Deutsche Tageszeitung - Drones: l’expertise ukrainienne recherchée dans la "guerre de pauvres"

Drones: l’expertise ukrainienne recherchée dans la "guerre de pauvres"


Drones: l’expertise ukrainienne recherchée dans la "guerre de pauvres"
Drones: l’expertise ukrainienne recherchée dans la "guerre de pauvres" / Photo: © AFP/Archives

Technologiquement en retard sur l'Occident mais contraints d'innover face aux drones russes, les Ukrainiens sont désormais sollicités par les grandes puissances, à court de solutions au Moyen-Orient contre les drones Shahed iraniens, longtemps dédaignés comme armes de la "guerre de pauvres".

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"Il y a six mois, on l'a proposé à Washington, mais à l'époque ils ont refusé. Aujourd'hui, ils reviennent vers nous en disant +OK, donnez‑nous vos technologies anti‑Shahed+", raconte à l'AFP Oleksandre Iourtchak, directeur de l'Association ukrainienne de l'automatisation industrielle.

Il fait partie d'une délégation ukrainienne rencontrée cette semaine par l'AFP au salon JEC World consacré aux composites à Villepinte, au nord de Paris, venue nouer des partenariats afin d'allier l'agilité et expérience du combat ukrainiennes aux matériaux et technologies occidentales.

En Europe, même état d'esprit: "les Ukrainiens se battent avec de petits drones, nous misons sur des technologies très sophistiquées, dans lesquelles nous avons investi pendant des années", ajoute M. Iourtchak.

La guerre au Moyen-Orient montre néanmoins qu'"il ne s'agit pas d'une guerre de pauvres, mais d'un changement d'approche" dans un conflit moderne alors que les Occidentaux "n'ont pas revu leurs doctrines, ni leurs tactiques", relève-t-il.

- "A coûts équivalents" -

"Israël a manifesté de l'intérêt depuis une semaine. Les Etats du Golfe et l'Arabie saoudite sont en train de courir après de possibles contrats avec des Ukrainiens", assure Emmanuel Lowe, ambassadeur international du cluster ukrainien des technologies à double usage.

Pourquoi après quatre ans de guerre en Ukraine où les drones sont responsables de 70% des pertes sur le front, les bases américaines et européennes au Moyen-Orient ne sont-elles toujours pas protégées contre des Shahed ayant déjà coûté la vie à un militaire français?

"Cela ne leur faisait pas mal et ce n'était pas leur priorité", résume Iouri, un ingénieur concepteur de drones ukrainien qui ne donne pas son nom de famille pour des raisons de sécurité et ne révèle pas les entreprises pour lesquelles il travaille, invoquant des clauses de confidentialité.

Les Shahed envoyés par essaims sont "terriblement efficaces" et il faut disposer de "moyens à coûts équivalents" pour les neutraliser, a souligné cette semaine le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l’Armée de l'air et de l'espace française lors d'une rencontre avec l'Association des journalistes de défense.

Concepteur de ce drone, testé et perfectionné par la Russie sur le terrain en Ukraine, l'Iran utilise aujourd'hui sa version avancée contre Israël et les Occidentaux au Moyen-Orient.

"Il fait l'objet d'une amélioration continue" et "les modes d'action pour le contrer évoluent très vite", rappelle le général en évoquant filet antidrones, brouillage et drones intercepteurs, la tactique la plus utilisée en Ukraine.

"Le drone intercepteur d'un coût similaire (au drone ennemi), c'est l'invention de la guerre russo-ukrainienne" pour ne pas abattre un drone qui coûte 50.000 euros par un missile à plusieurs millions, explique Evguen Rokytsky, responsable de l'Association ukrainienne des clusters d'innovation et spatiaux.

Le brouillage a ses limites: couvrir un large spectre peut endommager les systèmes alliés. "Dans ce combat, celui qui réussit à changer rapidement de fréquence, couvrir un spectre plus large et gérer l'alimentation électrique prend l’avantage. (...) Les Ukrainiens savent le faire, mais les Russes sont meilleurs", estime-t-il.

- 90% de composants chinois -

"En France, on produit sur une année 10.000 drones. L'année dernière, on a eu 4,5 millions de drones uniquement côté ukrainien, un chiffre plus que doublé avec les russes. Quantitativement, l'expérience est très largement supérieure", souligné Emmanuel Lowe.

"On le voit sur les tests des Français, des Anglais, etc. Ils viennent en Ukraine, pensant avoir LE drone qui va tout battre. Et ils repartent car plus de la moitié est déjà obsolète", poursuit-il.

C'est "l'expérience imposée aux Ukrainiens sur comment atteindre un résultat avec un minimum de ressources" qui pourrait être intéressante pour les Occidentaux ainsi que de pouvoir tester leurs caméras, antennes ou convertisseurs de fréquences dans des conditions réelles, estime Iouri.

En contrepartie, les Ukrainiens, refusant d'être un terrain d’essai gratuit, veulent accéder aux technologies et matériaux modernes, alors que 90% des composants des drones fabriqués aujourd'hui sont d’origine chinoise.

(Y.Ignatiev--DTZ)

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