Deutsche Tageszeitung - Dans le monde de Trump, l'Otan appelée à devenir "plus européenne"

Dans le monde de Trump, l'Otan appelée à devenir "plus européenne"


Dans le monde de Trump, l'Otan appelée à devenir "plus européenne"
Dans le monde de Trump, l'Otan appelée à devenir "plus européenne" / Photo: © AFP

L'Alliance atlantique doit devenir "plus européenne", a lancé mercredi la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, au moment où Donald Trump laisse planer le doute sur l'avenir de la relation transatlantique.

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Cet appel au sursaut intervient deux jours après les propos - remarqués - du chef de l'Otan sur l'illusion d'une défense européenne sans les Etats-Unis.

"Et si quelqu'un pense encore ici que l'Union européenne, ou l'Europe dans son ensemble, peut se défendre sans les Etats-Unis, continuez de rêver. Vous ne le pouvez pas. Nous ne le pouvons pas, nous avons besoin les uns des autres", a averti lundi le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte devant les eurodéputés.

Mais pour Kaja Kallas, la question n'est pas là.

"Permettez-moi d'être claire: nous voulons des liens transatlantiques solides. Les Etats-Unis resteront le partenaire et l’allié de l'Europe mais l'Europe doit s'adapter aux nouvelles réalités", a-t-elle souligné mercredi lors d'un discours à Bruxelles devant l'Agence européenne de Défense (EDA).

"A l'heure où les Etats-Unis regardent au-delà de l'Europe, l'Otan doit devenir plus européenne pour maintenir sa force. Et, pour cela, l'Europe doit agir", a-t-elle martelé.

Le président américain Donald Trump et son secrétaire à la Défense Pete Hegseth ont prévenu à maintes reprises les alliés européens qu'ils devraient désormais compter davantage sur leurs propres forces pour assurer leur sécurité.

Et face à la menace russe qu'ils jugent de plus en plus inquiétante, les Européens ont augmenté leurs dépenses militaires. Celles-ci ont ainsi augmenté de 19% en un an, de 2023 à 2024, pour atteindre 343 milliards d'euros, selon l'Agence européenne de Défense. En 2025, elles devraient atteindre 381 milliards d'euros, selon cette agence spécialisée.

- "Un géant endormi" -

Mais en matière de défense, l'Europe reste "un géant endormi", a déploré le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius. "Nous devons construire très rapidement notre indépendance en matière de défense: sans retard et sans excuses".

L'industrie de défense, qui rechigne à de lourds investissements sans perspectives dans la durée, réclame de son côté des contrats à long terme.

"S'il vous plaît, livrez, investissez dans le potentiel de production afin d'éviter les retards", a exhorté M. Kubilius devant plusieurs de ces industriels.

Et si l'Europe commence peu à peu à renforcer son arsenal de défense, elle reste encore très dépendante des Etats-Unis, notamment en matière de logistique, de missiles à longue portée, de renseignement et dans le domaine spatial, a-t-il relevé.

Mark Rutte a expliqué que si les Européens voulaient vraiment bâtir une nouvelle alliance défensive sans les Etats-Unis, alors cela leur coûterait non pas 5% mais 10% de leur produit intérieur brut (PIB).

"Cela coûte des milliards et des milliards d'euros. Et dans ce scénario, vous perdriez le garant ultime de notre liberté, à savoir le parapluie nucléaire américain. Donc, bonne chance!", avait-il lancé aux parlementaires européens.

- "Bonne chance !" -

Certains n'ont guère apprécié.

"Je trouve qu’il est un peu contre-productif de dire d’un côté qu’il faut bouger, augmenter nos dépenses de défense en Europe, et de l’autre côté dire qu’on ne peut pas y arriver", a jugé Camille Grand, patron du lobby européen de la défense, l'ASD.

"On peut rattraper les Etats-Unis. L’idée qu’on en est incapable, ce n’est pas la réalité", a-t-il insisté lors d'un entretien avec l'AFP. Les industriels européens peuvent égaler les Etats-Unis "à 90%".

Mais pour lui, l'important est surtout que les Européens soient capables de prendre la tête de la défense de leur continent. "Est-ce que le scénario de référence c’est : les Etats-Unis défendent l’Europe ou celui d'une Europe qui défend l’Europe, avec l’aide des Etats-Unis ?" Il est important que les Européens arrivent le plus vite possible à ce deuxième scénario, a-t-il souligné.

(V.Sørensen--DTZ)

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