Deutsche Tageszeitung - Quitter l'Iran en guerre pour un pays en crise humanitaire: les Afghans sans "bon choix"

Quitter l'Iran en guerre pour un pays en crise humanitaire: les Afghans sans "bon choix"


Quitter l'Iran en guerre pour un pays en crise humanitaire: les Afghans sans "bon choix"
Quitter l'Iran en guerre pour un pays en crise humanitaire: les Afghans sans "bon choix" / Photo: © AFP

Sous une tempête de sable, le visage fatigué, des Afghans passent la frontière à Islam Qala (ouest). Ils quittent l'Iran secoué par une guerre "intense" et reviennent dans un Afghanistan en crise humanitaire où ils ne voient "aucune perspective".

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"J'ai été forcé de revenir en Afghanistan à cause de la guerre", témoigne auprès de l'AFP Talibshah, 27 ans, qui travaillait dans l'agriculture dans la province de Qazvin, dans le nord-ouest de l'Iran et préfère taire son nom de famille.

Après un long voyage, il est arrivé au poste-frontière d'Islam Qala, dans l'ouest de l'Afghanistan. Désemparé après s'être fait flouer en changeant ses devises, il cherche comment rejoindre sa région natale de Sar-é Pol (nord), un périple de plusieurs centaines de kilomètres par des routes de montagne difficiles.

Grâce à son travail en Iran, Talibshah faisait vivre sa famille de sept personnes dont son père, sa mère, ses frères et soeurs dans une région d'Afghanistan où la sécheresse a rendu l'agriculture difficile voire impossible.

"Je ne sais pas si je vais pouvoir trouver un emploi ou pas. Nous sommes laissés sans perspective. Si je ne trouve pas de travail, je devrai émigrer à nouveau, nous n'avons pas le choix, nous ne pouvons pas mourir de faim", ajoute-t-il.

Près de la moitié de la population afghane --soit 21,9 millions de personnes-- aura besoin d'aide humanitaire en 2026, alertent les Nations unies. Et le pays est secoué depuis le 26 février par de nouveaux affrontements avec le Pakistan voisin qui ont causé la mort d'au moins 56 civils et déplacé environ 115.000 personnes, selon l'ONU.

Ces Afghans "fuient la guerre en Iran" et "arrivent dans un pays ravagé par la sécheresse, qui souffre d'un chômage élevé et fait maintenant face à un conflit" (avec le Pakistan), souligne Arafat Jamal, le représentant en Afghanistan du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Il n'y a pas de bon choix pour eux", déplore-t-il depuis Islam Qala.

Il y a eu environ 1.700 retours quotidiens depuis le début du conflit au Moyen-Orient il y a douze jours, mais le HCR craint des arrivées bien plus massives à l'avenir.

Il se dit prêt à accueillir ces Afghans quittant l'Iran en terme de personnel et d'infrastructure, mais "nous n'avons pas l'argent" pour financer cet effort, regrette M. Jamal.

- "50 fois plus intense" -

Au poste-frontière d'Islam Qala, les arrivées étaient déjà plus nombreuses mardi que la semaine dernière, selon un correspondant de l'AFP. Des familles passent rapidement, le visage fermé, une ou deux valises contenant leurs maigres possessions.

"La guerre en Iran est 50 fois plus intense cette fois-ci que lors de la dernière guerre" avec Israël en juin 2025, témoigne Mohammad Kabir Nazari, un Afghan de 47 ans qui travaillait comme agent de sécurité pour une entreprise à Téhéran.

"Les missiles venaient de tous les côtés, tous les jours. Pour les Afghans, il n'y avait pas de refuge, la situation est très mauvaise", ajoute-t-il.

L'activité économique "s'est réduite" y compris dans l'entreprise où il travaillait, poursuit-il. Les marchés, "d'habitude très fréquentés lors des périodes proches du nouvel an perse et de la fin du ramadan", sont vides.

Et ce ralentissement de l'économie iranienne a des conséquences sur les nombreux travailleurs afghans dans le pays. Un ami de M. Nazari lui a raconté avoir été licencié, avec d'autres Afghans, et prié de rentrer en Afghanistan.

Naeemullah Rahimi, 24 ans, lui aussi agent de sécurité dans une usine dans la banlieue de Téhéran, raconte avoir dû s'abriter dans un sous-sol chaque jour en raison des tirs de missiles: "Quand nous avons vu à quel point la situation était mauvaise, nous avons dû rentrer en Afghanistan".

Mais cet homme originaire de Maidan Wardak (centre) confie "ne pas savoir quoi faire" dans son pays où les emplois sont rares.

"Depuis septembre 2023, l'Afghanistan accueille des vagues et des vagues d'Afghans expulsés d'Iran et du Pakistan", souligne Arafat Jaamal. L'année dernière, ils étaient 2,8 millions, "le plus grand mouvement de retour au monde".

"S'il y a le même nombre cette année, le pays pourra-t-il gérer?", s'interroge-t-il.

"Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser tomber l'Afghanistan", insiste le représentant du HCR. "Si nous négligeons une région, nous allons créer encore plus de déstabilisation" dans le monde.

(W.Novokshonov--DTZ)

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