Deutsche Tageszeitung - Viktor Orban, un modèle pour les dirigeants illibéraux

Viktor Orban, un modèle pour les dirigeants illibéraux


Viktor Orban, un modèle pour les dirigeants illibéraux
Viktor Orban, un modèle pour les dirigeants illibéraux / Photo: © AFP

Régnant sans partage sur la Hongrie depuis 2010, le Premier ministre nationaliste Viktor Orban a vu son aura se ternir ces dernières années en raison d'une corruption devenue trop visible aux yeux d'une population contrainte elle de se serrer la ceinture.

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Le dirigeant de 62 ans, qui a fait de son pays le laboratoire de la démocratie illibérale, a réussi à se faire un nom à l'international, grâce à ses passes d'arme fréquentes avec Bruxelles et ses amitiés avec les présidents américain et Donald Trump et russe Vladimir Poutine.

"Les dirigeants illibéraux le considèrent comme un modèle, quelqu'un qui a réussi, qui a su prendre le pouvoir", souligne Emilia Palonen, professeure associée à l'Université d'Helsinki, interrogée par l'AFP.

Né le 31 mai 1963 dans un village situé à une heure de Budapest, c'est pourtant en jeune libéral que Viktor Orban s'est fait un nom quand il défia le régime communiste à Budapest en juin 1989 avec un discours enflammé, réclamant la démocratie.

Un an plus tôt, ce diplômé de droit de l'université de Budapest, qui a bénéficié d'une bourse de la fondation Soros pour étudier à Oxford, avait cofondé l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz).

Il vire cependant rapidement vers un discours défendant les valeurs familiales, rurales et chrétiennes. Un pari payant puisqu'en 1990, il est élu député puis désigné Premier ministre en 1998, à seulement 35 ans.

Quatre ans plus tard, il est battu par le Parti socialiste, héritier des communistes, puis de nouveau en 2006. Une humiliation qui accélère sa mutation.

Revenu plus averti au pouvoir en 2010, alors que le pays est profondément ébranlé par la crise économique, il entreprend de cimenter l'emprise de son parti sur les médias, les institutions et les universités au nom du salut de la "nation hongroise".

En 2014, il est le premier homme politique d'envergure à promouvoir un "Etat illibéral" comme modèle, lors d'un discours dans un village de Transylvanie, en Roumanie, où vit une forte minorité hongroise, relativisant l'Etat de droit.

"Il a tiré les leçons des erreurs de son premier mandat, il a pu faire passer rapidement des changements d'ampleur, consolidant ainsi son pouvoir", analyse Emilia Palonen.

- "Ennemi extérieur" -

Ses attaques contre l'indépendance de la justice, de la presse, des institutions, ses atteintes aux libertés individuelles, dont celles de la communauté LGBT+, ont généré des frictions avec l'Union européenne, qui a gelé des milliards de fonds destinés à la Hongrie.

Il s'oppose également à la politique migratoire du bloc, refusant d'accueillir des demandeurs d'asile contre lesquels il érige en 2015 une clôture de plusieurs centaines de kilomètres.

Cette stratégie, basée sur l'existence d'"un ennemi extérieur", selon la politologue Zsuzsanna Szelenyi, lui a permis de l'emporter à nouveau dans les urnes en 2014, 2018 et 2022 avec la majorité des deux tiers.

Ambitionnant d'être reconduit le 12 avril pour un cinquième mandat consécutif, il a désigné comme nouvel ennemi, après les communistes et les migrants, l'Ukraine, qu'il accuse de vouloir entraîner la Hongrie dans la guerre suite à l'invasion russe.

Mais à en croire les sondages, qui donnent le parti Tisza de son adversaire Peter Magyar largement en tête, cela ne prend plus, les électeurs se disant beaucoup plus préoccupés par les sujets internes comme l'inflation, la déliquescence des services et la corruption qui a permis à l'entourage de Viktor Orban, marié et père de cinq enfants, de s'enrichir outrageusement.

Son autorité a également vacillé devant la participation record l'an dernier à la marche des fiertés de Budapest qu'il avait pourtant interdite.

En cas de victoire, Viktor Orban risque, selon les analystes, d'être confronté à une opinion moins malléable et de se heurter plus violemment à ses partenaires européens qui ont dénoncé sa déloyauté après le veto qu'il a opposé fin mars à un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine.

"Il a certainement réussi à laisser son empreinte", estime le politologue Attila Gyulai, du Centre des sciences sociales de l'université ELTE, en pointant le durcissement de la ligne de l'UE sur les migrants.

"Mais il a agi comme un bélier, donc naturellement c'est lui qui s'usera le premier."

(A.Nikiforov--DTZ)

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