Deutsche Tageszeitung - Dans le camp de proches de jihadistes d'al-Hol en Syrie, le "chaos total"

Dans le camp de proches de jihadistes d'al-Hol en Syrie, le "chaos total"


Dans le camp de proches de jihadistes d'al-Hol en Syrie, le "chaos total"
Dans le camp de proches de jihadistes d'al-Hol en Syrie, le "chaos total" / Photo: © AFP

"C'était le chaos total": des témoins ont raconté à l'AFP comment des proches de jihadistes avaient fui le camp d'al-Hol en Syrie après le retrait des forces kurdes fin janvier, les autorités reconnaissant des évasions massives.

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Un correspondant de l'AFP est entré dans ce camp du nord-est de la Syrie mercredi et a constaté qu'il était quasiment désert, après la décision des autorités syriennes de l'évacuer.

Dans l'Annexe, une section sous haute sécurité, il a vu des jouets d'enfants et des tricycles abandonnés. Des familles sont parties à la hâte, laissant des vêtements, des cahiers et même de la nourriture.

Les forces kurdes s'étaient retirées le 20 janvier sous la pression militaire de Damas de ce camp, le plus grand de proches de jihadistes du groupe Etat islamique (EI), qui abritait quelque 23.500 personnes.

Les forces de sécurité syriennes affirment en avoir pris le contrôle six heures plus tard.

"Les Kurdes se sont retirés, puis des gens et des combattants de tribus locales sont arrivés", déclare Saleh Mahmoud al-Hafez, un habitant du village d'al-Hol attenant au camp.

"En un instant, c'était le chaos total", ajoute-t-il. "Des voitures ont commencé à transporter des gens" hors du camp, qui "est resté sans aucun contrôle sécuritaire pendant trois heures".

Al-Hol, peuplé notamment de femmes et d'enfants, abritait une majorité de Syriens et d'Irakiens, mais environ 6.500 étrangers de 44 nationalités vivaient dans l'Annexe.

L'accès est désormais interdit et des barrages de contrôle sont établis sur la route qui mène au camp, selon le correspondant de l'AFP.

Le camp, où les tentes blanches s'étendent à perte de vue, est quasiment désert, et des sacs d'ordures jonchent ses allées.

- "Evasions collectives" -

En tout, ce sont des milliers de personnes qui ont disparu.

Les autorités ont évacué les familles restantes la semaine dernière, vers le camp d'Akhtarin, au nord d'Alep, estimant que "les conditions essentielles", notamment de sécurité, faisaient défaut à al-Hol.

Mercredi, le ministère de l'Intérieur a confirmé des "évasions collectives", accusant les forces kurdes de s'être retirées "de façon soudaine".

Ce retrait "était le résultat direct de l'attaque militaire (...) ciblant le camp et ses environs par les forces affiliées à Damas", ont réagi les forces kurdes, assurant que les familles étaient parties après l'arrivée des forces syriennes.

Mourhaf al-Olayane, un agriculteur de 43 ans qui habite dans une maison jouxtant le camp, raconte lui aussi qu'après le départ des forces kurdes, "des voitures sont venues, ont pris des familles et sont parties".

Ce père de cinq enfants dit avoir vu des "hommes en treillis" parmi ceux qui évacuaient les familles.

"Les gens se sont enfuis (...) dans toutes les directions" affirme Farhane Abbas, 86 ans, un autre voisin du camp.

- "Graves risques" -

L'Annexe comptait notamment un grand nombre originaires de Russie, du Caucase et des républiques d'Asie centrale, que leurs pays refusent de rapatrier.

Des instituteurs de l'ancien bastion rebelle d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, ont indiqué que plusieurs enfants ouzbeks s'étaient enregistrés dans leurs établissements fin janvier.

Idleb abritait de nombreux jihadistes étrangers et c'est de cette région qu'une coalition islamiste est partie pour lancer fin 2024 une offensive fulgurante lui ayant permis de prendre le pouvoir en Syrie.

La manière "largement imprévue et chaotique" dont les familles retenues à al-Hol ont quitté les lieux "expose les femmes et les enfants à de graves risques, notamment la traite, l'exploitation et le recrutement par des groupes armés", a alerté l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Les forces kurdes gardent pour le moment le contrôle d'un camp plus petit, Roj, où sont détenus des proches de jihadistes, pour la plupart des étrangers dont des Occidentaux, parmi lesquels des Français.

Concernant les jihadistes eux-mêmes, l'armée américaine a achevé le transfert de plus de 5.700 détenus de Syrie vers l'Irak, pour garantir leur surveillance

(O.Zhukova--DTZ)

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