Deutsche Tageszeitung - La panique gagne Beyrouth, frappes tous azimuts au Moyen-Orient

La panique gagne Beyrouth, frappes tous azimuts au Moyen-Orient


La panique gagne Beyrouth, frappes tous azimuts au Moyen-Orient
La panique gagne Beyrouth, frappes tous azimuts au Moyen-Orient / Photo: © AFP

La panique s'est emparée de Beyrouth jeudi après-midi, après un appel inédit d'Israël à évacuer toute la banlieue sud de la capitale, au sixième jour d'une guerre au Moyen-Orient qui s'étend, s'intensifie et inquiète chaque jour un peu plus.

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"Message urgent aux habitants" de la banlieue sud de la capitale: "sauvez vos vies et évacuez immédiatement", a averti sur X un porte-parole arabophone de l'armée israélienne, en proposant des itinéraires vers le nord et l'est.

Des embouteillages monstres se sont immédiatement formés, selon des journalistes de l'AFP, alors que des tirs en l'air pour alerter la population éclataient dans ce bastion du Hezbollah pro-iranien, habité par des centaines de milliers de personnes.

Des images de l'AFPTV y ont montré dès l'aube des immeubles éventrés. Selon les autorités libanaises, au moins 72 personnes ont été tuées et 437 blessées, avec quelque 83.000 déplacés depuis lundi.

Le mouvement chiite libanais a entraîné le Liban dans la guerre en attaquant Israël pour "venger" la mort de l'ayatollah Khamenei. "Nous ne nous rendrons pas", a martelé son chef Naïm Qassem, que Beyrouth somme - en vain - de rendre les armes.

L'offensive américano-israélienne sur l'Iran, lancée samedi, devait empêcher Téhéran de se doter de l'arme nucléaire et de reconstituer ses stocks de missiles balistiques.

Elle recompose les rapports de force régionaux, touchant les monarchies du Golfe, incitant les Occidentaux à dépêcher navires et avions de chasse et suscitant des craintes de part et d'autres du globe.

A Téhéran, des explosions ont été entendues en début de journée par des journalistes de l'AFP, derrière le ronflement sourd d'avions militaires, tandis que les habitants s'affairaient pour dégager les dégâts de la veille, selon des images d'AFPTV.

"Nous tournons une page très importante de notre histoire et je n'ai pas peur", a assuré un Iranien de 30 ans. "L'espoir est la seule chose qu'il nous reste aujourd'hui", a-t-il ajouté, sans décliner son identité.

L'agence de presse officielle iranienne Irna a fait état d'un bilan de 1.230 morts, des chiffres que l'AFP n'était pas en mesure de vérifier.

Des déflagrations ont aussi résonné au Qatar et à Bahrein. Six employés népalais et pakistanais ont été blessés dans une zone industrielle d'Abou Dhabi.

Des diplomates occidentaux à Ryad ont indiqué à l'AFP avoir été appelés à se mettre à l'abri. Le quartier diplomatique de la capitale saoudienne a été bouclé, selon un témoin.

- "Brutalement massacré" -

L'Iran, de son côté, pilonné, a dû retarder les funérailles de son guide suprême Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre.

Il réplique avec drones et missiles contre Israël, et a dit viser jeudi l'aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv et une base radar du nord du pays. Outre le Golfe, où il a aussi ciblé une base américaine au Koweit, il vise aussi Erbil, en Irak.

"Notre peuple est brutalement massacré alors que les agresseurs ciblent délibérément des zones civiles", a accusé son chef de la diplomatie sur X, Abbas Araghchi.

La République islamique a revanche démenti avoir visé l'Azerbaidjan, où, selon Bakou, deux personnes ont été blessées par des drones iraniens dans la région de Nakhitchevan.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a dénoncé une attaque "terroriste" et ordonné des "représailles" militaires, recevant le soutien de la Turquie.

M. Araghchi a imputé cette frappe à Israël.

Bombardée sans relâche, Téhéran présente des allures de ville morte. L'ONU estime que 100.000 personnes ont fui la ville au deux premiers jours de guerre.

Téhéran est "désert" et "il y a des contrôles de patrouilles de police partout", a témoigné sur Telegram Abid, un habitant.

L'internet fonctionne "autour de 1% de son niveau habituel", selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks.

Des habitants de Téhéran, que l'AFP a pu contacter depuis Paris, ont indiqué avoir été prévenus par écrit que des connections répétées à internet leur vaudrait le blocage de leur ligne et la transmission de leur "dossier" à la justice.

- "Continuez, jusqu'au bout" -

L'Europe se mobilise. Rome envoie une aide en matière de défense antiaérienne aux pays du Golfe, et une frégate espagnole accompagnera le porte-avions français Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale, avec des bâtiments grecs.

Le ministre britannique de la Défense John Healey se rendait lui à Chypre jeudi, quatre jours après une frappe de drone sur la base britannique d'Akrotiri. L'Australie a déployé deux avions militaires et le Canada n'exclut plus une participation de ses forces.

Entre panique des marchés, volatilité des cours et ralentissement des flux commerciaux dans une région stratégique, les milieux d'affaires craignent le grand plongeon. L'économie mondiale est "de nouveau mise à l'épreuve", a averti le Fonds monétaire international (FMI).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, revendiquent le contrôle "total" du détroit d'Ormuz, par où transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

La Maison Blanche a démenti vouloir armer des milices kurdes contre Téhéran mais a confirmé des discussions avec des dirigeants de cette minorité.

Le champ de bataille semble illimité: pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale, un sous-marin américain a coulé mercredi un bateau de guerre iranien dans l'océan Indien. Bilan selon Colombo: au moins 87 morts, des dizaines de disparus.

L'Iran a aussi affirmé avoir touché un pétrolier américain dans le Golfe. Un deuxième navire de guerre iranien est par ailleurs en route vers le Sri Lanka.

Aucun volonté d'apaisement n'apparaît. Jeudi, le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a dit à son homologue israélien, Israël Katz, selon ce dernier: "continuez jusqu'au bout, nous sommes à vos côtés".

burs-dla/cab

(P.Tomczyk--DTZ)

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