Pakistan : des centaines de partisans d'Imran Khan arrêtés, la protestation faiblit
Les autorités pakistanaises ont arrêté des centaines de partisans d'Imran Khan, selon des responsables de la police, alors que le mouvement de protestation en soutien à l'ex-Premier ministre emprisonné semblait s'essouffler.
Les arrestations ont suivi l'instauration de l'état d'urgence dimanche dans la province du Khyber Pakhtunkhwa, un bastion du parti Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) d'Imran Khan, après sept jours de manifestations pour réclamer sa libération.
Deux responsables de la police, s'exprimant sous couvert d'anonymat, ont déclaré à l'AFP que 278 membres du PTI avaient été arrêtés dans différentes régions de cette province.
À Peshawar, la capitale provinciale, des dizaines d'agents en tenue antiémeute étaient postés lundi devant la porte de Hashtnagri, l'une des entrées historiques du quartier fortifié.
Des barrages, érigés avec des conteneurs pour navires et des fils de fer barbelés pour bloquer la circulation des véhicules vers la zone administrative municipale, étaient toujours en place.
Les établissements scolaires restaient fermés.
- "Régime de style colonial" -
"Les gens sont confrontés à des difficultés à cause de ce régime de style colonial. Ce qui se passe en ce moment, c'est que les enfants ne peuvent pas aller à l'école, des conteneurs ont été placés pour bloquer les routes, les entreprises souffrent", a déploré un chauffeur, Saeed Khan, auprès de l'AFP.
Le gouvernement fédéral a dissous l'exécutif du Khyber Pakhtunkhwa, dirigé par le PTI, dans le cadre de l'état d'urgence qu'il affirme avoir imposé en raison de la dégradation de la sécurité dans cette province frontalière.
Ces mesures, invoquées sur la base de deux articles de la Constitution pakistanaise, lui confèrent de vastes pouvoirs administratifs.
Des milliers de partisans du PTI ont entamé il y a une semaine des manifestations pour exiger la libération de l'ancien Premier ministre et exprimer leur mécontentement à l'égard du gouvernement, en raison de conditions économiques difficiles.
Après l'instauration de l'état d'urgence, des responsables de ce parti avaient appelé à de nouveaux rassemblements mais ils ont attiré bien moins de monde lundi que précédemment.
Un policier a déclaré à l'AFP que les forces de l'ordre avaient tiré des coups de feu en l'air pour disperser quelques dizaines de manifestants à Bara, une ville du district occidental de Khyber, et que cinq personnes avaient été arrêtées.
À Peshawar, une trentaine de partisans du PTI ont brièvement scandé des slogans réclamant la libération d'Imran Khan avant d'être également dispersés par la police, puis revenir peu après dans un jeu du chat et de la souris.
À Mardan, au nord-est de Peshawar, un journaliste de l'AFP a vu un camion, utilisé auparavant comme point de ralliement, dépouillé de ses images représentant Imran Khan.
- Exécutif local suspendu -
Le dirigeant du PTI, Junaid Akbar, a fait savoir sur le réseau social X que le chef du gouvernement provincial, Sohail Afridi, avait été arrêté dimanche, après l'instauration de l'état d'urgence.
Un responsable administratif a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, qu'il avait été placé en "garde à vue protectrice" dans sa résidence officielle, puis transféré vers un autre lieu, non précisé.
Le gouvernement provincial de Khyber Pakhtunkhwa sera "non opérationnel" tant que la sécurité ne se sera pas rétablie, selon Islamabad.
Les autorités fédérales ont accusé l'administration locale du PTI de ne pas avoir géré ses partisans, rendant nécessaire l'état d'urgence.
Le parti de l'ex-Premier ministre a qualifié la mesure d'antidémocratique et dénoncé une tentative de mainmise sur le pouvoir local.
Ancienne gloire du cricket, Imran Khan, 73 ans, est emprisonné depuis août 2023 sur des accusations allant de la corruption à la trahison en passant par l'incitation à la violence, à la suite d'émeutes antigouvernementales en mai 2023. Il rejette ces allégations et s'estime ciblé en raison de sa popularité.
Le mécontentement de ses partisans s'est intensifié ces derniers mois, notamment pour qu'il ait un meilleur accès à des soins médicaux et à sa famille.
(Y.Leyard--DTZ)