Deutsche Tageszeitung - Moody's rend sa décision sur la France, les économistes penchent pour un statu quo

Moody's rend sa décision sur la France, les économistes penchent pour un statu quo


Moody's rend sa décision sur la France, les économistes penchent pour un statu quo
Moody's rend sa décision sur la France, les économistes penchent pour un statu quo / Photo: © AFP/Archives

L'agence de notation Moody's rend vendredi son verdict semestriel sur la dette de la France, qu'elle classe actuellement un cran au-dessus de ses concurrentes, mais les économistes attendent plutôt un statu quo tenant compte de la guerre au Moyen-Orient et de l'amélioration du déficit public.

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Moody's classe encore la France parmi les dettes de bonne qualité, avec une note Aa3, quand Fitch et Standard & Poor's lui accordent seulement A+ depuis l'automne, ce qui caractérise une dette "de qualité moyenne supérieure".

Fin octobre, néanmoins, Moody's a abaissé sa perspective à négative, ouvrant la voie à une future rétrogradation.

Elle évoquait alors "la fragmentation du paysage politique français" qui empêche de prendre des mesures vigoureuses de réduction de la dette — la plus importante en masse de la zone euro, et la troisième en pourcentage derrière celles de la Grèce et de l'Italie — et du déficit public, le plus important de la zone euro.

En "logique", soutient auprès de l'AFP Eric Dor, directeur des études économiques de l'Ieseg, Moody's abaissera sa note vendredi, d'autant que la guerre pourrait engendrer un ralentissement défavorable aux finances publiques.

La Banque de France a récemment abaissé sa prévision de croissance pour 2026 de 1% à 0,9%, et l'Insee a diminué ses prévisions pour chacun des deux premiers trimestres à 0,2% au lieu de 0,3%.

- "Un peu clair" -

M. Dor juge par ailleurs "absurde" que Moody's classe encore des pays comme l'Espagne et le Portugal trois crans sous la France, alors que leurs finances publiques sont en bien meilleur état.

Mais d'autres économistes pensent que Moody's verra cette fois au-delà des chiffres, pour tenir compte de la confusion économique mondiale créée par la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

"Les agences de notation aiment faire leur travail dans un environnement où elles voient un peu clair, ce qui n'est absolument pas le cas en ce moment", remarque Anthony Morlet-Lavidalie, de Rexecode.

Moody's pourrait juger "qu'il n'est pas nécessaire d'ajouter de l'huile sur le feu et un peu de stress sur les marchés obligataires" en abaissant la note de la France, considère aussi Paul Chollet, chef économiste chez Crédit Mutuel Arkéa.

D'autant que la croissance de l'économie française, modérée mais résistante, et les prévisions prudentes du gouvernement sur les taux d'intérêt de la dette à dix ans éloignent le risque d'une aggravation brutale des finances publiques, remarque-t-il.

Moody's pourrait aussi être tentée d'attendre le résultat du comité d'alerte des finances publiques, le 21 avril, au cours duquel Bercy dévoilera une éventuelle adaptation de ses prévisions macroéconomiques.

- Latitude -

Les partisans du statu quo soulignent aussi l'amélioration du déficit public l'an dernier, passé de 5,8% du produit intérieur brut (PIB) en 2024 à 5,1%.

"Bercy a en la matière un savoir-faire reconnu par les agences de notation", relevait jeudi Alain Trannoy, directeur d'études à l'EHESS, lors d'une réunion de presse du Cercle des économistes à Paris.

Pour l'instant, Bercy a seulement pour ambition de ramener le déficit à 5% du PIB cette année, un très petit pas sur la voie du retour promis sous les 3% en 2029.

"Je pense qu'on peut faire un peu mieux mais (Bercy) a raison de ne pas s'engager au-delà de 5% car il pourrait y avoir d'autres secteurs d'activité à aider", dans le cadre de la guerre, outre les 70 millions d'euros déjà distribués aux transporteurs, pêcheurs et agriculteurs victimes de la hausse du carburant, estime M. Chollet.

La question de l'instabilité politique qui tracasse les agences reviendra sans doute "à partir de l'été" avec les préparatifs d'un budget "qui promet d'être très compliqué" avant la présidentielle de 2027, souligne-t-il. "Moody's aura alors plus de latitude pour dégrader la France à l'automne", selon lui.

Xavier Ragot, le président de l'OFCE, ne l'espère pas. "Si j'étais une agence de notation, je ne changerais pas la note avant la présidentielle et la clarification du débat" économique qu'elle apportera, a-t-il indiqué jeudi.

(W.Budayev--DTZ)

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