Deutsche Tageszeitung - Russie: l'ONG Memorial des droits humains déclarée "extrémiste"

Russie: l'ONG Memorial des droits humains déclarée "extrémiste"


Russie: l'ONG Memorial des droits humains déclarée "extrémiste"
Russie: l'ONG Memorial des droits humains déclarée "extrémiste" / Photo: © AFP/Archives

La Cour suprême à Moscou a déclaré jeudi l'ONG russe de défense des droits humains Memorial, déjà dissoute en 2021, comme étant une "organisation extrémiste", une décision facilitant les poursuites contre toute personne s'y associant de quelque façon en Russie.

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"La Cour suprême de la Fédération de Russie a reconnu que l'activité du mouvement civique international +Memorial+ revêt un caractère nettement antirusse", a indiqué la Cour dans un communiqué.

Le Centre pour la protection des droits humains Memorial, l'une des multiples entités de Memorial, a dénoncé une décision "illégale" qui "marque une nouvelle étape dans la pression politique sur la société civile russe".

La responsable du service juridique de cette entité, Natalia Sekretarieva, a déclaré à l'AFP que l'arrêt de la Cour suprême allait renforcer "la peur" de ceux soutenant Memorial en Russie.

- Renforcer "la peur" -

Ceux ayant participé à des événements organisés dans le pays par Memorial – notamment la cérémonie annuelle du "Retour des Noms" en hommage aux victimes des répressions soviétiques – peuvent craindre dorénavant d'être accusés, même rétroactivement, de "complicité" d'extrémisme et exposés à de lourdes poursuites judiciaires, note Mme Sekretarieva.

Elle explique que les autorités russes ont déclaré "extrémiste" le "mouvement civique international Memorial", une formulation qui ne renvoie à aucune organisation existante en Russie.

Cette situation "kafkaïenne" et cette imprécision, selon Mme Sekretarieva, permettent aux autorités de cibler tout groupe lié à Memorial.

De façon similaire, Moscou avait qualifié en 2024 "d'extrémiste" le "mouvement international LGBT", une organisation qui n'existe pas, mais cette mesure a rendu possible des poursuites contre tous ceux défendant en Russie les personnes LGBT+.

- Mémoire et répressions -

Fondée en 1989, notamment par le dissident soviétique Andreï Sakharov, Memorial a œuvré à documenter et préserver la mémoire de millions de victimes oubliées des répressions soviétiques, mais aussi de leurs bourreaux.

Son action s'est élargie à des enquêtes rigoureuses sur les violations des droits humains dans le chaos russe des années 1990, les exactions en Tchétchénie et celles de paramilitaires russes en Syrie, et les persécutions politiques actuelles, décuplées depuis l'offensive russe contre l'Ukraine en 2022.

Les activistes de l'organisation ont parfois payé de leur vie leur engagement.

En 2009, la responsable de l'ONG en Tchétchénie, Natalia Estemirova, avait été enlevée en plein jour et exécutée d'une balle dans la tête à Grozny.

L'un des historiens de Memorial, Iouri Dmitriev, spécialiste des purges staliniennes en Carélie (nord-ouest), a été condamné en 2021 à quinze ans de prison dans une affaire de "violences sexuelles" dénoncée par ses soutiens comme une tentative de le réduire au silence.

- "Agent de l'étranger" -

En décembre 2021, la justice russe avait ordonné la dissolution de Memorial au motif qu'elle avait enfreint la loi sur les "agents de l'étranger", un label imposant de lourdes contraintes administratives.

Pendant le procès qui a entraîné sa dissolution, le procureur Alexeï Jafiarov l'avait accusée de "créer une image mensongère de l'URSS en tant qu'Etat terroriste" et de chercher à "réhabiliter des criminels nazis".

Depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, fin 1999, les victimes des persécutions soviétiques sont poussées dans l'ombre.

Staline, le principal responsable des répressions soviétiques, est surtout présenté en héros tombeur du nazisme, et ce de façon encore plus accrue depuis l'attaque contre l'Ukraine où le Kremlin assure combattre des "néo-nazis".

- Des liens avec l'étranger "criminalisés" -

L'organisation a reçu le prix Nobel de la paix en 2022, conjointement avec le militant bélarusse Ales Beliatski et le Centre ukrainien pour les libertés civiles.

Quelques heures après cette reconnaissance internationale, un tribunal de Moscou avait ordonné la saisie de ses bureaux dans la capitale russe.

Memorial continue d'exister via un réseau de plusieurs dizaines d'organisations plus ou moins formelles en Russie et des satellites à l'étranger, où nombre de ses cadres sont réfugiés.

Selon Natalia Sekretarieva, la responsable du service juridique du Centre pour la protection des droits humains de Memorial, "une société civile" existe toujours en Russie mais elle est de plus en plus réprimée et "ses liens avec le monde extérieur" sont, désormais, "en train d'être fortement criminalisés".

(P.Vasilyevsky--DTZ)

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