Deutsche Tageszeitung - Travailler la terre en liberté pour apaiser ses troubles psychiatriques

Travailler la terre en liberté pour apaiser ses troubles psychiatriques


Travailler la terre en liberté pour apaiser ses troubles psychiatriques
Travailler la terre en liberté pour apaiser ses troubles psychiatriques / Photo: © AFP

En pleine campagne, les patients psychiatriques de La Clé des champs dans l'Aveyron jardinent ou cuisinent ensemble, afin de retrouver peu à peu confiance en eux, soutenus par des soignants pouvant "prendre le temps", denrée devenue rare à l'hôpital.

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"On a le plaisir de manger ce qu'on a planté", explique d'une voix douce Pierre (*), 58 ans, debout au milieu de la cuisine de cette structure d'accueil de jour atypique, installée près du village de Gabriac, à 27 km de Rodez.

Enfilant un tablier, il met à cuire des farçous, galettes de farce à base de légumes verts, typiques de la gastronomie locale. Accompagnés de jambon de pays, ils feront le déjeuner des six patients et trois soignants présents ce jour-là.

A une grande table, d'autres patients pèlent des pommes de terre. L'infirmière Charlotte Castelbous, qui s'affaire avec Pierre devant la poêle, explique que l'idée est "qu'ils puissent reproduire chez eux" les activités réalisées en groupe.

En raison de restrictions sanitaires encore en vigueur, le port du masque reste obligatoire et la capacité d'accueil a été réduite. "Avant le covid, on pouvait avoir jusqu'à 15 personnes par jour", précise-t-elle à l'AFP.

- Compétences des patients -

Née en 2006 d'un projet élaboré par des médecins et des soignants, La Clé des champs fait partie du Centre hospitalier privé à but non lucratif Sainte-Marie, dont le principal établissement accueille quelque 200 patients psychiatriques à Cayssiols, près de Rodez.

Une importance primordiale y est accordée à la rencontre entre patients, souvent isolés par ailleurs.

Beaucoup sont nés dans des familles d'agriculteurs et le travail de la terre est au coeur des activités.

Ainsi Georges, 53 ans, arrose poivrons et aubergines dans la petite serre installée le long d'un grand potager soigneusement tenu, non loin de la cuisine.

"L'idée est de partir des compétences des patients", explique Nicolas Brassart, moniteur en charge du jardinage, en marchant parmi des arbres fruitiers vers la maison moderne construite pour l'ouverture de cette structure.

Depuis seize ans, les patients ont contribué de leurs mains à monter des murets ou concevoir le terrain de pétanque.

Qu'ils souffrent de schizophrénie, de troubles anxio-dépressifs ou d'addictions, tous sont "stabilisés"; aucun n'est en "phase aiguë".

Avant d'intégrer La Clé des champs, sur prescription d'un psychiatre, ils doivent visiter les lieux et dire s'ils sont prêts à "s'y investir". Par la suite, chacun viendra d'une demi-journée à trois jours par semaine, selon les cas, de 9H00 à 16H00.

"Ici, nous offrons un horizon" permettant aux patients de gagner en autonomie, souligne Charlotte Castelbous.

Et "nous pouvons prendre le temps" de les accueillir correctement, ajoute-t-elle, regrettant que ce soit moins possible dans les structures hospitalières classiques par manque de personnel.

- S'ouvrir sur l'extérieur -

"Je me sens bien ici", confie Paul, 57 ans, qui a réussi à se défaire d'une addiction, sans dire laquelle.

Lui aussi aime le jardinage. "Tu te sens de le faire?", l'encourage Nicolas Brassart en lui tendant une houe pour désherber les plates-bandes.

"Bah oui", répond Paul comme si c'était une évidence, avant de s'emparer de l'outil.

Plus tard, il sèmera des laitues sous l'oeil attentif du moniteur avec lequel il échange des blagues.

Il s'inquiète toutefois de la chaleur anormale pour un mois de juin. "C'est sec. La terre est sèche", répète-t-il, l'air soucieux.

Le jardinage ou la construction ne représentent qu'une partie des activités. "On peut aussi aller acheter le pain à pied ou monter jusqu'au calvaire", précise Nicolas Brassart, désignant une colline à quelques centaines de mètres.

"Ici, on n'est pas à Cayssiols", résume Pierre, en référence au grand hôpital psychiatrique, où il a déjà séjourné.

Cet établissement tient toutefois à "s'ouvrir sur l'extérieur" pour "déstigmatiser la psychiatrie". En septembre dernier, une journée portes ouvertes a permis au public de le visiter afin de "casser les idées reçues".

Mais pour Pierre, Cayssiols reste probablement synonyme d'une époque où il n'avait pas encore acquis l'autonomie lui permettant de vivre à nouveau chez lui, et de retrouver une certaine sérénité en prenant la clé des champs.

dmc/fpp/pb

(*) Les prénoms des patients ont été modifiés

(I.Beryonev--DTZ)

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