Ryad accuse Téhéran d'"encourager l'escalade" des Houthis
Ryad a accusé jeudi Téhéran d'encourager la montée en puissance des opérations militaires des Houthis pro-iraniens du Yémen visant notamment le royaume, après une série d'attaques d'une ampleur inédite depuis plus d'une décennie.
Les hostilités s'intensifient aussi sur le sol yéménite: les combattants ont ciblé le palais présidentiel à Aden, où s'est replié en 2015 le gouvernement internationalement reconnu, en affirmant avoir visé un QG militaire. Au moins quatre personnes ont été tuées, selon des sources gouvernementales à l'AFP.
Pour l'Arabie saoudite, qui a reconnu être mis à l'épreuve, la responsabilité de la République islamique ne fait aucun doute. "L'escalade engagée par les Houthis à ce stade (...) est encouragée par l'Iran", a déclaré à des journalistes le vice-ministre saoudien chargé de la diplomatie, Rayed Krimly, accusant Téhéran de continuer à "armer, entraîner et soutenir" le mouvement.
- L'aéroport visé 20 fois -
Si le royaume reste en contact "direct" avec l'Iran, il n'a en revanche pas communiqué avec les Houthis depuis plusieurs semaines. Quand les hostilités s'étaient intensifiées, les combattants avaient, selon le vice-ministre, refusé une rencontre proposée à Mascate, chez le médiateur omanais.
Le conflit, qui oppose depuis 2014 les Houthis aux forces gouvernementales appuyées par l'Arabie saoudite, s'est réveillé en juillet, ouvrant un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.
Et les attaques sont désormais quasi-quotidiennes contre les infrastructures saoudiennes, des sites pétroliers aux aéroports.
Depuis début octobre, les Houthis ont attaqué l'aéroport international de la capitale à 20 reprises, selon la coalition dirigée par Ryad.
Son porte-parole Turki al-Malki les a appelés à "cesser immédiatement toutes les opérations terroristes visant des civils et des installations civiles".
Il a aussi pointé, sans les nommer, le rôle "d'acteurs régionaux" ayant permis aux Houthis de se procurer des "missiles balistiques, drones d'attaque et drones suicide, ainsi que des vedettes rapides chargées d'explosifs".
- Report du sommet UE-Golfe -
Après l'attaque de samedi qui a fait 13 morts à l'aéroport, la capitale saoudienne a encore été secouée mercredi par des explosions.
Jeudi, la coalition a affirmé avoir intercepté un missile dans la région de Médine, ville sainte de l'islam, après avoir fait dans la nuit état de l'interception d'un drone dans l'est du royaume, riche en pétrole.
Les Houthis, qui ont assuré à plusieurs reprises qu'ils épargneraient les villes saintes de La Mecque et Médine, ont nié être derrière le tir visant sa région.
Dans ce contexte tendu, les Etats membres de l'UE ont annoncé le report d'un sommet prévu le 24 octobre à Ryad avec les pays du Golfe.
D'autres évènements, dont trois matches de football prévus cette semaine, ont aussi été reportés, alors que le mois d'octobre marque traditionnellement en Arabie, avec la fin des chaleurs estivales, le début de la haute saison du pèlerinage à La Mecque et d'autres grandes rencontres internationales.
Au Yémen, malgré l'appui de l'aviation saoudienne, les forces gouvernementales peinent à reprendre les territoires conquis par les combattants pro-iraniens, qui ont notamment resserré leur étau sur Taëz, troisième ville du pays.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti mercredi que les combats avaient coupé l'accès de l'organisation à quelque 800.000 personnes.
"Les hôpitaux et structures de santé sont débordés", s'est alarmé de son côté le Comité international de la Croix-Rouge, évoquant une augmentation "sans précédent" de blessés de guerre.
(T.W.Lukyanenko--DTZ)