Deutsche Tageszeitung - Un Cambodgien expulsé des Etats-Unis raconte la "misère" de la prison en Eswatini

Un Cambodgien expulsé des Etats-Unis raconte la "misère" de la prison en Eswatini


Un Cambodgien expulsé des Etats-Unis raconte la "misère" de la prison en Eswatini
Un Cambodgien expulsé des Etats-Unis raconte la "misère" de la prison en Eswatini / Photo: © AFP

Un Cambodgien, expulsé par les Etats-Unis en Eswatini dans le cadre d'un programme américain visant à transférer des migrants illégaux vers un pays tiers, a raconté à l'AFP la "misère" des conditions de détention dans ce pays d'Afrique australe.

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Longtemps installé aux Etats-Unis où il vivait depuis 1985, Pheap Rom fait partie des 20 hommes expulsés en Eswatini (ex-Swaziland) par l'administration du président américain Donald Trump, un dispositif contesté devant les tribunaux et décrit par les défenseurs des droits comme relevant d’une forme de "traite d'êtres humains".

Enchaîné et escorté dans un avion par les autorités américaines, il a atterri dans le petit royaume africain en octobre, où il a été accueilli sur le tarmac par un groupe de "militaires armés, cagoulés", affirme à l'AFP cet homme de 43 ans.

"Je ne savais pas ce qu'il allait se passer", dit-il dans un entretien avec l'AFP à Phnom Penh, où il a été rapatrié en mars. "Je ne comprenais pas pourquoi j'étais expulsé en Afrique puisque je suis cambodgien."

L'ONG Human Rights Watch a estimé en septembre que ces expulsions dans le cadre "d'accords opaques" violaient le droit international et devaient être rejetées.

Des avocats en Eswatini ont à plusieurs reprises alerté sur le fait que l'accès aux personnes expulsées par les Etats-Unis leur était systématiquement refusé et que ces dernières étaient détenues sans qu'aucune charge ne pèse contre elles.

L'Eswatini, dernière monarchie absolue en Afrique, fait partie des quelques "pays tiers" acceptant des migrants expulsés par les Etats-Unis. Le pays s'est engagé à accueillir à terme 160 personnes jugées indésirables par l'administration Trump contre 5,1 millions de dollars (4,4 millions d'euros).

Pheap Rom est le deuxième expulsé des Etats-Unis en Eswatini à être rapatrié dans son pays d'origine, après un Jamaïcain en 2025.

- Pas d'avocat en prison -

Il avait purgé une peine de 15 ans de prison aux Etats-Unis, après avoir plaidé coupable de tentative de meurtre lors d'une dispute de voisinage à Philadelphie.

"Je sais que ce que j'ai fait était mal", reconnaît-il, et "j'ai accepté ma punition".

Le Cambodgien a été arrêté par les autorités américaines de l'immigration après sa libération de prison en novembre 2024.

Mais l'arrivée en Eswatini était pour lui comme un retour à son incarcération. Selon lui, ses gardiens ignoraient qu'il avait déjà purgé sa peine.

Au centre de détention Matsapha en Eswatini, ses codétenus et lui ont "connu la misère", avec une seule sortie de 15 minutes par jour et un seul appel téléphonique par semaine autorisé.

"Nous avions un avocat qui était prêt à venir nous parler, mais ils ne le laissaient pas entrer", assure-t-il, ce que les avocats confirment dans le pays africain.

Selon le gouvernement du pays au contraire, les détenus étaient "entre de bonnes mains", recevant notamment des soins de santé.

L'essentiel de la campagne d'expulsions de M. Trump a été menée par les services de l'immigration et des douanes des Etats-Unis (ICE), critiqués pour leurs méthodes brutales. L'ICE n'a pas répondu à une demande de commentaire concernant le cas de Pheap Rom.

En juillet, lorsque les premiers expulsés ont été envoyés en Eswatini, une porte-parole du département américain de la Sécurité intérieure a déclaré sur les réseaux sociaux qu'ils étaient "si exceptionnellement barbares que leurs pays d'origine refusaient de les reprendre".

Chann Rotana, porte-parole du ministère des Affaires étrangères cambodgien, a lui assuré à l'AFP que les Etats-Unis avaient déjà par le passé, sans aucun problème, renvoyé des Cambodgiens directement dans le pays.

Aujourd'hui installé dans la capitale du Cambodge après avoir passé plus d'un tiers de sa vie en prison, Pheap Rom affirme qu'il est encore "en train de s'habituer à la liberté".

Et il se dit prêt à "se créer de nouveaux souvenirs ici, parce que c'est (sa) seconde chance dans la vie".

(A.Nikiforov--DTZ)

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