Sept ans après leur "bromance", Trump toque à nouveau à la porte de Kim
A l'approche du sommet de l'Apec à Shenzhen en novembre, les tractations pour une possible rencontre entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un sont relancées, même si les analystes restent sceptiques.
En 2019, le responsable nord-coréen était reparti les mains vides dans son train, après l'échec d'un sommet à Hanoï avec le président américain, pendant son premier mandat.
Aujourd'hui, la dynamique s'est inversée : Trump multiplie les avances, auxquelles Pyongyang a répondu jusqu'à présent par le silence.
Donald Trump a répété la semaine dernière qu'il "pourrait" rencontrer le dirigeant de la Corée du Nord lors de sa tournée en Asie le mois prochain. "Ce serait excitant", a-t-il déclaré, interrogé par un journaliste.
Il a toutefois rétropédalé lundi, affirmant qu'il n'était "pas sûr que quelqu'un demande une rencontre", bien que ses relations avec Kim Jong Un soient "très bonnes".
Le resserrement des liens entre Pyongyang et Pékin complique l'entrevue souhaitée par Donald Trump avant les élections de mi-mandat.
Les analystes relèvent que l'imprévisible président américain cherche à s'assurer un succès en politique étrangère au moment où la guerre en Iran s'éternise. Kim Jong Un, en revanche, a peu à gagner d'une nouvelle rencontre avec Trump.
L'envoi par Pyongyang de troupes et de munitions à Moscou en appui à sa guerre en Ukraine lui a aussi permis d'obtenir le soutien du président russe Vladimir Poutine pour atténuer les sanctions de l'ONU pour son programme nucléaire.
L'économie nord-coréenne a crû de plus de 3 % pour la troisième année consécutive en 2025, selon la banque centrale de Corée du Sud, qui voit "le développement de la coopération économique avec la Russie" comme principal moteur.
Pékin, grand rival de Washington, reste cependant le principal allié de la Corée du Nord et une source majeure de soutien diplomatique et économique pour le pays.
Lim Eul-chul, professeur à l'Institut d'études de l'Extrême-Orient de l'université Kyungnam, dit ne voir "quasiment aucune possibilité de rencontre" entre les dirigeants américain et nord-coréen.
"Pour Kim Jong Un, maintenir le statu quo est la meilleure option pour l'instant", explique-t-il à l'AFP.
Aucun progrès concret n'a été réalisé en vue d'un sommet Trump-Kim, a déclaré la semaine dernière l'ambassadrice de Corée du Sud aux Etats-Unis, Kang Kyung-wha.
- "Amoureux" -
Donald Trump a rencontré Kim Jong Un à trois reprises pendant son premier mandat, à Singapour en 2018, puis à Hanoï, et dans la zone démilitarisée de Corée du Nord (DMZ) en 2019. Après leur première entrevue à Singapour, Trump a assuré qu'ils étaient "tombés amoureux", mais n'a obtenu aucun progrès sur la dénucléarisation.
Depuis, Pyongyang n'a cessé de renforcer son arsenal. Le président sud-coréen, Lee Jae Myung, a suggéré en septembre que Washington recherche le gel, plutôt que la suppression, du programme nucléaire nord-coréen en échange d'un allègement des sanctions.
Cette approche risque d'être interprétée comme un acceptation tacite de l'arsenal nucléaire de la Corée du Nord, préviennent des analystes.
La Chine semble également prendre cette direction, notent-ils.
Kim Jong Un a accueilli en juin le président chinois à Pyongyang, peu après que Xi Jinping a organisé à Pékin des sommets avec Donald Trump, puis avec Vladimir Poutine.
Ni Pyongyang ni Pékin n'ont mentionné la dénucléarisation de la Corée du Nord dans leurs déclarations officielles – une omission interprétée comme un signe du consentement tacite de la Chine.
La division en deux blocs entre les "États-Unis et le Japon d'un côté, et la Corée du Nord, la Chine et la Russie de l'autre (...), crée des opportunités considérables pour la Corée du Nord", explique l'AFP Hong Min, chercheur à l'Institut pour l'unification nationale de la Corée.
- "Idiots" -
Pyongyang a clairement indiqué plusieurs fois ne plus vouloir discuter de dénucléarisation. En septembre, l'influente sœur du dirigeant nord-coréen, Kim Yo Jong, a déclaré que le statut de puissance nucléaire du pays était "absolu", qualifiant d'"idiots" ceux qui espèrent sa dénucléarisation.
La grande question est de savoir "si Washington entamerait des négociations en partant du principe opérationnel que l'arsenal de la Corée du Nord ne va pas disparaître", indique à l'AFP Vladimir Tikhonov, professeur d'études coréennes à l'université d'Oslo.
"Je considère que la possibilité d'un tel changement de politique est substantielle", ajoute-t-il.
L'influence de la Chine repose en partie sur son rôle d'intermédiaire entre Pyongyang et Washington, soulignent des analystes, et un accord direct Trump-Kim reléguant Pékin au second plan à Shenzhen pourrait donc éroder son levier sur les deux parties.
"Un dialogue peut être mené avec l'accord de Poutine et du président chinois Xi Jinping", note Yang Moo-jin, ancien président de l'Université des études nord-coréennes.
Mais au vu des bénéfices immédiats que Pyongyang retire de la Russie, le temps et la dynamique jouent en faveur de Kim Jong Un.
"Renoncer à tous ces avantages, se retirer de la guerre entre la Russie et l'Ukraine et entrer dans un dialogue incertain avec les États-Unis est difficile à imaginer pour l'instant", selon M. Yang.
(O.Zhukova--DTZ)