Brésil : Lula et Flavio Bolsonaro veulent croire à une victoire dès dimanche
Le président brésilien de gauche Lula et son rival conservateur Flavio Bolsonaro ont bouclé samedi leurs campagnes par de grands bains de foule, confiants en une victoire dès dimanche au premier tour d'une présidentielle qui s'annonce serrée.
Luiz Inacio Lula da Silva, qui brigue un quatrième mandat non consécutif à bientôt 81 ans, a parcouru la mégalopole Sao Paulo (sud-est), suivi par une marée rouge – couleur de son Parti des travailleurs (PT) – qui a paralysé la célèbre avenue Paulista.
L'ancien syndicaliste a brandi l'étendard de la souveraineté durant la campagne, mettant en garde contre une ingérence du président des Etats-Unis, Donald Trump, qui a dit suivre "de très près" l'élection.
"Je lutterai de toutes mes forces (...) pour le peuple brésilien, qui vaincra l'extrême droite", a lancé Lula. A ses yeux, l'élection se résume au combat entre "la démocratie et la souveraineté" d'un côté, et "la barbarie et la corruption" de l'autre.
"Demain nous gagnerons les élections au premier tour", a-t-il assuré.
C'était déjà à Sao Paulo qu'il avait terminé sa campagne il y a quatre ans, quand il avait battu de peu au second tour son prédécesseur Jair Bolsonaro, père de son principal rival de cette année.
Comme le faisait son géniteur actuellement en résidence surveillée, Flavio Bolsonaro, sénateur de 45 ans, a convoqué des centaines de motards pour un cortège à environ 400 km de là.
Il espère surfer sur la vague de droite, encouragée par l'administration Trump, qui déferle sur l'Amérique latine ces dernières années, après l'Argentine ou encore la Colombie.
"Allez, le Brésil veut un changement !", a exhorté le parlementaire dans une vidéo, appelant à trancher "en une seule fois dimanche", et éviter ainsi un second tour le 25 octobre.
Les deux favoris sont au coude à coude dans les derniers sondages et aucun n'approche les 50 %, suggérant qu'une deuxième manche sera nécessaire.
- "Make Lula president again" -
A l'appel de Lula, des milliers de sympathisants ont défilé à Sao Paulo, certains portant des casquettes ou des tee-shirts frappés des mots "Make Lula president again". Un clin d'oeil au slogan trumpien "Make America great again".
"Le Brésil a besoin de quelqu'un qui défend les couleurs de notre drapeau, pas de quelqu'un qui veut le livrer aux États-Unis", estime Tiago Lorureto, comptable de 35 ans.
Donald Trump n'a pas soutenu ouvertement Flavio Bolsonaro, mais il l'a reçu à la Maison Blanche en mai. Le président américain est un allié de Jair Bolsonaro, qui purge une peine de 27 ans de réclusion pour tentative de coup d'État contre Lula.
- "Trump doit intervenir" -
"Trump doit intervenir. (...) Aujourd'hui, nous ne vivons pas en démocratie. Nous, les gens simples, n'arrivons pas à avoir une vie digne", dit Eliane Boscolo, femme au foyer de 47 ans.
Elle a rejoint un parc de la localité de Santa Barbara d'Oeste, où des files de motos et de 4x4 se sont formées pour le cortège baptisé "Caravane de la victoire". Conduite par Flavio Bolsonaro, la manifestation a parcouru une vingtaine de kilomètres, jusqu'à la ville voisine d'Americana.
Flavio Bolsonaro, qui cherche à capitaliser sur le mécontentement lié au coût de la vie et à l'insécurité, portait le maillot jaune de l'équipe nationale de foot avec les mots "Mon parti c'est le Brésil".
A la différence de ce que faisait son père, il n'est pas monté sur une moto mais était juché sur un camion en tête du cortège.
Lula et le fils Bolsonaro se sont lancés des attaques sans répit avant le scrutin. Mais il n'y a eu aucune confrontation directe entre eux lors de débats télévisés.
La campagne a été semée de scandales, qui ont éclaboussé le sénateur conservateur lui-même, visé par une enquête pour corruption et blanchiment d'argent.
La droite rappelle sans relâche que Lula a fait de la prison en 2018-2019 pour corruption, une condamnation annulée par la suite pour motifs de procédure.
À la veille du premier tour, certains ont encore du mal à se décider, telle Patricia Catherine de Sousa, 35 ans, habitante de Rio de Janeiro : "Comme c'est déjà demain, je fais des recherches pour pouvoir bien voter, pour ne pas le regretter après."
(S.A.Dudajev--DTZ)