. McLaughlin. "Pour obtenir une enquête indépendante, le peuple doit l'exiger dans la rue."

Désabusé lui aussi, Jay Taylor se raccroche au sifflet qu'il porte autour du cou pour signaler la présence d'agents fédéraux.

"On va les bouter en dehors de cette ville, on va gagner parce qu'on est du côté de la vérité", espère cet Afro-Américain de 44 ans.

Ces récentes tragédies ravivent chez lui le souve0nir du meurtre de George Floyd par un policier au printemps 2020, à Minneapolis. A l'époque, la mort de cet homme noir avait provoqué d'immenses manifestations, mais aussi des émeutes dans cette ville.

"Cette fois, ça se passe en hiver, donc il n'y a pas autant de personnes dans la rue", fulmine M. Taylor. "Trump a eu de la chance."

(T.W.Lukyanenko--DTZ)

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