Dans le nouveau Népal de la Gen Z, l'incontournable Rabi Lamichhane
Il est l'autre homme fort du nouveau Népal. Quatre ans à peine après son arrivée fracassante au Parlement, l'ex-animateur de télévision Rabi Lamichhane s'est imposé comme une figure politique incontournable du pays, grâce à la victoire de son parti aux législatives.
Le Parti national indépendant (RSP, centre droit) qu'il a fondé a raflé une confortable majorité de 182 des 275 sièges de la Chambre des représentants.
Réélu haut la main dans sa circonscription, M. Lamichhane et les nouveaux élus ont prêté serment jeudi.
"Des personnes âgées aux plus jeunes, les citoyens de ce pays nous ont appelés à l'aide pour les sauver", s'est réjoui la semaine dernière le dirigeant de 51 ans. "Ce n'est pas une victoire du RSP, mais une victoire du pays. Il faut maintenant le démontrer".
Largement inespéré, ce succès marque l'arrivée à la tête du Népal d'une nouvelle génération de dirigeants, six mois à peine après l'insurrection meurtrière des jeunes de la Génération Z qui a secoué le pays.
Contre toute attente, Rabi Lamichhane ne sera pas le nouveau Premier ministre du Népal.
Aux termes d'un accord qui s'est révélé payant dans les urnes, c'est le populaire rappeur devenu maire de Katmandou Balendra Shah, 35 ans, qui prendra officiellement vendredi la tête du gouvernement.
"+Balen+ s'est imposé comme le visage de l'élection", résume l'analyste Sucheta Pyakuryal.
Très populaire, notamment parmi les jeunes, depuis son élection en 2022 dans la capitale, il a réussi à incarner les aspirations aux changements des manifestants des 8 et 9 septembre, aussi bien en matière d'emploi que de lutte contre la corruption.
Les deux hommes étaient assis côte à côte jeudi lors de leur prestation de serment
S'il a concédé les rênes du gouvernement à "Balen" Shah, c'est d'abord que Rabi Lamichhane était encore l'an dernier emprisonné, accusé de corruption.
- Rivalités ? -
Quelles que soient ses fonctions dans l'organigramme du nouveau pouvoir, les observateurs assidus de son parti anticipent toutefois tous qu'il restera à la manœuvre, "baron noir" ou ministre de premier plan.
Jusqu'à concurrencer le Premier d'entre eux ?
"S'il n'y a aucune animosité entre eux et qu'ils peuvent travailler ensemble, très bien", dit Sucheta Pyakuryal. "Mais si des désaccords se font jour, alors leur rivalité pourrait déchirer le gouvernement et le parti".
Rabi Lamichhane s'est fait un nom à la télévision, à la faveur d'entretiens très musclés ou de caméras cachées où il exposait la corruption au quotidien des agents publics, sur un ton volontiers populiste.
C'est à la surprise générale qu'il a imposé son parti, fraîchement créé, comme la quatrième force au Parlement à la faveur des élections législatives de 2022 .
Propulsé ministre de l'Intérieur puis vice-Premier ministre, il a été contraint de quitter le gouvernement l'année suivante, déclaré inéligible par la Cour suprême pour ne pas avoir regagné sa citoyenneté népalaise après avoir renoncé à son passeport américain.
Poursuivi pour fraudes et blanchiment, M. Lamichhane passe ensuite plusieurs mois en détention.
La "révolution" de la Gen Z le surprend d'ailleurs derrière les barreaux de sa prison, dont il s'évade alors brièvement avec des milliers d'autres détenus en profitant du chaos qui s'est emparé du Népal.
Finalement remis en liberté en décembre dernier, il est blanchi par la Cour suprême dans deux dossiers le mois suivant mais il reste sous le coup d'accusations de fraude, qui n'ont toujours pas été jugées.
Lui et ses soutiens ont toujours dénoncé ces procédures, qualifiées de politiques.
Alors que son allié "Balen" Shah est resté muet depuis le succès du 5 mars, Rabi Lamichhane n'a lui pas caché que le relèvement du pays qu'il a promis de mettre en œuvre ne serait pas entreprise aisée.
"L'avenir de notre pays est entre nos seules mains", a-t-il souligné devant les élus du RSP. "Les cinq prochaines années ne seront pas faciles, nous traversons des temps difficiles et nous allons devoir travailler très dur".
(L.Svenson--DTZ)